Sous la pression d’une envolée historique des prix du pétrole, les États-Unis ont temporairement assoupli leurs sanctions contre la Russie, autorisant jusqu’au 11 avril la vente de cargaisons de brut russe chargées avant le 12 mars. La décision, annoncée jeudi par le ministère américain des Finances, illustre le dilemme de Washington : contenir la crise énergétique mondiale sans nourrir les caisses du Kremlin.
Scott Bessent, le ministre américain des Finances, a justifié cette mesure par la nécessité « d’accroître la portée mondiale de l’offre existante », tout en assurant qu’il s’agit d’une initiative à « court terme ». Selon lui, ces ventes « n’apporteront pas de bénéfices financiers significatifs au gouvernement russe, qui tire la majorité de ses taxes au moment de l’extraction du pétrole ».
Un pari économique et diplomatique risqué
Cette autorisation intervient alors que les prix du Brent ont de nouveau franchi la barre symbolique des 100 dollars le baril, une première depuis août 2022. La flambée est alimentée par la guerre en Iran qui a paralysé le détroit d’Ormuz, passage stratégique d’un cinquième du pétrole mondial. Résultat : les marchés énergétiques, déjà fragilisés par trois ans de sanctions anti-russes, sont au bord de la rupture.
Pour Moscou, cette décision américaine vaut aveu d’impuissance. « Sans le pétrole russe, le marché mondial de l’énergie ne peut pas rester stable », a réagi Kirill Dmitriev, émissaire du Kremlin pour les questions économiques. Ce dernier y voit la preuve que « les sanctions occidentales s’essoufflent face à la réalité des besoins énergétiques ».
Le dilemme américain face aux deux guerres
Washington est désormais pris entre deux fronts géopolitiques : soutenir l’Ukraine contre la Russie, tout en évitant que le blocus du détroit d’Ormuz ne déclenche une crise énergétique mondiale. L’administration américaine a déjà autorisé, la semaine précédente, la livraison vers l’Inde de pétrole russe bloqué en mer, un geste perçu comme un début de fléchissement de sa ligne dure.
Mais ces ajustements fragilisent la cohérence du régime de sanctions occidental. Le président français Emmanuel Macron a rappelé mercredi, au nom du G7, que « le blocage du détroit d’Ormuz ne justifie en aucun cas de lever les sanctions » prises à l’encontre de la Russie. Les dirigeants des grandes puissances ont convenu, lors d’une réunion extraordinaire, de maintenir « l’effort pour l’Ukraine ».
Un répit pour les marchés, pas pour Moscou
Malgré cet assouplissement, la Russie ne bénéficie pas d’un souffle économique durable : ses revenus pétroliers et gaziers ont atteint en janvier leur plus bas niveau depuis cinq ans. Tandis que l’économie russe s’essouffle, les États-Unis tentent de garder le contrôle d’un équilibre mondial aussi fragile qu’explosif.
Ce geste, perçu comme pragmatique par certains, pourrait rapidement se transformer en paradoxe stratégique : pour éviter une crise immédiate, Washington offre temporairement de l’air à un adversaire qu’il cherche à étouffer.



