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Moyen-Orient: Le ministre israélien des Finances, a menacé la banlieue sud de Beyrouth d’une dévastation à celle de Gaza

L’armée israélienne a lancé jeudi après-midi un ordre d’évacuation massif aux habitants de la banlieue sud de Beyrouth, peuplée de plus de 700 000 personnes. Un mouvement de panique s’est emparé de la population, tandis que le ministre israélien d’extrême droite Bezalel Smotrich a affirmé que « la banlieue sud de Beyrouth ressemblera bientôt à Khan Younès », en référence à la ville du sud de la bande de Gaza, largement rasée après plus de deux ans d’offensive israélienne. Le président français, sollicité par son homologue libanais, a appelé le Premier ministre israélien à ne pas « étendre la guerre au Liban ».

L’armée israélienne, qui pilonne sans relâche le Liban, a appelé jeudi 5 mars dans un avertissement sans précédent les habitants de toute la banlieue sud de Beyrouth à l’évacuer en prévision de bombardements, provoquant la fuite en panique de la population de ce bastion du Hezbollah. Le Liban a été entraîné lundi dans la guerre après une première attaque contre Israël du mouvement pro-iranien, qui affirmait vouloir « venger » la mort du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.

« Très bientôt, Dahiyeh [banlieue sud de Beyrouth, NDLR] ressemblera à Khan Younès », a déclaré le ministre des Finances israélien Bezalel Smotrich, sur son compte Telegram, en référence à la grande ville du sud de la bande de Gaza dévastée par la guerre déclenchée par le Hamas le 7 octobre 2023. Avant même cette déclaration, c’était un sauve-qui-peut général autour de la capitale libanaise, la population fuyant en voiture, entassée dans des camionnettes ou à pied.

Des dizaines de milliers de familles tentent de fuir la région menacée par les Israéliens dans un grand désordre, alors que les frappes israéliennes ont déjà fait 102 morts et 638 blessés au Liban depuis lundi, selon le ministère libanais de la Santé. Des embouteillages monstres se sont formés sur l’autoroute qui va vers l’est, en direction de la plaine de la Békaa, et sur celle du Nord, qui mène au Mont-Liban. Les artères secondaires qui vont vers le centre de Beyrouth sont également engorgées et la circulation se fait au pas de tortue, rapporte notre correspondant à Beyrouth, Paul Khalifeh.

L’avertissement israélien est du jamais-vu, même pendant la dernière guerre. Les Israéliens demandaient aux habitants d’un immeuble, d’un complexe résidentiel ou de certains secteurs d’un quartier de quitter les lieux en prévision d’un bombardement. Mais jamais une ville entière n’a reçu un tel ordre d’évacuation. La banlieue sud s’étend sur 20 kilomètres carrés, soit plus que la capitale dont la superficie est de 14 kilomètres carrés. Sept-cent-mille personnes y vivent, en écrasante majorité des chiites, mais aussi des sunnites, des Palestiniens et une petite minorité de chrétiens, surtout dans sa périphérie.

Le président libanais demande à Macron auprès d’Israël
Le président libanais Joseph Aoun a demandé jeudi après-midi à son homologue français Emmanuel Macron d’intervenir auprès d’Israël afin d’empêcher le bombardement de la banlieue sud de Beyrouth, après l’ordre d’évacuation lancé par Israël.

Lors d’un entretien téléphonique, il a demandé à M. Macron « d’intervenir auprès d’Israël afin d’empêcher que la banlieue sud de Beyrouth ne soit pas ciblée » et d’apporter son aide « pour parvenir à un cessez-le-feu dans les plus brefs délais », selon un communiqué de la présidence libanaise.

Macron appelle Netanyahu à ne pas « étendre la guerre au Liban »
Dans un post sur X, le président français dit que « tout doit être fait pour empêcher » que le Liban soit « à nouveau entraîné dans la guerre » et appelle le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou à ne pas « étendre la guerre au Liban ».

« Dans ce moment de grand danger, je demande au Premier ministre israélien de ne pas étendre la guerre au Liban », écrit Emmanuel Macron. Le chef de l’État demande aux responsables iraniens de « ne pas impliquer davantage le Liban dans une guerre qui n’est pas la sienne » et appelle le Hezbollah à « renoncer aux armes » et à « montrer qu’il n’est pas une milice aux ordres de l’étranger ».

Emmanuel Macron veut « établir un plan » pour « mettre un terme aux opérations militaires » du Hezbollah et d’Israël.

Des frappes sur tout le territoire libanais
La puissance de feu déployée par l’armée israélienne est très importante. C’est désormais l’ensemble du territoire libanais qui est dans le viseur israélien.

Dans la nuit du 4 au 5 mars, des appareils israéliens ont ainsi pris pour cible un appartement dans le camp palestinien de Beddaoui, à l’extrême nord du Liban, tuant un haut responsable du Hamas et son épouse. Depuis ce jeudi à l’aube, les chasseurs bombardiers et les drones ont mené des dizaines de frappes sur le Sud-Liban, la banlieue sud de Beyrouth et le nord de la plaine de la Bekaa.

En milieu de matinée, un drone a attaqué une voiture près de la ville de Zahlé, dans la Bekaa, tuant un gendarme et son neveu. Quelques heures plus tôt, c’est une autre voiture, sur la route de l’aéroport international de Beyrouth, qui a été détruite par une frappe. L’armée israélienne a appelé ce 5 mars à « évacuer immédiatement » toute la banlieue sud de Beyrouth, la capitale libanaise. C’est l’un des bastions du Hezbollah pro-iranien où vivent des centaines de milliers de personnes. Les habitants fuient dans la panique.

Depuis lundi matin, les raids se comptent par centaines. L’artillerie israélienne a par ailleurs pilonné une quinzaine de villages dans le sud. Les tirs d’artillerie s’inscrivent dans le cadre des opérations terrestres annoncées par l’armée israélienne, qui ne cache pas son intention de vouloir instaurer une zone tampon le long de la frontière.

Les autorités libanaises dépassées
Les autorités libanaises semblent dépassées par les événements. Sur le terrain, le gouvernement a ordonné à l’armée libanaise de se retirer face à l’avancée des troupes israéliennes. L’armée libanaise a ainsi évacué une cinquantaine de positions au sud du fleuve Litani et s’est regroupée dans quelques bases et casernes.

Depuis le 4 mars, l’armée israélienne a appelé à plusieurs reprises les habitants de cette zone, qui représente environ 8% du territoire libanais et s’étend sur environ 30 km le long de la frontière, à évacuer. Des appels qui « sont fortement susceptibles de violer les lois de la guerre », alerte l’ONG de défense des droits de l’homme, Human Rights Watch, dans un communiqué jeudi.

Le gouvernement libanais a interdit toute activité militaire éventuelle des Gardiens de la Révolution iraniens au Liban, alors que les Iraniens ne pourront plus entrer sans visa sur le territoire.

Au niveau diplomatique, le président Joseph Aoun a réaffirmé son refus de la création par Israël d’une zone tampon lors d’une rencontre, le 3 mars, avec les ambassadeurs de ce que l’on appelle le Quintet, qui comprend les États-Unis, la France, l’Égypte, l’Arabie saoudite et le Qatar.

Sur un plan humanitaire, les autorités essayent de gérer le flux de déplacés qui ont quitté leurs villages à l’appel des Israéliens. Une aide a déjà été fournie à 90 000 personnes qui ont dû être hébergées dans des écoles publiques.

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