Le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salman, est à Washington, le mardi 18 novembre, pour sa première visite officielle aux États-Unis depuis 2018. Cette rencontre avec Donald Trump se déroule dans un contexte de recomposition totale du Moyen-Orient.
Si la rencontre devrait permettre aux deux dirigeants d’afficher leur proximité, elle sera également l’occasion de confronter leurs visions divergentes sur la région, notamment sur Israël et l’Iran. Pour Riyad, seule la résolution de la question palestinienne peut ouvrir la voie à une normalisation avec l’État hébreu.
Objectifs saoudiens à Washington
Mohammed ben Salman, dirigeant de facto de l’Arabie saoudite, espère obtenir un pacte de défense avec les États-Unis et un soutien à son programme nucléaire civil. La visite survient cinq ans après l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, événement qui avait terni l’image du prince héritier sur la scène internationale. Aujourd’hui, il s’est repositionné comme un interlocuteur incontournable pour les puissances occidentales. L’Arabie saoudite est un acteur central des efforts internationaux de stabilisation du Moyen-Orient. Cette année, le royaume a participé activement à l’initiative française pour relancer la solution à deux États et reste une clé alliée pour Trump dans la prolongation des accords d’Abraham, signés en 2020 et qui ont permis la normalisation des relations entre Israël et plusieurs États arabes, dont les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc.
La condition palestinienne
Longtemps, Riyad a exigé un « chemin clair vers un État palestinien » pour envisager toute normalisation avec Israël. Le royaume refuse tout rapprochement tant qu’Israël empêche la création d’un État palestinien indépendant. « Aujourd’hui, l’Arabie saoudite ne voit pas seulement la guerre à Gaza et l’occupation de la Cisjordanie, elle perçoit également une déstabilisation globale de la région », explique Xavier Guignard, chercheur français à l’Académie diplomatique saoudienne. Selon lui, Donald Trump ne pourra pas faire infléchir MBS sur cette question. Mais il précise que le prince héritier ne ferme pas la porte à long terme : il ne souhaite pas offrir à Benjamin Netanyahu une victoire symbolique et espère voir le Premier ministre israélien perdre les élections de 2026.
Divergences sur l’Iran
Les positions de Trump et de MBS divergent également sur l’Iran. La République islamique a subi des revers militaires et politiques ces derniers mois : frappes israéliennes et américaines, affaiblissement du Hezbollah et effondrement partiel du régime syrien de Bachar el-Assad. Riyad souhaite désormais éviter une déstabilisation complète de l’Iran et proposer un rôle de médiateur entre Téhéran et Washington. Cette approche nuancée avec celle d’Israël, qui verrait d’un bon œil un effondrement total de la République islamique. Concernant la Syrie, MBS poursuit un engagement actif pour soutenir la reconstruction du pays, désormais sous influence des islamistes sunnites après la chute d’Assad. L’Arabie saoudite cherche à équilibrer ses relations avec les États-Unis et Israël tout en consolidant son influence dans le monde arabe. Pour Trump, il s’agit de maintenir l’alliance avec Riyad tout en poursuivant ses objectifs de sécurité régionale.
Le contexte est délicat, car l’Arabie saoudite se place à la fois comme interlocuteur clé et arbitre potentiel dans la région. Les choix faits à Washington pourraient influencer durablement la position du royaume sur les questions palestinienne et iranienne. Le souvenir de l’assassinat de Jamal Khashoggi plane toujours sur les relations entre Riyad et Washington, bien que l’incident ait progressivement perdu de son impact politique. La visite de MBS démontre son retour au premier plan international et sa capacité à peser sur les négociations régionales. Le prince héritier arrive à Washington après une année où l’Arabie saoudite a accueilli Donald Trump avec faste au printemps, promettant des investissements de 600 milliards de dollars aux États-Unis. Ces promesses économiques renforcent sa stature et démontrent son rôle de partenaire stratégique pour Washington.
Le rôle de médiateur de l’Arabie saoudite
Pour MBS, un rapprochement avec Israël ne sera envisageable que si des avancées concrètes sur la création d’un État palestinien sont réalisées. Cette position maintient Riyad à distance d’Israël tout en participant activement aux initiatives diplomatiques régionales. Les accords d’Abraham, bien que significatifs, n’ont pas modifié la position saoudienne sur la condition palestinienne . Riyad continue de défendre l’idée que seule une solution politique juste et durable peut permettre une normalisation réelle. Outre Israël et la Palestine, l’Arabie saoudite se positionne comme médiateur pour apaiser les tensions régionales, notamment avec l’Iran. Ce rôle de facilitateur contraste avec la ligne plus rigide de certains alliés occidentaux et israéliens. La volonté de MBS de stabilisateur de la région est traduite par une diplomatie active, où chaque déplacement, rencontre et déclaration est analysée pour mesurer son impact sur la sécurité et l’équilibre des forces au Moyen-Orient. La réunion à la Maison Blanche pourrait mettre en lumière les divergences sur plusieurs dossiers sensibles. Mais elle demeure également un moment symbolique, permettant à Riyad et Washington d’afficher leur partenariat stratégique.



