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Netanyahu maintient son refus d’un État palestinien alors que l’ONU s’apprête à voter

À la veille d’un vote annoncé comme décisif au Conseil de sécurité des Nations unies, Benyamin Netanyahu a choisi de rappeler la ligne qu’il n’a jamais déviée depuis son retour au pouvoir : pour lui comme pour plusieurs membres de son gouvernement, la perspective d’un État palestinien n’a aucune place dans la séquence politique actuelle. Ce message, désormais répété publiquement, s’est imposé au moment même où Washington pousse un projet de résolution qui évoque, sans insistance mais de manière explicite, la possibilité d’un futur État palestinien.

Dimanche, en ouvrant le Conseil des ministres, le Premier ministre a insisté : « Notre opposition à un État palestinien sur quelque territoire que ce soit n’a pas changé. » La phrase, déjà connue dans le paysage politique israélien, prend aujourd’hui une dimension particulière. Les États-Unis, soutenus par plusieurs pays à majorité musulmane, défendent au Conseil de sécurité un texte qui reprend les grandes lignes du plan américain pour Gaza, et surtout l’idée d’une transition politique pouvant mener à plus long terme à l’autodétermination palestinienne.

La réaction immédiate du camp ultranationaliste
Cette perspective encore lointaine, mais présente dans le document, a déclenché un mouvement de contestation chez les alliés d’extrême droite de Netanyahu. Dès samedi, les ministres Itamar Ben-Gvir et Bezalel Smotrich ont exigé du Premier ministre qu’il rejette formellement toute allusion à un État palestinien. Ben-Gvir est même allé jusqu’à menacer de quitter la coalition si son chef de gouvernement restait silencieux. Le moindre geste perçu comme un recul pourrait ébranler une coalition déjà régulièrement testée depuis deux ans de guerre à Gaza. Smotrich, particulièrement offensif, a reproché à Netanyahu de « rester silencieux » sur ce sujet depuis des semaines, allant jusqu’à parler de « honte politique ». Les critiques de son propre camp n’ont pas poussé Benyamin Netanyahu à modifier son discours. Il a martelé que Gaza devait rester démilitarisée et que le Hamas serait désarmé. Il a également précisé qu’il n’avait « pas besoin d’affirmations ou de tweets » pour justifier sa position. Mais derrière cette fermeté, l’équation politique demeure délicate : un départ de ministres radicaux pourrait précipiter des élections anticipées, bien avant la date officielle d’octobre 2026. De leur côté, les États-Unis poursuivent leurs efforts pour obtenir un vote favorable au Conseil de sécurité.

Le projet de résolution soumet la semaine dernière reprend intégralement le plan américain en vingt points, une feuille de route qui propose l’installation à Gaza d’un « Conseil de paix », censé administrer la transition et accompagner la reconstruction.
Ce plan introduisait une clause clé : si l’Autorité palestinienne engage des réformes jugées crédibles, les conditions pourraient « permettre une voie vers l’autodétermination palestinienne ». Pour Washington, il s’agit d’ouvrir un horizon politique afin de sortir de la logique strictement sécuritaire qui domine depuis octobre 2023. Mais cette mention irrite profondément la droite israélienne, convaincue qu’elle affaiblit la position d’Israël au moment où celui-ci tente d’imposer la démilitarisation totale du Hamas. Dans le même temps, l’administration américaine serait en train d’ajuster certains volets de son plan. Selon la télévision israélienne, Washington envisagerait de renoncer, dans l’immédiat, au déploiement d’une force internationale chargée de désarmer le Hamas. Plusieurs pays pressentis pour participer à cette mission auraient fait savoir qu’ils n’accepteraient pas de mener des opérations coercitives. Les Israéliens estiment qu’une telle révision risquerait de « bloquer » les négociations et de laisser Gaza dans une situation instable.

L’Europe et plusieurs pays musulmans renforcent leurs positions
Sur la scène internationale, la question de la reconnaissance de l’État palestinien avance à des rythmes différents. Avant sa visite à Washington en septembre, Netanyahu avait promis de réagir à la décision de plusieurs pays européens – dont la France – qui avaient reconnu l’État palestinien. Mais aucune initiative diplomatique n’a suivi. Ce silence a été perçu comme un signe de crispation interne, même si le Premier ministre continue d’affirmer que ces reconnaissances unilatérales n’influenceront en rien la politique israélienne.

Parallèlement, un groupe de pays engagés dans la résolution du conflit à Gaza dont le Qatar, l’Égypte, l’Arabie saoudite, l’Indonésie ou encore la Turquie, ont signé un communiqué commun soutenant la résolution à portée de Washington.
Ils affirment que ce processus ouvre une perspective politique indispensable, même si elle reste encore largement théorique. Le Conseil de sécurité est divisé. La Russie, disposant d’un droit de veto, a présenté un projet de résolution concurrent. Celui-ci ne mentionne pas le « Conseil de paix » et n’autorise pas le déploiement d’une force internationale. Moscou salue l’initiative ayant conduit au cessez-le-feu, mais préfère laisser au secrétaire général de l’ONU le soin d’évaluer les options d’une éventuelle force de stabilisation.

Des contacts accumulés entre Netanyahu et Moscou
Les échanges diplomatiques se multiplient. Selon le Kremlin, Vladimir Poutine et Benyamin Netanyahu se sont entretenus samedi soir pour discuter de la situation à Gaza, de la question iranienne et de la Syrie. Il s’agirait du dernier d’une série d’appels entre les deux dirigeants. Le bureau du Premier ministre israélien confirme ces échanges, sans en préciser le contenu. Ces discussions montrent que, même si Washington reste l’allié principal d’Israël, Moscou demeure un interlocuteur que le Premier ministre ne peut négliger. La Russie cherche à conserver un rôle dans les équilibres régionaux, notamment via la Syrie, et n’a jamais caché son scepticisme à l’égard des plans américains pour Gaza. Pendant ce temps, la situation humanitaire à Gaza continue de peser sur l’ensemble des discussions. Les autorités locales parlent de plus de 69 000 morts en deux ans de bombardements et d’opérations terrestres. Le cessez-le-feu en vigueur depuis le 10 octobre a réduit l’intensité des combats. Selon plusieurs sources sécuritaires israéliennes, le Hamas se renforcerait depuis la fin des hostilités majeures, ce qui alimente la conviction, dans le camp Netanyahu, qu’aucune reconstruction ne peut commencer sans désarmement complet.

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