Trois mois après la chute de Bachar El-Assad, Ahmad el-Chareh, président intérimaire syrien, lutte pour éviter l’effondrement de sa nouvelle transition. Le leader du HTC tente désespérément de rassurer minorités et communauté internationale. Mais les récentes vidéos de violences, attisent les craintes d’une guerre civile confessionnelle et révèlent les fractures de son autorité.
Porté au pouvoir par une coalition rebelle dominée par Hay’at Tahrir el-Cham (HTC) – groupe islamiste radical qu’il dirigeait avant sa dissolution officielle en janvier –, el-Chareh doit aujourd’hui composer avec des factions incontrôlables. Des milices comme la brigade d’Abou Amcha ou la division Hamza, pourtant intégrées à la nouvelle armée syrienne, sont accusées d’exécutions sommaires contre des civils alaouites.
Une contre-révolution des pro-Assad
« Ces violations montrent l’illusion de la dissolution des groupes armés. L’unification sous l’armée régulière est un défi qui prendra des années », analyse Fadil Hanci, chercheur à l’Omran Center. Ces groupes sanctionnés par Washington, agissent en toute impunité. « Le président est dépassé. Certains de ses commandants ont un passé sanglant, et leur intégration au pouvoir était un pari risqué », observe un diplomate syrien.
La situation s’envenime sur tous les fronts. À Jaramana, près de Damas, des combats ont opposé une milice druze aux forces de sécurité. Dans le Nord-Est, les Kurdes refusent de désarmer, défiant l’autorité centrale. À l’international, la Turquie, l’Iran, la Russie et Israël surveillent chaque faille pour influencer la transition.
« El-Chareh n’a pas le contrôle du terrain. Une réaction trop modérée pourrait provoquer une contre-révolution des pro-Assad, mais réprimer les radicaux le priverait de sa base », résume Ömer Özkizilcik, analyste turc. Un équilibre impossible, alors que l’économie, étranglée par les sanctions, menace de faire imploser le pays.
Damas fait des promesses
Dimanche, depuis une mosquée de la capitale, el-Chareh a appelé à « préserver l’unité nationale et la paix civile ». Pour calmer les esprits, son gouvernement a annoncé une commission d’enquête sur les massacres. Une manœuvre cosmétique, selon des observateurs. « Il pourrait retourner la situation en sanctionnant les coupables, mais il risque un coup d’État des radicaux », met en garde Karam Shaar, expert syrien.
La marge de manœuvre du nouveau président est étroite. « Comment discipliner une armée née de milices anarchiques ? Même les États-Unis ont échoué en Irak et en Afghanistan », rappelle Natasha Hall du CSIS. « Si el-Chareh tente de les démanteler, ils pourraient le renverser. Mais les ignorer condamne la Syrie au chaos », prévient un officier syrien.



