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Sécurité alimentaire : Vers une interdiction de l’importation du riz ? Les précisions de Bruno Koné

En marge du Salon International de l’Agriculture (SIA), où la Côte d’Ivoire était à l’honneur cette année à Paris, le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, Bruno Nabagné Koné, s’est exprimé sur plusieurs dossiers majeurs du secteur agricole ivoirien. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, il a abordé sans détour des sujets sensibles, notamment la commercialisation du cacao, le financement du secteur agricole et la stratégie nationale autour de la filière riz, au cœur des enjeux de souveraineté alimentaire.

S’agissant du système de commercialisation du cacao, régulièrement signalé par certains acteurs, le ministre Bruno Koné a reconnu l’existence de préoccupations. Il a indiqué qu’une évaluation est actuellement en cours afin d’analyser en profondeur les forces et les faiblesses du dispositif en place. « Nous allons formuler des recommandations aux autorités, qui décideront de l’opportunité d’une évolution », at-il précisé, laissant entendre que des ajustements pourraient être envisagés à terme.

Financement du secteur agricole, un défi de taille
Le financement du secteur agricole demeure également un défi de taille. Bruno Koné a souligné que seulement 6 % des financements accordés aux entreprises en Côte d’Ivoire sont destinés à l’agriculture, un chiffre qu’il juge largement insuffisant au regard du potentiel du secteur. Pour inverser la tendance, le gouvernement entend rassurer les institutions financières et les investisseurs en particulier les risques liés aux activités agricoles. L’objectif est clair : mobiliser davantage de ressources pour stimuler la production et moderniser les exploitations.

Mais c’est surtout la question du riz qui cristallise aujourd’hui l’attention. Considérée comme une priorité stratégique, la filière rizicole est au cœur de la Stratégie nationale de développement de la filière riz (SNDR 2.0). Ce programme ambitieux vise à accroître significativement la production nationale afin de réduire la dépendance du pays aux importations.

Il est indispensable de conquérir notre indépendance alimentaire
Le ministre a rappelé un paradoxe frappant : la Côte d’Ivoire dépense chaque année plus d’un milliard d’euros pour importateur du riz, alors même que ce produit peut être cultivé localement. « Il est indispensable de conquérir notre indépendance alimentaire », a-t-il affirmé, insistant sur l’urgence d’agir face à une demande en constante augmentation, alimentée par la croissance démographique.

Actuellement, la production nationale de riz est estimée à environ 1,5 million de tonnes, alors que la consommation avoisine les 2,8 millions de tonnes, avec une projection proche des 3 millions à court terme. Pour combler ce déficit, le gouvernement mise notamment sur le développement de la culture irriguée, sachant que 80 % de la production actuelle repose sur la pluviométrie. Cela implique des investissements importants dans les infrastructures hydrauliques, notamment les barrages et les systèmes d’irrigation.

Le riz ivoirien dispose d’atouts compétitifs non négligeables
Selon Bruno Koné, le riz ivoirien dispose d’atouts compétitifs non négligeables, notamment en matière de qualité des semences, de techniques de production et de disponibilité de la main-d’œuvre. Ces facteurs pourraient permettre à la filière de gagner en performance et de rivaliser avec les produits importés.

Le confrère lui a posé la question sur une éventuelle interdiction des importations de riz. Sur ce point, le ministre s’est montré prudent. « Il vaut mieux éviter de se mettre à dos les acteurs du secteur », at-il indiqué, avant d’ajouter : La question n’a pas encore été mise sur la table. Si c’est la voie pour atteindre l’autosuffisance, il faut l’étudier sérieusement. Et, si une décision vient à être prise en ce sens, il devrait s’assurer de sa mise en application”.

À travers ces déclarations, le gouvernement ivoirien affiche sa volonté de renforcer la sécurité alimentaire du pays, tout en adoptant une approche pragmatique et progressiste face aux défis du secteur agricole.

 

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