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Municipales 2026 : 10 maires d’origine africaine élus en France

De Saint-Denis à Sarcelles, ces nouveaux édiles venus d’Afrique incarnent une génération politique montante. Des femmes et hommes d’ailleurs, élus à la métrople font rêver plus d’un africain. Ils ont été élus bourgmestre de leur commune en France. 03 femmes parmi ces nouveaux maires français d’origine africaine. Il s’agit de Leslie Halleur Echaroux à Saint-Mammès, Bally Bagayoko à Saint-Denis, Yahaya Soukouna à Fleury-Mérogis, Marieme Tamata-Varin-Watt à Yebles, Mohamed Gnabaly à L’Ile-Saint-Denis, Kwami Agbegna à Provin, Aly Diouara à La Courneuve, Melissa Youssouf à Villepinte, Adama Gaye à Mantes-la-Jolie et Bassi Konaté à Sarcelles.

Des municipales porteuses d’espoir
Le 15 mars 2026 restera dans les annales des élections municipales en France. À l’issue du premier tour, puis du second, dix personnalités issues de l’immigration subsaharienne ont été élues maires de leur commune. Trois femmes figurent parmi ces nouveaux édiles, qui s’installent dans des villes de tailles et de configurations politiques variées, de la petite commune rurale à la grande cité de banlieue. Les noms de ces élus dessinent une géographie intime entre la France et l’Afrique : Leslie Halleur-Echaroux Djoufack à Saint-Mammès (Seine-et-Marne), Bally Bagayoko à Saint-Denis, Yahaya Soukouna à Fleury-Mérogis (Essonne), Marième Tamata-Varin-Watt à Yèbles (Seine-et-Marne), Mohamed Gnabaly à L’Île-Saint-Denis, Kwami Agbegna à Provin (Nord), Aly Diouara à La Courneuve, Mélissa Youssouf à Villepinte, Adama Gaye à Mantes-la-Jolie (Yvelines) et Bassi Konaté à Sarcelles (Val-d’Oise). Des origines camerounaise, malienne, mauritanienne, sénégalaise, togolaise, gambienne, comorienne, ou encore des racines mêlées entre la Mauritanie et le Sénégal. Tous ont en commun un lien biographique affirmé avec l’Afrique, et tous ont su convaincre des électorats locaux parfois réputés difficiles.

Saint-Mammès : Une première historique
Dans la petite commune de Saint-Mammès, 3 200 habitants blottis au confluent de la Seine et du Loing, l’élection de Leslie Halleur-Echaroux Djoufack a valeur de symbole. Âgée de 39 ans, cette fonctionnaire du Trésor public s’est imposée d’une courte tête, douze voix d’avance, face au maire sortant, Joël Surier, avec 50,50 % des suffrages. Sa liste, « Nouveau souffle pour Saint-Mammès », a remporté 18 des 23 sièges du conseil municipal. La nouvelle édile cumule les premières : elle devient la première femme à occuper ce poste dans la commune depuis la Révolution française. Née au Cameroun, ayant grandi à Dschang dans la région de l’Ouest, elle a construit son parcours universitaire et professionnel entre les deux rives de la Méditerranée. Sans étiquette politique, elle devra désormais composer avec une majorité relative et une opposition renforcée. Son engagement ne s’est pourtant pas arrêté aux frontières de sa nouvelle mairie : ces dernières années, elle a participé activement à la reconstruction de son école maternelle à Dschang, une manière de garder le lien avec sa terre natale.

Saint-Denis : Un symbole national pour Bally Bagayoko
À Saint-Denis, la victoire de Bally Bagayoko a une résonance bien au-delà du 93. Né en 1973 à Levallois-Perret, ce fils de famille malienne a grandi dans le quartier de Franc-Moisin. Ancien basketteur, cadre à la RATP, élu conseiller municipal dès 2001, il a gravi un à un les échelons de la vie politique locale avant de mener, sous la bannière de La France insoumise alliée au Parti communiste, une liste qui a recueilli plus de 50 % des voix dès le premier tour. Saint-Denis devient ainsi la première ville de plus de 100 000 habitants dirigée par La France insoumise. Dès le soir de l’élection, Bally Bagayoko a repris le mantra de sa ville : « Saint-Denis, ville des rois et du peuple vivant ». Mais une confusion volontaire, selon ses soutiens, a conduit certains commentateurs à entendre « noirs » au lieu de « rois », déclenchant une vague d’attaques racistes et de désinformation, dénoncées par plusieurs médias et responsables politiques. Pour le nouveau maire, l’élection consacre un parcours de terrain et une ambition : incarner ce qu’il appelle lui-même la « nouvelle France ».

Fleury-Mérogis, Yèbles, Provin : Des réélections en forme de plébiscite
Dans l’Essonne, à Fleury-Mérogis, Yahaya Soukouna, d’origine malienne et issu de la diversité gauche, a été élu dès le premier tour avec 50,71 % des voix. Sa liste « Fleury en Commun » devance d’un cheveu celle du maire sortant. La participation, en hausse par rapport à 2020, témoigne de la mobilisation des électeurs pour ce fils de Diafounou Sambaga, dont l’élection a valeur de transmission familiale. En Seine-et-Marne, Marième Tamata-Varin-Watt a été réélue à Yèbles avec 100 % des suffrages exprimés, soit 279 voix, un score qui force le respect. Originaire de Mauritanie, sans étiquette politique, elle incarne une stabilité appréciée dans cette commune rurale. À Provin, dans le Nord, Kwami Agbegna, d’origine togolaise, a lui aussi été réélu dès le premier tour avec 61 % des voix. Arrivé en France à l’âge de 9 ans, ce chef d’entreprise de 50 ans a su imposer sa gestion pragmatique, à la tête d’une liste intitulée « Continuons ensemble, plus forts ».

