Mouammar Kadhafi (père) est mort le 20 octobre 2011, Al Islam Kadhafi (fils) est éliminé le 03 février 2026. L’ancien dirigeant libyen avait été capturé, torturé et tué près de sa ville natale de Syrte, après des semaines de fuite suite à la chute de Tripoli aux mains du Conseil national de transition (CNT). Sa mort a marqué la fin de son régime de 42 ans. En février 2026, l’horreur se poursuit et c’est son fils qui tombe à son tour, assassiné à domicile.
L’annonce de la mort de Saïf al-Islam Kadhafi, l’un des fils de l’ancien dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, a suscité une vague de réactions mêlant stupeur, prudence et interrogations. Ce mardi 3 février, plusieurs sources proches de l’intéressé ont affirmé son décès, sans qu’une communication officielle détaillée ne vienne, à ce stade, lever les nombreuses zones d’ombre qui entourent les circonstances de cette disparition. L’information a d’abord été relayée par l’Agence de presse officielle libyenne (LANA). Selon cette source, Abdullah Osman, conseiller et chef de l’équipe politique de Saïf al-Islam, a confirmé la mort de ce dernier. Des médias libyens ont ensuite repris l’annonce, évoquant une attaque armée survenue à son domicile, sans fournir d’éléments permettant une vérification indépendante.
Un récit évoquant une attaque ciblée
S’exprimant sur une chaîne de télévision libyenne, Abdullah Osman a avancé une version précise des faits. Selon lui, quatre hommes armés auraient pris d’assaut la résidence de Saïf al-Islam Kadhafi après avoir neutralisé les caméras de surveillance. L’attaque se serait déroulée rapidement, conduisant à la mort de l’ancien candidat à l’élection présidentielle. Dans un message attribué à l’un de ses proches, Zaidi, la disparition de Saïf al-Islam est présentée comme un assassinat politique. « Nous présentons nos condoléances au peuple libyen et à la famille du défunt », a-t-il déclaré, dénonçant des « cercles de la trahison » et estimant que cette mort ne ferait pas taire les idées portées par l’héritier de l’ancien régime. Ces déclarations, largement diffusées sur les réseaux sociaux et par certaines chaînes locales, n’ont toutefois pas été confirmées par les autorités officielles. Le Gouvernement d’unité nationale (GUN) est resté silencieux sur l’affaire.
Elle a démenti toute implication dans la mort de Saïf al-Islam Kadhafi et affirmé ne disposer d’aucune unité déployée dans la région de Zintan, régulièrement citée comme le lieu présumé de l’attaque.
Dans ce contexte de rumeurs et d’informations partielles, la Brigade 444, unité rattachée au ministère de la Défense du GUN, a publié un communiqué pour se dissocier des faits. Elle a démenti toute implication dans la mort de Saïf al-Islam Kadhafi et affirmé ne disposer d’aucune unité déployée dans la région de Zintan, régulièrement citée comme le lieu présumé de l’attaque. Ce démenti n’a pas suffi à apaiser les spéculations, tant le paysage sécuritaire libyen demeure fragmenté, avec une multitude de groupes armés opérant parfois en dehors de toute chaîne de commandement clairement identifiée. L’annonce du décès a également été confirmée par d’autres proches. Abdullah Othman Abdurrahim, conseiller de Saïf al-Islam, a publié un message sur Facebook évoquant sa mort, sans fournir d’informations supplémentaires. Son cousin, Hamid Kadhafi, joint par la chaîne Libya al-Ahrar, a déclaré que Saïf al-Islam était « tombé en martyr », tout en reconnaissant ne pas disposer de précisions sur les circonstances.
Selon plusieurs médias libyens, la mort serait survenue au sud de la ville de Zintan, dans l’ouest du pays, une région où Saïf al-Islam avait longtemps été détenu après la chute du régime en 2011. Aucune autorité judiciaire ou sécuritaire n’a, pour l’heure, confirmé officiellement cette version. Âgé de 53 ans, Saïf al-Islam Kadhafi a occupé une place singulière dans l’histoire récente de la Libye. Longtemps présenté comme le successeur potentiel de son père, il avait cultivé, dans les années 2000, une image de réformateur. Formé à Londres, parlant couramment anglais, il s’était imposé comme l’interlocuteur privilégié de certaines chancelleries occidentales. Il avait joué un rôle dans plusieurs dossiers sensibles, notamment les négociations ayant conduit à l’abandon par la Libye de ses programmes d’armes de destruction massive. Il avait aussi soutenu, au moins dans les discours, l’idée d’une constitution et d’un élargissement des libertés publiques, contribuant à la libération de prisonniers politiques. Cette image s’est toutefois effondrée au début de la rébellion de 2011, lorsqu’il avait menacé les opposants de répression sanglante. Ces déclarations avaient durablement terni sa réputation à l’international.
Arrestation, détention et condamnation
Arrêté alors qu’il tentait de fuir la Libye, Saïf al-Islam a été détenu pendant plusieurs années à Zintan, dans un isolement quasi total. En 2015, il a été condamné à mort à l’issue d’un procès expéditif, vivement critiqué par les organisations de défense des droits humains. Il a ensuite bénéficié d’une amnistie controversée et a été libéré en 2016. Depuis lors, son lieu de résidence exact restait flou. Selon son entourage, il vivait reclus dans une villa isolée sur les hauteurs de Zintan, entouré d’un cercle très restreint et menant une existence discrète pour des raisons de sécurité. Recherché par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité, il n’avait jamais été remis à la justice internationale, malgré les demandes répétées de la CPI. En novembre 2021, Saïf al-Islam avait surpris la scène politique libyenne en déposant sa candidature à l’élection présidentielle. Il comptait sur le soutien des nostalgiques de l’ancien régime et de certaines tribus. Sa candidature avait été vivement contestée et finalement disqualifiée en raison de sa condamnation.
Les désaccords autour du processus électoral avaient conduit à l’annulation du scrutin, prolongeant l’impasse politique dans laquelle se trouve la Libye depuis plus d’une décennie. Ces dernières années, Saïf al-Islam était resté silencieux, avant de refaire surface en 2024 dans un dossier aux répercussions internationales : celui du financement présumé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007. Dans un message transmis à RFI par un intermédiaire, il avait réaffirmé que cinq millions de dollars auraient été versés par le régime libyen à l’ancien président français, des accusations fermement contestées par la défense de ce dernier. Sa disparition intervient alors que ce dossier judiciaire demeure sensible et toujours débattu. En l’absence d’une version officielle étayée et d’une enquête indépendante annoncée, la mort présumée de Saïf al-Islam Kadhafi soulève de nombreuses questions. Était-il encore un acteur susceptible d’influencer l’avenir politique libyen, ou un témoin encombrant dans des affaires dépassant le cadre national ? Plus de quinze ans après la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye demeure un pays où les faits peinent à être établis avec certitude. La disparition annoncée de Saïf al-Islam Kadhafi s’inscrit dans cette longue série d’événements où le flou l’emporte sur la clarté, renforçant le sentiment d’une transition toujours inachevée.



