
En de pareil cas, il faut tout un process pour démobiliser, désarmer et réintégrer les soldats mutins dans des forces régulières. Pour le Nord-Kivu, quelle garantie ou assurance-vie offre cet accord Etasunien ? La signature de cet accord doit précéder une rencontre entre Paul Kagame et le congolais Félix Tshisekedi dans les prochaines semaines à Washington, pour faire avancer la paix. Les deux hommes s’étaient vus à Doha en mars dernier, ce qui avait relancé les pourparlers de paix.
Des garanties vraisemblablement fragiles
La prudence est exigée. Si l’accord est entré en vigueur, il reste amendable ou résiliable par l’une des parties, ce qui limite sa portée. La réalité sécuritaire reste préoccupante : plusieurs zones de l’est de la RDC sont encore sous contrôle de groupes armés, notamment l’AFC/M23, tandis que la question des FDLR n’a pas été réglée dans les discussions actuelles.
Washington, de son côté, affiche une volonté de renforcer sa présence économique et politique en RDC, notamment pour sécuriser l’accès aux minerais stratégiques, face à une Chine déjà bien implantée. Mais la réussite de cette stratégie dépend du retour effectif de la paix, condition sine qua non pour attirer les investissements et stabiliser la région.
Les négociations avec l’AFC/M23 se poursuivent à Doha, mais les avancées restent limitées. Le groupe armé contrôle toujours plusieurs agglomérations, et chaque camp campe sur ses positions : pour l’AFC/M23, il s’agit d’abord d’appliquer des mesures de confiance avant toute signature de cessez-le-feu, tandis que Kinshasa exige le désengagement immédiat du groupe et le rétablissement de l’autorité de l’État.
Un historique de conflits et de tentatives de paix
La RDC n’en est pas à sa première tentative de résolution de crise avec l’appui des États-Unis. Déjà en 2004, un accord tripartite avait été signé à Kigali entre la RDC, le Rwanda et l’Ouganda, sous la facilitation américaine, avec l’objectif de sécuriser les frontières. Plus récemment, en 2023, des engagements avaient été pris entre Tshisekedi et Kagame, mais les résultats sur le terrain sont restés limités.
Depuis 1960, la RDC a connu une succession de crises : mutinerie de la Force publique, sécessions du Katanga et du Sud-Kasaï, guerres du Shaba, chute de Mobutu, rébellions multiples et, plus récemment, la résurgence du M23 et de l’AFC/M23 dans un contexte géopolitique renouvelé.
Les cessez-le-feu précédents ont souvent été fragiles, avec des reprises de combats après des échecs politiques ou diplomatiques. Comme le souligne Pierre Boisselet, directeur du pilier violence de l’institut Ebuteli, la signature d’un accord ne garantit pas la fin des hostilités. « Le front n’a pas beaucoup évolué. Cela peut tout à fait reprendre à tout moment. On a vu ça dans le passé, des cessez-le-feu plus ou moins respectés, puis de nouveaux épisodes de conquêtes territoriales, souvent au profit du M23 et de l’armée rwandaise. »
La diplomatie et ses limites
Le rôle du Qatar comme facilitateur reste central, tandis que les États-Unis cherchent à peser davantage dans la région. Mais la complexité des enjeux, la multiplicité des acteurs et la profondeur des rancœurs rendent toute avancée fragile. L’accord actuel, s’il pose des bases, devra encore franchir l’épreuve du terrain et de la durée.
Le retour de la paix dans les Grands Lacs dépendra autant de la volonté des acteurs locaux que de la capacité des partenaires internationaux à accompagner, surveiller et ajuster le processus. Dans cette région marquée par une histoire tourmentée, chaque avancée reste à confirmer, et la vigilance demeure de mise pour éviter que les vieux démons ne reprennent le dessus.


