05022026Headline:

La tuerie de DIMBOKRO le 30 janvier 1950 qui sont les victimes et que s’est-il passé ?

Ils étaient 13, tombés la veille sous les balles pour la plupart tués sur place. Pas tous, car l’un d’eux venait de succomber lorsqu’on l’emporta vers la fosse commune. Après 5 jours, les autorités judiciaires faisaient exhumer les corps pour effectuer les autopsies sur les 13 portant la mention « cadavre d’un inconnu ». Ce n’est que plus tard que la population terrorisée par l’évènement osait réclamer les disparus qu’on put établir la liste des victimes de la fusillade du 30 janvier 1950 à Dimbokro.

Qui étaient-ils et comment nous en sommes arrivés là ?
La colonie Cote d’Ivoire était très riche et les colons y étaient plus nombreux que dans toutes les autres colonies françaises. Ils exploitaient l’or, le bois, le café… en raison de cette richesse, les planteurs comprendront très tôt l’intérêt de l’union pour leur autodéfense. Naitra alors le SAA en 1944, et deux années plus tard le PDCI. L’administration coloniale, prenant la politique comme prétexte ripostera contre le PDCI-RDA. Tous les moyens violents furent employés contre les populations. Face à la violence, le PDCI recommandera à tous ses adhérents de s’abstenir de tout achat de produits chez les colons pendant deux semaines. Cette stratégie de boycott local était une idée de Anne Marie Raggi qui avait appris son succès au Ghana voisin lorsque le colonisateur anglais avait adopté la méthode répressive contre les autochtones de la Gold Coast. L’objectif était de faire comprendre aux colons que sans acheteurs locaux, le commerce deviendrait caduc et si la France était soucieuse de sa colonie qu’elle arrête la brutalité. Malgré tout, la tension montait. Elle a atteint son paroxysme lorsque qu’une tentative d’arrestation de Houphouet échouera à Yamoussoukro le 26 janvier1950. Suite à cette tentative, tout le V baoulé redoutera un danger. Celui de l’emprisonnement de Houphouët. Les populations convergeront en masse vers Yamoussoukro pour s’assurer que leur défenseur était en sécurité.

Trois jours plus tard, retour à la quiétude. Houphouët était en sécurité. C’est en retournant dans leurs brousses et campement qu’un évènement malheureusement va se produire. Des militants un « peu trop zélés » du PDCI avaient arraché un morceau de tissu, un mètre de percale à un colporteur étranger de la ville de Dimbokro. Ils vendront ce morceau de tissu à l’autre bout du marché à M. Samba Ambroise Koné, un riche commerçants, planteurs et acheteurs de produit qui avait aussi la casquette du représentant local du PDCI à Dimbokro. Lorsque le colporteur et ses compagnons étrangers porteront plainte auprès des gendarmes. Ces derniers mèneront leur enquête pour découvrir le tissu de la discorde dans l’étale de Samba Ambroise. Accusé de recèle, il sera arrêté en compagnie 5 autres militants du PDCI. Les militants PDCI en provenance de Yamoussoukro se dirigeront directement à la prison de Dimbokro pour non seulement connaitre la raison de l’arrestation et si possible la date de sa libération. Au fur à mesure que le temps passait, la foule se faisait plus grande et la grogne très insupportable. Tous les villages autour de Dimbokro : Lalié, Porkro, Kouassikro, Ahna, Kouakou Lihikro, BoréEttienkro.. Convergeaient vers le centre de la ville

Le matin du 30 janvier, on compte 4000 personnes campant dans la zone du marché, près du quartier des blancs, espérant avoir des nouvelles de Samba Ambroise. En début d’après-midi, l’ordre a été donné à la troupe coloniale d’évacuer la foule. Tout se passa dans le calme, la foule recula d’un kilomètre en dix minute sans heurts et débordement. Elle finit par se disperser dans Dimbokro en direction des zones africaines. Alors que la situation était sur le point d’être gérée sans la moindre goutte de sang, on entendra alors un coup de feu, suivi du crépitement d’un fusil mitrailleur dans la zone de la gare. On entendra enfin plusieurs coups de feu isolés. On dénombrera sur le champ 13 morts, tous des cultivateurs Sakiaré, N’djé, Landjra… venus pour certains des campements environnants.

Qui pouvait bien tirer sur ces manifestants alors que la situation revenait progressivement à la normale ?

Selon le rapport d’enquête cité par Ouézzin Coulibaly, ce sont les européens particuliers, commerçants, fonctionnaires, transporteurs, le chef du dépôt qui ont ouvert le feu, en effet certains corps ont été retrouvés derrière le talus du chemin de fer d’où il était impossible qu’ils soient atteints par des balles mitrailleuses. Il fallait que les tirs soient effectués de l’étage de l’immeuble de la gare routière occupé par les français.

Pour des témoins interrogés quelques jours plus tard, l’armée coloniale a aussi ouvert le feu au même titre que les commerçants blancs dont les produits étaient boycottés.

Après l’autopsie, le commandant de cercle de Dimbokro ordonnera à un de ses collaborateurs d’envoyer une corvée de prisonniers au cimetière et de faire creuser une fosse où vue l’urgence on pourrait enterrer toutes les victimes. Au moment où les soldats coloniaux s’apprêtaient à mettre les corps en terre dans la fosse commune, la scène sera interrompue. En effet, quelqu’un venait de souffler à l’oreille du commandant qu’il y’avait parmi les victimes des catholiques. Le commandant fit alors venir en urgence un prête pour la prière, suivie de l’enterrement dans la fosse commune au quartier Siétho où un monument a été érigé en leur mémoire. Les noms des victimes y sont gravés.

Listes des victimes formellement identifiées après autopsie :

Kouadio N’dua, Kouassi Kouamé François, Kouakou Konan Basile, Aboli Alexandre, Kouabé Kouakou, Assa Pierre, Assamoi Teh Marcel, Apko Konan, Kouassi Niamien, Ekaza Ettien Jacques, N’guessan Kouassi, N’goran Kouassi, Okou N’gatta, Okou Kouamé, et Touré Tié

Un pan de notre histoire qui mérite d’être inscrit dans les programmes scolaires, un endroit dont l’existence doit être su et enseigné par le ministère de la culture. Au même titre que la prison de Grand-Bassam, cet endroit doit être un véritable lieu de pèlerinage pour les houphouetistes. Mais bon…

J’espère que mon ami qui m’a inspiré cette publication et qui n’a pas souhaité être cité est satisfait. Merci pour les images faites lors de la visite d’Etat.

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