
C’est lors d’une émission diffusée sur la chaîne YouTube « Les funérailles des Tabous » que la scène s’est déroulée. Robert Bourgi, avocat franco-libanais influent et ancien conseiller de plusieurs chefs d’État africains et français, y était invité pour parler sans filtre. Au cours de l’entretien, un des intervieweurs lui pose une question directe : « Quel est votre regard sur ces leaders du panafricanisme, pour n’en citer qu’un, Kemi Seba par exemple ? Êtes-vous aujourd’hui capable ou prêt à accompagner ce genre de leader ? »
Bourgi, disciple de l’ONG Urgences Panafricanistes
À la surprise générale, Robert Bourgi répond calmement. « Oui, pourquoi pas ». Devant l’incrédulité de son interlocuteur, il confirme connaître Kemi Seba et lance un message à la jeunesse africaine : « Prenez votre destin en main, faites-vous confiance. Vous avez les moyens de vous faire respecter ».
Cette main tendue du septuagénaire n’a pas vraiment plu à Kemi Seba, connu pour ses prises de position radicales contre la FrançAfrique, le néocolonialisme occidental et toute forme d’ingérence étrangère dans les affaires africaines.
Peu après la diffusion de la vidéo, l’activiste désormais « citoyen nigérien » a réagi sur le réseau social X (anciennement Twitter). « Robert Bourgi, ex-pilier de la FrançAfrique, regrette ses actes passés et se déclare prêt à soutenir Kemi Seba… Non, merci ça ira. » Cette réponse ne laisse place à aucune ambiguïté. Egal à lui-même, Kemi Seba refuse tout rapprochement avec un homme qu’il considère comme l’incarnation d’un système qu’il combat depuis toujours.
Deux visions irréconciliables de l’Afrique
Le malaise est évident entre Bourgi et Séba. Pas de jumelage possible. D’un côté, Robert Bourgi tente, sans doute en quête de rédemption ou de réorientation, d’apporter un soutien symbolique à une figure montante du panafricanisme. De l’autre, Kemi Seba, dont l’engagement radical s’est construit en opposition frontale à des figures comme Bourgi, ne veut en aucun cas s’associer à lui.
Ce refus ferme fait logique de cohérence idéologique. Accepter ce soutien reviendrait, pour Seba, à brouiller son message ou à renier ses engagements passés. Il incarne un courant panafricaniste intransigeant, qui prône une rupture totale avec les anciens réseaux d’influence.
La sortie de Robert Bourgi peut apparaître comme un signe des temps : les figures de l’ancien système cherchent parfois à se rapprocher des nouvelles voix du continent. Mais les blessures de la FrançAfrique sont encore vives et les symboles ont leur poids. Quant à Kemi Seba, cette prise de position vient renforcer son image d’homme libre et inflexible, refusant toute compromission, même lorsque l’offre semble sincère.


