God Bless the United States of America”. En français : “Que Dieu bénisse les États-Unis d’Amérique” : religion et politique sont imbriquées outre-Atlantique. L’un des principaux symboles de ce lien est l’acte de serment sur la Bible, lors de la cérémonie d’investiture des présidents américains organisée le 20 janvier, comme celle de Donald Trump lundi à Washington. La quasi-totalité des présidents américains prêtent ainsi serment main gauche sur la Bible, main droite levée. Il ne s’agit pour autant pas d’une obligation légale, mais d’une tradition bien ancrée depuis deux siècles.
Les États-Unis, comme la France, sont un pays laïc où l’on garantit la séparation de l’Église et de l’État. Bien avant la loi 1905 en France, les États-Unis affirmaient la séparation des deux entités. Selon le premier amendement de la Constitution des États-Unis ratifiée en 1791, “le Congrès n’adoptera aucune loi relative à l’établissement d’une religion, ou à l’interdiction de son libre exercice”. L’usage de la Bible pour prêter serment n’est donc pas spécifié dans la Constitution américaine. La section 1 de l’article 2 de ce texte évoque simplement le contenu du serment que doit prononcer le président avant d’entrer en fonctions : “Je jure (ou affirme) solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des États-Unis et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des États-Unis.”
La bible utilisée par Lincoln
La tradition de prêter serment sur la Bible a été lancée par George Washington, le premier président de l’histoire des États-Unis. Après avoir prêté serment devant Robert R. Livingston, l’un des cinq rédacteurs de la déclaration d’indépendance américaine, George Washington aurait été jusqu’à embrasser l’ouvrage sacré. Depuis, la quasi-totalité des présidents ont prêté serment sur ce texte sacré des chrétiens.
John Quincy Adams est le premier président à mettre la Bible de côté, en 1825, optant pour un livre de droit en signe de fidélité à la constitution. En 1853, Franklin Pierce prête lui aussi serment sur un livre de droit. Devenu président à la suite de l’assassinat de William McKinley, Theodore Roosevelt a quant à lui prêté serment dans la précipitation en 1901 et a simplement levé la main droite. Après l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy, en novembre 1963, Lyndon Johnson avait lui aussi prêté serment à la hâte : c’était à bord d’Air Force One et il aurait utilisé un missel catholique, un livre liturgique contenant les prières de la messe.
La bible familiale de Joe Biden
Prêter serment sur la Bible revêt un aspect symbolique. Ce sont souvent des bibles familiales qui sont utilisées par les chefs d’États. En janvier 2017, Donald Trump avait prêté serment sur deux bibles : celle de l’ancien président Abraham Lincoln et celle de son enfance. Cette dernière lui avait été offerte par sa mère en 1955, lorsqu’il était à l’école primaire. Donald Trump s’inspirait alors de Barack Obama qui, en janvier 2009, avait prêté serment sur la même bible que son modèle, Abraham Lincoln. À l’époque, c’était la première fois depuis l’investiture de Lincoln, en 1861, que cette bible aux reliures dorées et recouverte de velours bordeaux était réutilisée.
Le 20 janvier 2021, Joe Biden avait quant à lui posé sa main gauche sur l’imposante bible reliée de cuir que sa famille possède depuis 1893, un volumineux grimoire de près de 13 centimètres aux pages jaunies par le temps. Certains spectateurs s’étaient alors amusés de la taille démesurée de cet ouvrage, photographié sous certains angles. Il s’agit d’une bible de Douai (Nord), fidèle traduction en anglais de la Vulgate latine, réalisée au XVIᵉ siècle sein d’un séminaire catholique de Douai.
Lundi 20 janvier, Donald Trump posera quant à lui sa main sur la bible héritée de sa mère et lèvera l’autre pour jurer de “protéger et défendre la Constitution”. La cérémonie d’investiture du 47e président américain aura lieu à l’intérieur du Capitole, une première en quarante ans, en raison du froid polaire qui figera la capitale fédérale Washington et le monumental siège du Congrès des États-Unis. Ce bouleversement du protocole signifie que le tribun ne se tiendra pas sur les marches extérieures du Capitole.
Julien CHABROUT



