Les négociations sur le climat de la COP30 au Brésil ont débouché sur un accord adopté en séance plénière, samedi 22 novembre. Toutefois, à la surprise générale, la session a été brièvement suspendue après adoption formelle des différents textes. A l’heure actuelle, les 197 États sont parvenues à trouver un équilibre entre les mesures visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et le financement de la lutte contre le changement climatique. L’Union européenne se dit « déçue » de « cette COP qui est la manifestation d’une nouvelle réalité géopolitique ». Pour la France, c’est « la COP des Brics ».
Loin d’être assuré la veille au soir, un accord a fini par être trouvé in extremis et adopté lors d’une séance plénière (avec l’ensemble des États). Il reflète l’équilibre… des profondes tensions et divergences entre pays et blocs d’États.
Mais comment qualifier cette COP ? Réussite, succès, bilan en demi-teinte ? Tout dépend des points de vue, sur le fond comme sur la forme, tant jusqu’aux dernières heures, cette COP30 fut marquée par les incidents. La signature d’un accord, obtenu aux forceps, suffit-elle à faire « gagner » le multilatéralisme, comme l’a proclamé le président Lula depuis le G20 ? Rien n’est moins sûr, tant il a été ébranlé durant ces négociations.
Les critiques de la méthode brésilienne de conduite des négociations sont allées crescendo durant toute la deuxième semaine. « Ce n’est pas une COP de la vérité, ce n’est pas une COP de la transparence », a-t-elle martelé la ministre française Monique Barbut, avant d’entrer en séance plénière.
ONG de la société civile, y compris brésiliennes, ont usé du même vocabulaire sur ce point. « Pendant deux semaines, nous avons parlé d’une “COP de la vérité”. Et la vérité n’est pas belle : le multilatéralisme est en détresse et la diplomatie qui a été menée essentiellement derrière des portes closes n’a pas permis de renforcer la confiance dans le processus de la COP. Nous avions besoin de plus de transparence, mais aussi de plus d’honnêteté », a réagi Gaïa Fèbvre, chargée des politiques internationales au Réseau Action Climat France.
Une présidence de COP mise en difficulté d’une séance de clôture chaotique, ponctuée d’objections relatives à des points de procédure. Le président Do Lago, pourtant loué avant la COP pour son expérience de diplomate, a pu compter sur le soutien de la représentante indienne qui, au nom de ses alliés, l’a remercié : « Nous saluons les efforts remarquables déployés par l’équipe de la présidence, qui a notamment passé de nombreuses nuits blanches à travailler pour que nous repartions de Belém avec quelque chose de significatif. »
L’Union européenne cède sur les fossiles face aux Brics
Une nuit de tractations en plus n’y aura rien changé : le texte final du Mutirão ne contient pas de mention des énergies fossiles. L’accord reste donc faible aux yeux du camp d’une plus grande exigence dans les efforts de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Et ce malgré une puissante offensive de la part de 80 pays qui ont formé une coalition en faveur d’une feuille de route pour amener les États à abandonner progressivement l’usage du pétrole, du gaz et du charbon, comme le requiert l’accord trouvé à Dubaï il y a deux ans.
Encore hier pour l’Union européenne, la mention des énergies fossiles était une condition sine qua non. Bruxelles, par la voix de son Commissaire européen au climat Wokpe Hoekstra, dit avoir cédé pour sauver le multilatéralisme. Les Brésiliens ont proposé de lancer un processus parallèle au cadre de la COP pour reprendre cette feuille de route. Une même initiative volontaire concernera une feuille de route de la déforestation.
La France ressort amère de ces négociations difficiles. C’est « un texte assez vide », « plat », a déclaré la ministre française de la Transition écologique qui s’est exprimée avant l’adoption du texte en plénière, ce samedi matin. « Mais je peux vous assurer qu’il y a des gens ici qui sont très contents du résultat », « c’est la COP des Brics », a-t-elle ajouté au micro de Jeanne Richard, en référence aux puissances émergentes que sont le Brésil (par ailleurs pays hôte de la COP30), l’Inde, la Chine, la Russie et l’Afrique du Sud. Ces pays sont opposés, pour différentes raisons économiques, à une rehausse des efforts de l’ambition climatique.
« Nous étions à la croisée des chemins : soit emprunter une voie correctement financée pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, soit foncer droit vers une catastrophe climatique. Or, si de nombreux gouvernements sont prêts à agir, une puissante minorité s’y oppose », a déploré Carolina Pasquali, directrice générale de Greenpeace Brésil.
Les pays du Sud qui souhaitaient un accord fort sur l’adaptation au changement climatique repartent avec un texte qui « appelle à des efforts pour au moins tripler » les financements d’ici à 2035 pour l’adaptation climatique des pays en développement sur les dix prochaines années. Mais aucun chiffre précis n’est mentionné, comme les pays les moins avancés le requéraient. Au total, les pays développés ne se sont pas engagés à augmenter l’enveloppe globale de leurs financements climatiques, soit un horizon de 300 milliards de dollars par an d’ici 2035, qui avait été acté à la COP29. Tout effort sur l’adaptation se fera à l’intérieur de cette enveloppe, le reste étant généralement des prêts pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.
La Chine, de son côté, obtient la mention du commerce dans un texte climatique. Pékin, qui mène la fronde de plusieurs pays émergents contre les taxes carbone aux frontières de l’Union européenne, en avait fait sa priorité avec d’autres pays exportateurs. Mais les Vingt-Sept, visés par cette offensive diplomatique, n’ont « rien cédé à aucun assouplissement », a confirmé la ministre française à RFI.
Parmi les points positifs, le Réseau Action Climat met l’accent sur la mention d’un Mécanisme de transition juste, qui était l’une des revendications de cette vaste coalition d’ONG environnementale. Pour Gaïa Fèbvre, « c’est une immense victoire pour les travailleurs et travailleuses, les jeunes, les femmes ou encore toutes les organisations de la société civile qui sont venues à la COP exiger un cadre garantissant que l’action climatique protège aussi les emplois et améliore la vie des populations. »



