
Dans un panel diffusé sur TikTok, l’ex-officier, longtemps resté discret après sa sortie de prison, a décidé de livrer sa part de vérité. Une vérité crue, personnelle et amère, dans laquelle il dénonce son sentiment d’abandon par le PPA-CI, le parti proche de l’ancien président Laurent Gbagbo.
Aucun message de reconfort
« Je n’ai reçu aucune visite, ni appel, ni même un simple message de réconfort. Même Lida Kouassi, que j’ai servi avec loyauté, ne m’a pas appelé », a-t-il lancé, visiblement affecté. Et s’il assure ne nourrir aucune haine, son ton trahit une profonde blessure : « Je n’en veux à personne. Mais qu’on ne m’emmerde pas. »
Ces propos, durs mais sans violence, ont rapidement suscité une levée de boucliers et un flot de commentaires en ligne. Certains, dénoncent l’indifférence affichée par le parti de Laurent Gbagbo. D’autres, plus modérés, mettent en garde contre les risques d’une confusion entre engagement militaire et affiliation partisane.
Commandant Abehi, votre douleur est compréhensible. Mais prétendre que vous avez été abandonné par un parti revient à faire croire que votre loyauté était dirigée vers un homme et non vers la République
« Commandant Abehi, votre douleur est compréhensible. Mais prétendre que vous avez été abandonné par un parti revient à faire croire que votre loyauté était dirigée vers un homme et non vers la République. Ce serait injuste au regard de votre parcours », juge, un internaute.
D’autres voix, plus virulentes, s’élèvent pour dénoncer ce qu’elles perçoivent comme une « ingratitude du PPA-CI ». « J’ai vu Abehi en prison. Il racontait sa foi, ses souffrances et les épreuves de sa famille. Le voir aujourd’hui ignoré, comme un inconnu, fait mal. Ce n’est pas juste », confie un proche.
Pour Temas Mamadou, la réaction du colonel est humaine : « Il a fait l’exil et la prison pour une cause. À sa sortie, pas un mot, pas un geste. Pendant ce temps, d’autres anciens officiers reçoivent le soutien de ce même parti. Il est normal qu’il se sente abandonné. »
Qui est Colonel Jean-Noël Abehi
Ancien Commandant du groupe d’escadron blindé de la gendarmerie nationale, Jean-Noël, il était l’une des figures des forces restées loyales à Laurent Gbagbo au plus fort de la crise post-électorale de 2010-2011. Aux côtés de Dogbo Blé, Vagba Faussignaux, Konan Boniface et bien d’autres, ils avaient combattu les forces pro-Ouattara jusqu’à la chute du régime des refondateurs le 11 avril 2011.
Exilé au Ghana, il a été interpellé et extradé en Côte d’Ivoire où il fut jugé et condamné avant d’être libéré après 9 ans de détention. Réagissant à sa récente sortie, certains soutiens du PPA-CI tentent de relativiser : « Abehi n’a pas servi Gbagbo, mais la Nation », argumentent-ils.
Mais cette lecture est vite contredite par d’autres, qui rappellent que les discours du parti n’ont pas été tendres envers d’anciens hauts gradés comme les généraux Philippe Mangou, ex-chef d’Etat-major des FANCI, Edouard Kassaraté, ex-commandant supérieur de la Gendarmerie nationale ou et Detho Letho, ex-commandant des Forces terrestres accusés de « trahison ».
Ces derniers faut-il le souligner, avaient fait allégeance au président Alassane Ouattara, dans le bras de fer qui l’opposait à Laurent Gbagbo autour des résultats du second tour de la présidentielle controversée de novembre 2010. « Qui a vraiment servi qui ? », s’interrogent des internautes.


