À l’approche de la présidentielle ivoirienne, Me Roselyne Aka-Sérikpa dénonce des arrestations arbitraires, l’exclusion de candidatures majeures et appelle au respect des droits humains pour préserver la paix et l’unité nationale.
Alors que la tension monte à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre, Me Roselyne Aka-Sérikpa, avocate au Barreau de Côte d’Ivoire et présidente fondatrice des organisations de défense des droits humains La Sentinelle et la CHID-H, alerte sur les risques de dérive autoritaire.
Dans un entretien, elle dénonce les arrestations de militants de l’opposition , les exclusions de candidatures et le silence relatif de la société civile, tout en lançant un appel à la paix.
« Arrestations arbitraires »
Ces dernières semaines, plusieurs militants et cadres du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI) ont été interpellés et placés en détention. Me Aka-Sérikpa, constitué par le parti pour assurer leur défense, affirme avoir constaté « de sérieux problèmes juridiques » lors de ses visites en prison.
« Dans plusieurs cas, les convocations préalables et mandats d’arrêt sont inexistants. Les droits fondamentaux des personnes interpellées ne sont donc pas respectés », souligne-t-elle, estimant que ces détentions pourraient être qualifiées d’arbitraires au regard de la Constitution ivoirienne et des conventions internationales ratifiées par le pays.
Concernant l’arrestation de l’activiste Ibrahim Zigui , l’avocat indique vouloir se constituer pour assurer sa défense. « Les circonstances décrites dans les premières heures laissent présager un enlèvement. Si cela est constaté, il s’agirait d’une atteinte grave aux droits fondamentaux », prévient-elle.
Exclusion de candidatures
Le 8 septembre, le Conseil constitutionnel a déclaré irrecevables les candidatures de l’ancien président Laurent Gbagbo (PPA-CI) et de Tidjane Thiam (PDCI-RDA). Des décisions que l’avocat juge « fragiles et discutables ».
Selon elle, « la condamnation dans l’affaire de la BCEAO soulève un problème de droit à un procès équitable » dans le cas de M. Gbagbo, tandis que « les questions de résidence et de nationalité apparaissent instrumentalisées » pour M. Thiam.
« La Côte d’Ivoire est à un tournant décisif. »
Me Aka-Sérikpa a mis en garde contre « l’instrumentalisation du droit électoral à des fins politiques », qui pourrait, selon elle, « affaiblir l’État de droit et miner la confiance dans les institutions ».
Interrogée sur la relative discrétion de certaines organisations de défense des droits humains, Me Aka-Sérikpa déplore un manque de mobilisation. « Un silence prolongé face à de graves violations peut s’apparenter à une forme de complicité passive », estime-t-elle. Elle appelle la société civile à « documenter les violations, interpeller les autorités et se mobiliser pacifiquement mais fermement ».
Un appel à la responsabilité et à l’unité
Dans un contexte où l’opposition appelle ses militants à faire barrage à un éventuel quatrième mandat du président sortant Alassane Ouattara, Me Aka-Sérikpa insiste sur la nécessité d’apaisement. « La Côte d’Ivoire est à un tournant décisif. Les élections à venir ne doivent pas constituer le lit de nouvelles violences », déclare-t-elle.
Elle exhorte les acteurs politiques à privilégier « le dialogue intégré et sincère » et à « sauvegarder la vie de tous ». Et de conclure : « La Côte d’Ivoire nous regarde, la Côte d’Ivoire nous interpelle. Nous avons l’obligation de ne plus la faire pleurer. »
La Réaction de Simone Ehivet Gbagbo après la décision du Conseil constitutionnel : “Je remercie le Conseil constitutionnel qui a donné les raisons ayant motivé chaque décision. C’est du bon travail !” #Linfodrome #Politique pic.twitter.com/NIT0pD0IU2



