En Côte d’Ivoire, le traditionnel message de fin d’année du président Alassane Ouattara, prononcé le 31 décembre 2025, avait des allures de bilan politique et de feuille de route. Après une année marquée par une présidentielle et des législatives décisives, le chef de l’État a voulu clore la séquence électorale et projeter le pays dans son nouveau mandat.
L’année 2025, selon le président ivoirien, restera comme un test grandeur nature pour la démocratie du pays. Deux scrutins majeurs ont rythmé la vie politique, avec en toile de fond des attentes fortes et des tensions localisées. Alassane Ouattara s’est félicité du déroulement global du processus, saluant « la maturité démocratique de notre Nation » et l’attachement des Ivoiriens « à la paix, à la stabilité et au développement ». Réélu à une large majorité le 25 octobre, puis conforté par les législatives du 27 décembre, il estime que ces résultats traduisent l’adhésion de la majorité des citoyens à sa vision pour le pays.
Un nouveau contrat social
Le chef de l’État n’a toutefois pas passé sous silence les violences enregistrées çà et là, à la suite des contestations liées à son quatrième mandat et à l’exclusion des principaux opposants du processus électoral. Onze personnes ont perdu la vie, 71 ont été blessées et 1 658 interpellations ont été enregistrées à travers la Côte d’Ivoire, en plus d’importantes destructions de biens. Mais pour le pouvoir, l’essentiel a été préservé.
« La démocratie et la prospérité ne peuvent se construire dans la violence », a martelé Alassane Ouattara, insistant sur la nécessité de consolider l’État de droit et l’ordre constitutionnel. Un message qui sonne aussi comme un avertissement à l’opposition et aux acteurs politiques tentés par la rue.
Au-delà du contexte électoral, le président a surtout voulu tracer les grandes lignes de son nouveau mandat, entamé officiellement le 8 décembre dernier. Il promet un quinquennat placé sous le signe de la paix, de la sécurité et de la cohésion nationale, avec une attention particulière portée aux couches les plus vulnérables.
« Je réaffirme mon engagement à poursuivre la construction d’une “Grande Côte d’Ivoire, ambitieuse et solidaire” », a-t-il déclaré, évoquant un nouveau contrat social entre l’État et les citoyens.
Sur le plan économique, la continuité est assumée. Les grands chantiers d’infrastructures restent une priorité, qu’il s’agisse des routes, du rail, de l’énergie ou de l’hydraulique. L’industrialisation et la transformation agro-industrielle doivent s’accélérer pour créer plus de valeur ajoutée et d’emplois, a dit le dirigeant. Objectif affiché : renforcer l’intégration nationale et améliorer le quotidien des populations. Dans cette logique, un recensement des localités non encore couvertes en eau et en électricité est annoncé avant fin mars 2026, afin de planifier les extensions nécessaires.
Des signaux forts
Mais le discours marque aussi un tournant sur la question des services publics. Après des années d’investissements lourds, l’exécutif veut désormais des services « plus accessibles, plus efficaces et plus proches des attentes des citoyens ». Le service public est appelé à devenir « un véritable partenaire du citoyen », avec plus de transparence et des mécanismes d’évaluation réguliers. Un enjeu central, alors que les critiques sur la qualité des services de santé, d’éducation ou d’administration restent récurrentes.
Le secteur privé, lui, est présenté comme un moteur essentiel de la croissance. Le gouvernement entend promouvoir davantage le contenu local, notamment dans les villes secondaires, pour stimuler l’entrepreneuriat national et mieux intégrer les entreprises ivoiriennes dans les chaînes de valeur régionales et internationales. La rigueur budgétaire, la bonne gouvernance et la lutte contre le blanchiment de capitaux demeurent des priorités affichées.
Sur le volet social, Alassane Ouattara a tenu à adresser des signaux forts. Les jeunes et les femmes restent au cœur des politiques publiques, à travers le Programme social du gouvernement et le Programme jeunesse. Il a également annoncé le versement, en janvier 2026, de la prime spéciale de fin d’année aux fonctionnaires, équivalente aux deux tiers du salaire indiciaire de base, un geste très attendu dans la fonction publique.
Enfin, dans un pays confronté aux menaces sécuritaires régionales, le président a réaffirmé que la sécurité reste un pilier de l’action gouvernementale. Il a salué les Forces de défense et de sécurité et annoncé une mesure de clémence : une grâce collective et des remises de peine qui permettront la libération de 4 656 détenus condamnés pour des infractions mineures.
En refermant l’année électorale, le président ivoirien tente ainsi de fixer un cap : consolider la paix, améliorer le quotidien et préparer la transmission générationnelle. Reste désormais l’enjeu de la mise en œuvre, dans une Côte d’Ivoire où les attentes sociales demeurent fortes.



