
Ahoua Don Mello est ce fin stratège politique qui devient peu à peu le visage du courant souverainiste en Côte d’Ivoire. Il veut être l’ingénieur d’un projet politique héritier d’une vision renouvelée pour la Côte d’Ivoire, une nation qui s’appuie sur une expérience riche, à la croisée des mondes technique, académique et diplomatique.
Ahoua Don Mello, un fin BRICS
Ahoua Don Mello, diplomate ivoirien, occupe depuis 2014 une place singulière au sein des relations internationales africaines. Conseiller spécial du président Alpha Condé en Guinée jusqu’au coup d’État de 2021, il a peu après été nommé haut représentant des BRICS en Afrique de l’Ouest et centrale. Pour lui, ce groupe émergeant constitue une opportunité majeure pour que le continent s’affranchisse des décisions occidentales et des diktats du FMI, tout en répondant enfin à ses besoins de développement. Ahoua Don Mello n’hésite pas à affirmer que les BRICS, qui rassemblent des puissances comme la Chine, l’Afrique du Sud ou encore le Brésil, représentent une chance unique pour l’Afrique.
Cette coalition cosmopolite regroupe près de la moitié de la population mondiale et pourrait mettre à disposition des projets alternatifs, faisant reculer l’emprise du néocolonialisme occidental et des multinationales qui exploitent les ressources africaines. Il tient toutefois à nuancer son propos : renégocier la relation avec la France et les entreprises étrangères ne signifie pas rompre totalement avec elles, mais revoir en profondeur les rapports de force.
Pour lui, il s’agit d’en finir avec la Françafrique et ses abus, afin d’instaurer un codéveloppement au bénéfice des Africains et des Français.
Ce combat pour la souveraineté rejoint aussi la question monétaire. Le franc CFA, lié à l’euro, et le dollar américain qui domine la finance mondiale, doivent trouver leur alternative. Les BRICS, via leur banque de développement dirigée par l’ex-présidente brésilienne Dilma Rousseff, travaillent à bâtir ces instruments monétaires nouveaux. Selon le diplomate, la dédollarisation est une étape incontournable qui doit ouvrir la voie à un monde multipolaire dans lequel l’Afrique pourrait elle-même devenir un pôle incontournable. Mais ce processus soulève un dilemme : éviter que ce nouvel ordre financier ne se transforme en une nouvelle forme d’hégémonie, sous d’autres couleurs.
Construire un développement africain autonome
Ahoua Don Mello reconnaît l’ampleur du défi, mais reste convaincu que les aspirations populaires à un développement réellement souverain peuvent créer une dynamique irréversible. Il prend pour exemple la Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, qui n’en transforme qu’une faible part localement. La majorité de la matière première est captée par de grandes entreprises étrangères (Cargill, Sucden, Nestlé), qui tassent les prix payés aux paysans et limitent l’industrialisation locale.
Sous son leadership, le BNETD supervise la réalisation d’environ 200 projets annuels en Côte d’Ivoire et dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et centrale. Sous son impulsion, le BNETD amorce dès 2007 un processus d’internationalisation avec la création d’agences au Togo, Bénin, Ghana, Sénégal, Guinée, Guinée équatoriale, Congo, Gabon, Centrafrique et Cameroun.
Cette situation contribue à une pauvreté persistante et à un sous-emploi massif, en particulier chez les jeunes, dont 80% gravitent autour du secteur informel ou cherchent à émigrer. Pour le diplomate, imposer des règles favorisant des industries de transformation sur le continent est une condition fondamentale pour un véritable essor. Les BRICS et l’Union africaine, qui planche sur une monnaie commune « Afro », pourraient jouer un rôle clé pour mobiliser les investissements africains et réduire la dépendance aux institutions financières occidentales.
Un parcours académique et professionnel exemplaire
Né le 23 juin 1958 à Bongouanou, Ahoua Don Mello est titulaire d’un doctorat d’ingénieur des Ponts et Chaussées obtenu à l’École nationale des Ponts et Chaussées de Paris en 1985. Polyglotte maîtrisant l’agni, le français, l’anglais et l’espagnol, il est aussi l’inventeur des Géopavés, un brevet d’innovation dans le domaine du bâtiment. Sa carrière débute dans l’enseignement et la recherche, notamment à l’Institut national polytechnique Houphouët-Boigny (INPHB) de Yamoussoukro, où il enseigne la mécanique des sols et les mathématiques appliquées.
Le jeune technicien poursuit dans plusieurs universités régionales, comme l’Université de Cocody, l’École interafricaine d’électricité à Bingerville et l’Université du Burundi. De 1998 à 2000, il dirige la Technopôle de Yamoussoukro, un projet de pôle industriel engagé dans les technologies modernes, l’agro-industrie et les matériaux de construction. Parallèlement, il s’investit dans le conseil économique et social, et siège dans diverses entreprises publiques, dont la Banque nationale d’investissement et l’Observatoire café-cacao.
À la tête d’un géant du développement ivoirien
De 2000 à 2010, Ahoua Don Mello occupe le poste de directeur général du Bureau national d’études techniques et de développement (BNETD), institution publique comptant 1 200 agents. Sous son leadership, le BNETD supervise la réalisation d’environ 200 projets annuels en Côte d’Ivoire et dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et centrale. Sous son impulsion, le BNETD amorce dès 2007 un processus d’internationalisation avec la création d’agences au Togo, Bénin, Ghana, Sénégal, Guinée, Guinée équatoriale, Congo, Gabon, Centrafrique et Cameroun.
Ces implantations couvrent divers secteurs, allant du bâtiment aux mines, aux énergies, en passant par l’agriculture et le développement rural. Cette expérience terrain confère à Ahoua Don Mello une connaissance aiguisée des réalités économiques et techniques régionales, faisant de lui un expert reconnu du développement intégré.
Une expérience ministérielle et consultative
Son parcours politique et professionnel s’enrichit par un passage au gouvernement de 2010 à 2011 comme ministre de l’Équipement et de l’Assainissement. Cette fonction lui permet de conjuguer ses compétences techniques à une vision politique. Par la suite, il devient consultant spécialisé dans les projets d’ingénierie (EPC) et les partenariats public-privé dans plusieurs pays africains, dont le Ghana, l’Angola, le Cameroun et le Cap-Vert. Il rejoint en 2015 Menelik CID, société privée basée en Afrique du Sud.
Sur la scène ivoirienne, Ahoua Don Mello incarne une volonté de changement radical. Se positionnant en héritier politique de Laurent Gbagbo, il revendique une vision souverainiste attachée à la défense des intérêts nationaux et à l’intégration africaine. Son engagement auprès des BRICS illustre son intérêt pour une ouverture vers les nouvelles alliances internationales en faveur du développement et de la coopération sud-sud. Personnage de rupture par rapport aux modèles classiques, il veut tirer les leçons des expériences passées pour offrir à la Côte d’Ivoire une gouvernance centrée sur l’autonomie économique, la justice sociale et la valorisation des compétences locales.


