Du 26 au 28 mars 2026, Yamoussoukro, la capitale politique du pays, abrite un symposium international sur les collectivités territoriales. Organisé par le Sénat en collaboration avec le ministère de l’Intérieur et de la Sécurité ainsi que les faîtières des collectivités, cet événement se tient sous le thème retenu, « Accélérer la décentralisation pour un développement local effectif ». Un serment qui traduit l’ambition de passer de la réflexion à l’action dans un dossier qui traîne depuis trop longtemps.
L’ouverture solennelle a rassemblé un large éventail de participants. Étaient présents des représentants des conseils régionaux et des communes de Côte d’Ivoire, mais aussi des délégations venues de Tunisie, du Maroc et de France, des experts universitaires, des partenaires techniques et financiers, ainsi que des acteurs du secteur privé. Au total, trente-huit modérateurs et panélistes doivent intervenir au cours des trois journées de travaux.
Des avancées réelles mais une mise en œuvre inachevée
Le discours de bienvenue du deuxième adjoint au maire de Yamoussoukro s’est focalisé sur le fait que la capitale politique soit un carrefour de réflexion sur l’avenir des territoires. Le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, général Vagondo Diomandé, a ensuite dressé un bilan en demi-teinte du processus engagé depuis la réforme constitutionnelle de 2016. « Des avancées significatives sont à saluer, notamment le transfert progressif des compétences aux collectivités territoriales ainsi que le renforcement du rôle des élus locaux dans la gouvernance de proximité », a-t-il reconnu. Mais il a aussitôt ajouté : « Il convient de reconnaître avec lucidité que la décentralisation demeure encore inachevée dans sa mise en œuvre opérationnelle. » Le diagnostic établi par les travaux préparatoires du Sénat fait apparaître plusieurs blocages persistants. L’effectivité du transfert des compétences reste limitée. Les contraintes institutionnelles et organisationnelles freinent l’action des collectivités. L’insuffisance et la faible visibilité des ressources financières, ainsi que le besoin de professionnalisation des acteurs territoriaux, figurent également parmi les défis à relever.
Le gouvernement engagé dans des réformes
Face à ces constats, le général Vagondo Diomandé a détaillé les réformes engagées par l’exécutif. Le gouvernement travaille à l’actualisation des textes régissant les collectivités territoriales, afin de renforcer la sécurité juridique des actes des autorités locales et d’améliorer la lisibilité du cadre institutionnel. L’autonomie financière est également au cœur des préoccupations. Le gouvernement entend revoir les mécanismes de transfert des ressources pour les rendre plus équitables et plus prévisibles, tout en encourageant la mobilisation des ressources propres des collectivités. La question du statut de l’élu local constitue un autre élément important. « Aujourd’hui, les élus locaux assument des responsabilités croissantes, souvent dans des contextes exigeants, mais sans toujours bénéficier d’un cadre juridique et social à la hauteur de leur mission », a souligné le ministre de l’Intérieur. La réforme envisagée vise à clarifier les droits et devoirs des élus, à sécuriser l’exercice de leur mandat et à instaurer un régime de protection sociale adapté.
Le Sénat, avocat des territoires
La présidente du Sénat, Kandia Camara, a signalé le rôle central de son institution dans l’architecture de la décentralisation. Créé par la réforme constitutionnelle de 2016, le Sénat a pour mission de représenter les collectivités territoriales. « Le président Alassane Ouattara a ainsi entendu renforcer la prise en compte des réalités locales dans l’élaboration des politiques publiques, tout en offrant au territoire un cadre institutionnel privilégié d’expression et de valorisation de leurs aspirations », a-t-elle souligné. Depuis sa mise en place, le Sénat a multiplié les initiatives. Un premier forum sur les collectivités territoriales a été organisé en février 2020, aboutissant à l’élaboration de l’Agenda 2030 du Sénat, un document stratégique qui fixe la vision d’une Côte d’Ivoire fortement décentralisée à l’horizon 2030. En octobre 2021, un séminaire a permis d’élaborer un document de plaidoyer des élus locaux, transmis au gouvernement. Plus récemment, en 2025, la Commission d’évaluation des politiques publiques du Sénat a conduit une mission d’évaluation sur le transfert des compétences de l’État aux collectivités.
La décentralisation est une question d’engagement politique des autorités, mais aussi des acteurs au niveau des collectivités
Kandia Camara a noté sur la nécessité d’une responsabilité partagée pour réussir la décentralisation. « Le succès repose sur l’engagement de l’État, la mobilisation des collectivités territoriales, les compétences des ressources humaines, la participation du secteur privé, l’appui des partenaires au développement et l’implication active des citoyens. » Elle a formulé le vœu que les travaux du symposium marquent une étape décisive dans le raffermissement de la gouvernance territoriale. Le représentant du président de la République, le vice-Premier ministre Téné Birahima Ouattara, a clôturé la cérémonie d’ouverture en transmettant le message de Son Excellence Alassane Ouattara. Le chef de l’État, qui a accordé son haut patronage à l’événement, a tenu à saluer l’initiative du Sénat. « La création du Sénat procède de sa volonté de renforcer la représentativité des territoires dans la vie institutionnelle et dans le processus de décision nationale », a rappelé le vice-Premier ministre. Le président Ouattara forme le vœu que les travaux permettent de dégager des recommandations pertinentes, concrètes et opérationnelles, de nature à éclairer l’action publique et à favoriser une meilleure prise en charge des enjeux liés au développement harmonieux des territoires.
Trois jours de travaux pour des résultats concrets
De l’exposé de cadrage du président du comité scientifique, un panel inaugural et six autres panels sont prévus sur les deux jours suivants, en plus des rendez-vous B2B entre les acteurs. Les thématiques abordées couvrent l’ensemble des enjeux de la décentralisation : financement du développement local, gouvernance territoriale, qualité des ressources humaines des collectivités, partenariats public-privé au niveau local, coopération décentralisée, et leadership féminin dans le développement local. La clôture est prévue pour le 28 mars. En attendant, l’ambiance est à l’optimisme prudent. L’avocat des élus locaux, comme l’a qualifié un participant, a su convaincre de sa détermination. Reste à transformer les discours en actes. Car comme l’a rappelé un observateur en marge des travaux, « la décentralisation est une question d’engagement politique des autorités, mais aussi des acteurs au niveau des collectivités ». Le rendez-vous est pris pour 2030.



