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Restauration de peine de mort: Israël a adopté, une loi controversée pour les auteurs d’attaques terroristes

« Grave recul », « dangereuse escalade »… Les réactions sont nombreuses au lendemain de l’adoption en Israël d’une loi instaurant la peine capitale pour les terroristes, dit le texte qui, dans les faits, vise les Palestiniens uniquement. Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme ont présenté un recours devant la Cour suprême.
Après douze heures de débats, lundi soir, 62 députés ont voté en faveur de cette loi et 48 contre. Les ministres d’extrême droite ont célébré avec du champagne l’adoption du texte. Il stipule que la peine de mort par pendaison sera imposée à un terroriste ayant tué une personne dans l’intention de nier l’existence de l’État d’Israël, précise notre correspondante à Jérusalem, Frédérique Misslin

Israël: le Parlement adopte une loi décriée instaurant la peine de mort pour les terroristes

Pour Yair Dvir, le porte-parole de l’ONG israélienne B’Tselem, la formulation est clairement discriminatoire : « Le projet de loi est délibérément rédigé et conçu pour être appliqué exclusivement aux Palestiniens, en exemptant explicitement les citoyens et les résidents israéliens. La célébration grotesque de cette loi par les membres de la Knesset révèle une fois de plus la déshumanisation permanente des Palestiniens dans le discours public israélien. »

« Un agenda raciste et violent »
« Nous ne sommes pas surpris mais, malgré tout, nous sommes extrêmement indignés et choqués par le niveau de brutalité qui est désormais institutionnalisé. Cette loi s’inscrit dans un corpus, un système qui cible déjà les Palestiniens de manière systématique. Au cours des vingt dernières années, plus de 30 lois ont été créées qui ciblent presque tous les aspects de la vie des Palestiniens. Il s’agit donc d’un moment crucial et d’une escalade dangereuse, mais c’est aussi une des lois les plus violentes à avoir été adoptées par la Knesset israélienne, c’est flagrant. Il s’agit d’une escalade naturelle de l’état d’esprit des législateurs israéliens, ils ont un agenda raciste et violent », a déclaré Miriam Azem, la responsable du plaidoyer de l’ONG Adalah qui fait partie des organisations à avoir déposé un recours devant la Cour suprême.

Cisjordanie: plus de 1 000 Palestiniens tués depuis 2020 sans poursuites, dénonce une enquête

En Cisjordanie occupée, une marche de protestation a rassemblé ce mardi matin une centaine de personnes après l’annonce du vote en Israël. Shawan Jabarin est le directeur de l’organisation palestinienne de défense des droits humain Al Haq, pour lui le texte vise uniquement les Palestiniens

« J’en suis sur à 100%. Il n’y a pas d’autre interprétation possible. Cela signifie qu’ils veulent maintenant légaliser le fait de tuer des Palestiniens. Pour n’importe quelle loi ordinaire, partout dans le monde, il existe des normes. L’une de ces normes doit être l’absence de discrimination sur la base de l’appartenance ethnique, de la couleur ou de tout autre élément de ce type. Or, cette loi vise uniquement les Palestiniens », assure-t-il.

Problème de constitutionnalité
La loi doit faire l’objet d’un contrôle judiciaire par la Haute Cour de justice. Elle prévoit de s’appliquer en Israël mais également dans les territoires palestiniens sous occupation. L’autorité palestinienne dénonce un texte qui, sous couvert de légalité, veut « légitimer des exécutions extrajudiciaires ». Amjad Chihab est professeur de sciences politique, cet analyste palestinien espère que la Cour suprême israélienne va invalider le texte. « C’est une loi raciste car elle s’applique sur les Palestiniens mais pas aux Israéliens. Il n’existe pas de garantie suffisante pour un procès équitable et il y a une absence de possibilité réelle de faire appel. Son adoption porterait une atteinte à la crédibilité du système judiciaire israélien en tant qu’État démocratique », explique-t-il.

« C’est la seule loi sur la peine de mort au monde qui utilise le critère de la race pour déterminer à qui elle s’applique et à qui elle ne s’applique pas. C’est un retour en arrière de plusieurs décennies. Et cela va aussi à contre-courant de ce qui se passe dans le monde, où de moins en moins de pays appliquent la peine de mort », a quant à elle fustigé Tirza Leibovitz, directrice de projet pour l’ONG Physicians for Human Rights Israël.

C’est une loi immorale, déclare encore un député israélien de gauche, Gilad Kariv. Les conseillers juridiques du Parlement ont prévenu : le texte pourrait enfreindre le droit international et surtout ne pas être constitutionnel.

Un texte qui divise l’opinion publique
Ce texte divise également l’opinion publique, entre soif de justice après les traumatismes récents et la crainte d’une rupture démocratique irréversible. À Rechavia, quartier étudiant et intellectuel de Jérusalem, la nouvelle loi agit comme un puissant révélateur des fractures de la société israélienne, rapporte notre correspondant à Jérusalem, Michel Paul. Pour Raphaël, la justice doit désormais répondre par la loi du talion : « Je suis pour, tout à fait pour. Je pense que celui qui commet des attentats devrait subir ce qu’il a voulu infliger aux autres. »

Mais à quelques mètres de là, ce virage législatif provoque l’effroi chez Roni, une jeune réserviste. Elle place désormais ses derniers espoirs dans un arbitrage de la Cour suprême pour invalider un texte qu’elle juge indigne de son pays : « Je n’ai pas de mots, je pense que c’est horrifiant. On dirait la fin du pays. C’est terrible et affreux. Cela ne correspond pas à notre pays. Et cet argument selon lequel la majorité du public est “pour” n’est pas correct selon moi. C’est une poignée d’extrémistes comme Ben Gvir et Smotrich qui sont assoiffés de sang.»

Entre ces deux blocs irréconciliables, il y a ceux qui errent dans un entre-deux douloureux. Pour Odaya, le traumatisme du 7 octobre a brouillé toutes les certitudes morales : « Je pense que depuis le 7 octobre, je suis encore totalement confuse sur ce sujet. Il y a des moments où je suis “pour” et d’autres où je suis “contre”. Je ne suis pas encore sûre ! Mais il ne fait aucun doute que ce gouvernement a un peu perdu son chemin. »

À Jérusalem, si la loi a été adoptée dans l’hémicycle, elle n’a manifestement pas fini de tourmenter les consciences d’une jeunesse en quête de repères.

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