Une peine de 18 ans de prison a été requise mardi au procès pour viols de l’islamologue suisse Tariq Ramadan, jugé par défaut et à huis clos par un tribunal à Paris pour des viols sur trois femmes, a-t-on appris de source judiciaire. L’avocat général a également demandé un mandat d’arrêt à l’encontre de l’accusé qui ne s’est pas présenté à la justice française depuis l’ouverture de son procès, ainsi qu’une interdiction définitive du territoire français une fois sa peine purgée.
Trois heures de réquisitoires implacables d’après l’avocat David-Olivier Kaminski. Il représente l’une des trois plaignantes, la première femme à avoir déposé plainte contre l’islamologue, il y a neuf ans : « Ces réquisitions sont normales et logiques. Elles résultent d’un procès où la culpabilité de Tariq Ramadan apparait comme immense. »
Ouadie Elamamouchi, l’un des quatre avocats de Tariq Ramadan, dénonce de son côté un acharnement contre son client : « On a l’impression que ce n’est pas à de la justice auquel on assiste, mais à de la vengeance. On veut faire payer une personne parce qu’elle n’était pas là lors de son procès. »
Le procès de Tariq Ramadan a débuté le 2 mars, mais l’accusé ne s’était pas présenté à l’audience. Ses avocats avaient alors expliqué qu’il avait été hospitalisé deux jours auparavant à Genève en raison, selon eux, d’une « poussée » de sclérose en plaques. La présidente de la cour criminelle parisienne, Corinne Goetzmann, a dès lors ordonné une expertise médicale sur pièces à deux neurologues désignés pour évaluer son état de santé, afin de décider d’un renvoi ou non du procès à une date ultérieure.
Dans ce rapport, lu à l’audience par la magistrate le 6 mars, les experts ont conclu à la « stabilité de la sclérose en plaques » dont souffre l’islamologue depuis plusieurs années, « sans signe de poussée récente », et ont estimé qu’il pouvait donc comparaître devant la justice française. La présidente a alors rejeté la demande de renvoi du procès et décidé que l’accusé de 63 ans serait jugé par défaut, et à huis clos comme le demandait une partie civile. Elle a, par ailleurs, précisé qu’un mandat d’arrêt, « à exécution et diffusion immédiate », était délivré à son encontre. Ses quatre avocats ont quitté la salle d’audience, estimant qu’ils ne pouvaient défendre leur client dans cette « parodie de justice ».
L’islamologue, déjà condamné par la justice helvète pour un viol sur une femme, est jugé à Paris pour des viols qui auraient été commis sur trois autres femmes entre 2009 et 2016, ce qu’il conteste: un viol aggravé, avec violences et sur personne vulnérable, commis sur « Christelle » (prénom d’emprunt) à Lyon (centre-est) en octobre 2009; un viol qui aurait eu lieu en 2012 à Paris sur Henda Ayari, une ex-salafiste devenue militante laïque qui avait déclenché l’affaire en portant plainte en octobre 2017; et un autre sur une troisième femme, remontant à 2016.