L’Île-Saint-Denis : Mohamed Gnabaly, l’écologie en action

Mohamed Gnabaly, 41 ans, est une figure déjà bien connue dans le paysage politique français. Maire de L’Île-Saint-Denis depuis 2016, il a été réélu en 2020 et vient de l’être à nouveau. Né dans le 18e arrondissement de Paris, d’origine sénégalaise, il a grandi dans cette commune insulaire de la Seine-Saint-Denis avant de s’expatrier à Mexico, Londres et New York. De retour en 2011, il crée une coopérative d’insertion, La Ferme des possibles, et se lance en politique. Sensibilité écologiste, il mène une politique fondée sur ce qu’il appelle la « transition écologique urbaine, populaire et solidaire ». À L’Île-Saint-Denis, il a introduit 90 % de bio dans les cantines, instauré des menus végétariens, et s’est battu pour des arrêtés anti-pesticides. Sous son mandat, la commune a accueilli une partie du village olympique des Jeux de Paris 2024, ce qui a accéléré des projets structurants. Son action ne l’a pas préservé des attaques. En 2020, il avait dénoncé des propos racistes tenus par des policiers lors d’une interpellation. La même année, son portail avait été tagué de croix gammées et de menaces de mort. En août 2024, lors d’une fan zone « Station Afrique » organisée à l’occasion des Jeux olympiques, un incident diplomatique autour du Sahara occidental a provoqué une campagne de cyberharcèlement à son encontre, en provenance de comptes basés au Maroc.

La Courneuve, Villepinte, Mantes-la-Jolie, Sarcelles : quatre conquêtes
À La Courneuve, Aly Diouara, député franco-gambien élu en 2024, a mené une campagne sous les couleurs de La France insoumise. Ancien fonctionnaire territorial, fondateur du collectif « La Seine-Saint-Denis au cœur », il a su fédérer autour de sa candidature malgré un parcours politique récent marqué par les controverses, notamment des accusations d’antisémitisme qu’il a toujours contestées, dénonçant une « cabale politique, institutionnelle et médiatique ». Arrivé en tête du premier tour avec 38 % des voix, il espère rassembler largement au second. À Villepinte, Mélissa Youssouf, élue Les Écologistes, a créé la surprise en devançant Farida Adlani, candidate soutenue par la maire sortante. Avec 38,2 % des suffrages exprimés au premier tour, elle a ensuite fusionné avec les listes de gauche pour faire barrage. D’origine comorienne, elle siège également comme vice-présidente du conseil départemental de Seine-Saint-Denis.

Sous la bannière de La France insoumise alliée au Parti communiste, une liste qui a recueilli plus de 50 % des voix dès le premier tour.
À Mantes-la-Jolie, Adama Gaye a fait figure de révélation. À 34 ans, ce candidat sans étiquette, fils de mère sénégalaise et de père mauritanien, diplômé de Sciences Po, a bousculé les équilibres locaux en se hissant à la deuxième place, à 16 points du maire sortant mais devant les autres concurrents. Son score a galvanisé la jeunesse du quartier du Val-Fourré, venue en nombre fêter une percée inattendue. À Sarcelles enfin, Bassi Konaté, 38 ans, ex-directeur de centre social, est arrivé largement en tête du premier tour avec 44,71 % des voix. Soutenu par La France insoumise et Les Écologistes, il a vu le maire socialiste sortant, Patrick Haddad, retirer sa liste sans donner de consigne de vote. Face à lui, le candidat d’Horizons, François-Xavier Valentin, revendique désormais les soutiens d’anciens adjoints du maire sortant. Dans cette ville de 58 000 habitants, bastion de gauche depuis 1995, l’élection s’annonce serrée, mais la dynamique est du côté de celui qui se présente en « enfant de Sarcelles ».

Une génération politique en mouvement
Ces dix élus ne partagent pas tous les mêmes étiquettes – certains sont sans étiquette, d’autres issus de la diversité gauche, de La France insoumise, des écologistes ou de la diversité droite. Leur point commun est d’avoir su s’ancrer localement, parfois depuis plusieurs mandats, en capitalisant sur une connaissance fine des territoires. Ils incarnent également une génération politique pour laquelle l’origine n’est pas un sujet mais une donnée biographique parmi d’autres, intégrée dans un parcours professionnel et militant. Certains, comme Mohamed Gnabaly ou Bally Bagayoko, sont déjà des figures nationales, tandis que d’autres, comme Leslie Halleur-Echaroux Djoufack ou Adama Gaye, font leurs premiers pas sur le devant de la scène politique. Ce que ces scrutins municipaux de 2026 révèlent, au-delà des chiffres, c’est une évolution sensible de la représentation locale en France. Les urnes ont consacré des parcours divers, où l’engagement de terrain et la capacité à fédérer l’emportent sur les seules origines. Dans un contexte politique souvent tendu, ces victoires locales apportent un éclairage différent sur ce que peut être aujourd’hui une conquête électorale en France. L’installation des nouveaux conseils municipaux, prévue entre le 20 et le 22 mars, ouvrira un nouveau chapitre pour ces communes. Et pour ces dix maires venus d’ailleurs, l’heure sera désormais à la gestion, aux arbitrages, et à la poursuite d’un engagement qui, pour beaucoup, ne fait que commencer.

Un maire d’origine malienne élu à la tête de Saint-Denis

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