Mission accomplie pour Maître Ismaila Mamadou Konaté. L’avocat, aux premières heures de l’arrestation de son compatriote, s’est pour porter volontaire pour être le conseil de Hawa Mamadou Gassama. Sans rien à attendre des autorités de la Transition malienne, l’ancien ministre s’est servi de la Robe noire pour tirer d’affaire son frère de case.
Me Ismaila Mamadou Konaté est un critique du régime en place à Bamako, malgré tout il s’est donné corps et âme pour tirer d’affaire un des farouches défenseurs du régime militaire de Bamako. Le premier argument qu’il a brandi, ce n’est pas le patriotisme, mais le fait que le député malien en détention à Abidjan, est issue de la même région que lui : Kayes au Mali. Depuis début juillet 2025, il a tenu bon son rôle de conseil jusqu’à l’épilogue du procès. Sept mois d’intention activité juridique.
Affaire Gassama : Le rôle déterminant de l’avocat malien Mamadou Ismaïla Konaté
Le député malien Mamadou Hawa Gassama a recouvré la liberté le 10 février, après un peu plus de sept mois de détention à la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca). Condamné le 30 janvier à trois ans de prison pour « offense au chef de l’État », Alassane Ouattara, il a bénéficié d’une mesure de grâce présidentielle. Derrière cette issue, le travail obstiné d’un homme : Me Ismaila Mamadou Konaté, avocat et ancien ministre malien de la Justice. C’est lui-même qui a annoncé la nouvelle dans la soirée du 10 février. « M. Mamadou Hawa Gassama a recouvré la liberté après sept mois et sept jours de détention à la MACA », a écrit Me Konaté dans un communiqué. Il précise que la libération fait suite à « une mesure de grâce présidentielle, prise par décret du chef de l’État de Côte d’Ivoire ». Le député de Yilémani avait pourtant affirmé son intention de faire appel de sa condamnation en première instance. Ce recours est devenu sans objet. La grâce présidentielle a mis fin à sa détention, lui rendant ce que son avocat appelle « la liberté, bien suprême et condition première de la dignité humaine ».
Un avocat qui n’a rien lâché
Dès les premières heures de l’arrestation de son compatriote, Me Ismaila Mamadou Konaté s’est porté volontaire pour assurer sa défense. L’ancien ministre, pourtant critique du régime en place à Bamako, a mis sa robe d’avocat au service d’un homme considéré comme un proche des autorités militaires maliennes. Son premier argument n’a pas été le patriotisme, mais un lien plus personnel : le député Gassama est issu de la même région que lui, Kayes, dans l’ouest du Mali. Depuis début juillet 2025, il a tenu bon son rôle de conseil, sans rien attendre des autorités de la Transition malienne. Pendant son séjour à Abidjan, l’avocat est tombé gravement malade. Il a bénéficié de soins de qualité dans une clinique des Deux-Plateaux, une attention qu’il a saluée comme une preuve que « la Côte d’Ivoire respecte toujours ses engagements en matière de droits de l’homme ».
Une stratégie judiciaire et diplomatique
Après le verdict de condamnation, Me Konaté a entamé un travail de lobbying discret. Il a notamment fait valoir l’âge avancé du député pour plaider en faveur d’une mesure de clémence. Un argument qui a visiblement porté ses fruits auprès de la plus haute autorité ivoirienne. Dans son communiqué, l’avocat rend hommage à la justice ivoirienne et au chef de l’État, pourtant victime des propos qui ont valu la condamnation à son client. « Je me réjouis sincèrement de cette mesure de clémence, qui ouvre pour M. Gassama une nouvelle ère : celle de la liberté retrouvée », écrit-il. Il ajoute une touche personnelle : « Je demeure dans l’attente de pouvoir le rencontrer physiquement, ainsi que ses deux fils, aux côtés de mon confrère ivoirien, tous mobilisés avec constance, loyauté et engagement depuis le premier jour. » Une manière de souligner la collaboration entre avocats maliens et ivoiriens dans ce dossier sensible.
Né à Kayes le 31 août 1963, Mamadou Ismaïla Konaté est le premier d’une famille de cinq enfants. Son père, devenu aveugle très jeune, a créé l’Institut des jeunes aveugles de Bamako et l’Union malienne des aveugles. Sa mère était enseignante. Après une scolarité entièrement effectuée au Mali jusqu’au baccalauréat, il part étudier le droit à l’Université de Bordeaux. De retour au pays, il commence sa carrière chez PricewaterhouseCoopers avant de fonder en 1998 son propre cabinet, Jurifis Consult, à Bamako. Inscrit aux barreaux de Bamako et de Paris, Me Konaté intervient dans de nombreux dossiers en Afrique et en Europe. Il s’implique particulièrement dans le droit OHADA et publie régulièrement sur ce sujet. Il est également secrétaire général de l’Association pour la promotion de l’arbitrage en Afrique (APAA).
Le 7 juillet 2016, il est nommé ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, garde des Sceaux, dans le gouvernement de Modibo Keïta. Il est reconduit le 11 avril 2017 dans l’équipe du Premier ministre Abdoulaye Idrissa Maïga.
À la tête de son ministère, il œuvre pour rapprocher la justice des citoyens en simplifiant les procédures. Il réorganise des juridictions et met en place des actions de justice transitionnelle dans les régions maliennes éprouvées par la crise de 2012. Sur le plan international, il participe à la coopération entre États sahéliens contre la criminalité transnationale et le terrorisme. Ces travaux aboutissent en mai 2017 à une convention d’entraide judiciaire et d’extradition signée entre le Mali, le Niger et le Tchad. Désillusionné par le manque de volonté politique de lutter contre la corruption, il démissionne en novembre 2017. Il publie l’année suivante un livre sur son expérience ministérielle. Dans son communiqué annonçant la libération de son client, Me Konaté cite un proverbe : « Le soleil finit toujours par succéder à la nuit. » Une formule qui résume bien les sept mois de procédure judiciaire et de détention, finalement interrompue par la clémence présidentielle. L’avocat malien, membre de l’Union internationale des avocats et de l’Association européenne des avocats, marié et père d’un enfant, peut désormais rentrer au Mali avec la satisfaction du devoir accompli. Son client est libre, et les relations entre la Côte d’Ivoire et le Mali, mises à rude épreuve par cette affaire, pourront peut-être amorcer un apaisement.



