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Russie-Afrique: 92 accords et mémorandums signés

92 accords et 54 mémorandums. Le bilan est mirobolant selon Ross Congress, mais les Africains réclament désormais « financement, calendrier et évaluation » après un sommet fastueux, sans argent et avec l’exclusion de SWIFT. La Russie a payé rubis sur ongles pour les délégations africaines (cartes prépayées), mais la question du financement des accords reste entière.

Depuis 2022, les cartes Visa et Mastercard ne fonctionnent plus à Moscou. Les Africains doivent venir avec du cash ou une carte UnionPay chinoise. Moins de 1 % des investissements directs étrangers en Afrique viennent de Russie, et moins de 2 % du commerce ouest-africain. Un accord-cadre sans montant ni calendrier a été signé entre Moscou et l’AES. La banque russe WEB n’a jamais géré de banque en Afrique, n’a pas de licence UEMOA et est exclue de SWIFT. Trois pistes existent, mais aucune n’est simple ni sans risque.

Le troisième sommet Russie-Afrique s’est achevé sur une note de satisfaction générale. Le Kremlin a reçu l’Afrique avec faste, alignant les signatures et les poignées de main. Derrière cette vitrine, où est l’argent ? La Russie se constitue une cour africaine pour mieux s’opposer en puissance internationale. Le Kremlin renvoie à l’Élysée les images de ses anciennes heures de gloire. La tutelle change, mais grosso modo, le modus operandi reste intact, celui de la France-Afrique.

« Celui qui paye dicte le menu »
Il va sans dire que la Russie a mis les petits plats dans les grands. Comme on dit, celui qui paye dicte le menu, et c’est Moscou qui a payé rubis sur ongles. À l’arrivée, la majorité des chefs de délégation ont reçu une carte bancaire prépayée pour payer l’hôtel, le transport et les restaurants du forum. Mais le paiement, justement, c’est l’un des désagréments du séjour moscovite. Depuis 2022, la Russie est exclue de SWIFT. Les cartes Visa et Mastercard étrangères ne passent plus à Moscou. Les Africains qui vont en Russie doivent venir avec du cash ou, pour les « happy few » (Sud-Africains, Égyptiens, Marocains), avec une carte UnionPay chinoise.

Le modèle alternatif qui ne prend pas
À l’évidence, le modèle alternatif que la Russie essaie de pousser avec les BRICS ne prend pas, même dans son pré carré. Car en dehors des Kalachnikovs et des chars qu’elle vend, la Russie achète peu. Moins de 1 % des investissements directs étrangers entrent en Afrique, moins de 2 % du commerce ouest-africain. Pour l’instant donc, les Africains vont, tous les deux ans, écouter Poutine parler et gardent soigneusement leur portefeuille SWIFT. Moscou commence tout de même à prendre le pli de ces sommets. Le bilan publié à chaud par Ross Congress, l’organisateur officiel, est mirobolant : 92 accords, 54 mémorandums et un plan d’action 2027-2029 en 19 domaines.

Les Russes vendent du volume. Les Africains, eux, instruits par l’expérience, ont répété le même mot : passer de la planification à la mise en œuvre avec financement, calendrier et évaluation. C’est la substance des messages du président de l’Union africaine, de Tshisekedi, de Sassou et d’Azali Assoumani… C’est l’aveu que Sotchi et Saint-Pétersbourg n’ont pas débouché sur grand-chose. La guerre en Ukraine et les sanctions vident les caisses de Moscou, et l’Afrique ne va pas les remplir.

L’accord AES-banque russe : Inédit sur le papier seulement
Malgré tout, l’accord entre la banque de l’AES et une banque russe est assez inédit. Sur le papier, c’est inédit. Dans les faits, c’est un accord-cadre. Pas de montant, pas de calendrier. L’AES cherche 1 000 milliards de francs CFA pour doubler son capital. Problème : la WEB, la banque, son partenaire russe, n’a jamais géré de banque en Afrique. Pas de licence UEMOA et exclue de SWIFT depuis 2022. Elle ne peut pas envoyer un euro à la BCEAO. Alors, comment faire ? Trois pistes. Un compte en rouble converti via Dubaï, le paiement en nature modèle Wagner, ou passer par une filiale non sanctionnée. Mais il faudra l’aval de la BCEAO et de la Banque de France. Tout ça est complexe, lent et risqué. En contournant SWIFT, l’AES s’expose à des sanctions européennes. D’où le flou. C’est une première, mais sur le papier seulement.

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