04142026Headline:

Le satellite: Nouveau moteur de la souveraineté numérique en Afrique ?

Au SIADE 2026, des experts de la NASA, d’Orange CI et de l’ANSUT ont tracé la feuille de route de la souveraineté africaine. Le satellite s’impose désormais comme le pont indispensable pour connecter les 800 millions d’oubliés du numérique.

Alors que 800 millions d’Africains restent encore sur le quai du numérique, le satellite est-il l’arme ultime pour briser la fracture numérique sur le continent à l’horizon 2030 ? C’est en tout cas le constat sans appel qu’a dressé, lundi 13 avril 2026, Ferdinand Tra, directeur Business et Broadband à Orange Côte d’Ivoire, en ouverture d’un panel de haut niveau, quelques heures après l’ouverture du Salon international de l’Intelligence artificielle, de la défense et de l’espace (Siade), qui s’achève ce mardi au stade Félix Houphouët-Boigny.

Pour le cadre d’Orange CI, l’Afrique vit une transition numérique “inégale”. Si Abidjan ou Dakar surfent sur la 5G, des millions de zones rurales restent désespérément « blanches ». « On ne peut pas accepter qu’en 2026, un citoyen soit exclu des services basiques comme Orange Money ou la e-gouvernance simplement parce qu’il s’est déplacé en zone rurale », a martelé M. Tra. Pionnier en la matière , l’opérateur a lancé dès janvier dernier des solutions satellites pour le grand public afin de ne plus opposer les technologies. Fibre, 4G et satellite sont désormais un mailing complémentaire.

“Forage numérique”
Si le secteur privé innove, la puissance publique veille à ce que personne ne soit laissée sur le bord de la route. Patrick Somé, représentant l’Agence Nationale du Service Universel des Télécommunications (ANSUT), a rappelé que la mission de l’État est d’investir là où le marché ne va pas.

Avec déjà 211 villages connectés en 2025, l’agence mise sur le satellite pour atteindre les zones les plus isolées. Pour lever l’obstacle du coût, l’ANSUT prône une approche communautaire ingénieuse, comparable à l’hydraulique villageoise : plutôt qu’une connexion individuelle onéreuse, l’État finance des points d’accès collectifs.

Ce “forage numérique” permet de partager les frais et d’offrir un service accessible à tous, transformant l’Internet satellite d’un luxe en un service de base.

La bataille invisible des ondes
Mais cette ambition se heurte à une réalité physique : l’encombrement du ciel. Enzo Bekamel, du Centre spatial de l’Université de Montpellier, a souligné que face aux constellations géantes comme SpaceX ou Amazon, la gestion des fréquences est devenue le nouveau nerf de la guerre.

Le spectre radio n’étant pas extensible, le principe du “premier arrivé, premier servi” prévaut souvent.

Pour les acteurs africains, l’enjeu est de se coordonner avec l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) pour garantir que les futurs projets spatiaux locaux puissent encore trouver leur place dans un spectre de plus en plus saturé.

Un enjeu de survie nationale
Sur ce point, le Dr Ousmane Diallo, astrophysicien à la NASA, a apporté une dimension stratégique cinglante au débat. Pour lui, la souveraineté technologique ne se négocie pas. «

Soit tu observes ton territoire, soit quelqu’un d’autre le fait à ta place », at-il averti, rappelant qu’aucune nation n’est privée de frontière avec le ciel.
Au-delà d’Internet, la maîtrise de l’espace est un outil de survie globale. Elle assure la sécurité des frontières, permet une agriculture de précision capable d’anticiper les chocs climatiques et offre une couverture médicale vitale via la télémédecine dans les zones dépourvues de spécialistes.

En référant ce panel, une conviction s’est imposée : la connectivité doit être perçue comme un droit fondamental, au même titre que la santé ou l’éducation. À l’heure où les États-Unis préparent leur base lunaire « Moonbase », l’Afrique, elle, doit s’assurer que son ciel sert d’abord à désenclaver sa terre.

What Next?

Recent Articles