
A la suite de ces accusations, l’administration Trump prévoit réduire drastiquement les effectifs de l’USAID, passant de plus de 10 000 employés à moins de 300, selon le « New York Times » . Seuls les postes liés à la santé et à l’urgence humanitaire seront épargnés, tandis que 800 programmes et contrats sont annulés.
Licenciements massifs et restriction administrative
La quasi-totalité du personnel de l’USAID a été placée en congé administratif dès le 7 février à minuit, avec un délai de 30 jours pour les agents à l’étranger afin de rentrer aux États-Unis . Les employés décrivent une situation chaotique : « C’était comme dans un film d’horreur », témoigne un membre du personnel dont l’accès aux e-mails a été coupé en pleine réunion.
Les syndicats AFSA (Association du service extérieur américain) et AFGE (Fédération américaine des employés gouvernementaux) ont intenté un procès jeudi 6 février, arguant que ces mesures violent la Constitution et nécessitent l’aval du Congrès.
Les conséquences de ces coupes sont déjà palpables. Des programmes vitaux, comme la lutte contre le VIH/sida, le paludisme ou la mortalité maternelle, sont suspendus. Selon la plainte des syndicats, « 300 bébés supplémentaires ont contracté le VIH » et « des milliers de femmes mourront de complications liées à la grossesse » sans intervention judiciaire. Andrew Natsios, ancien administrateur de l’USAID sous George W. Bush, compare cette purge à la « Révolution russe » et dénonce une « approche irresponsable » qui menace la stabilité mondiale.
Un bras de fer politique et légal
L’administration Trump justifie ces mesures par une « refonte alignée sur les intérêts nationaux », selon le secrétaire d’État Marco Rubio, nommé administrateur par intérim de l’USAID. Les républicains sont divisés : si certains, comme le sénateur Bill Cassidy, critiquent l’arrêt des programmes contre le sida, d’autres, comme le représentant Brian Mast, applaudissent la fin des « subventions gauchistes ». Les démocrates, quant à eux, dénoncent une « prise de pouvoir anticonstitutionnelle ».
Fondée en 1961 par John F. Kennedy, l’USAID est devenue un pilier de l’aide internationale, opérant dans 120 pays avec un budget de 40 milliards de dollars. Si des critiques sur son efficacité existent depuis des décennies comme les accusations de gaspillage par l’ex-directeur Mark Moyar, sa dissolution unilatérale par Trump fait un détour à 180 dégrés. Pour George Ingram, expert à la Brookings Institution, « aucun président n’avait osé aller aussi loin ».
Dans de meilleurs délais, les tribunaux doivent trancher sur la légalité de ces mesures, des milliers d’employés et de bénéficiaires de l’aide internationale subissent déjà les contrecoups. « Cette décision aura un impact immédiat et dévastateur », prévient Skye Perryman de Democracy Forward. Dans un contexte où la Chine renforce son influence via des initiatives comme les Nouvelles Routes de la soie, la fermeture de l’USAID pourrait redessiner non seulement le paysage humanitaire, mais aussi les équilibres géopolitiques mondiaux.


