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Tunisie: La justice fait face à de nouvelles accusations de harcèlement à l’encontre des voix critiques

La condamnation de Borhen Bssais et Mourad Zeghidi ravive les critiques internationales sur l’état de la liberté de la presse dans la Tunisie de Kaïs Saïed, où les procédures judiciaires contre les voix critiques se multiplient.

L’organisation Reporters sans frontières (RSF) a réclamé le 13 mars la libération « immédiate et inconditionnelle » des journalistes tunisiens Mourad Zeghidi et Borhen Bssais, incarcérés depuis le 11 mai 2024. Dans un communiqué publié à l’approche d’une audience en appel dont la date reste attendue, l’organisation dénonce une détention prolongée qu’elle juge injustifiée.

Les deux journalistes ont été condamnés le 22 janvier 2026 à trois ans et demi de prison supplémentaires après avoir déjà purgé huit mois d’emprisonnement pour diffusion de fausses nouvelles en vertu du décret-loi 54, un texte largement contesté par les organisations de défense de la liberté de la presse.

Figure familière des auditeurs de Radio IFM à travers l’émission « L’Émission impossible », le duo s’est progressivement retrouvé au cœur d’un dossier judiciaire devenu emblématique des tensions entre le pouvoir tunisien et les médias critiques. « Vingt-deux mois de détention, et les preuves manquent toujours », a déclaré Oussama Bouagila, directeur du bureau Afrique du Nord de RSF, estimant que « la place d’un journaliste n’est pas derrière les barreaux mais dans les rédactions ».

L’affaire illustre un mécanisme désormais bien identifié par les observateurs du paysage politique tunisien. Après une première condamnation en juillet 2024 pour leurs prises de position médiatiques, les deux journalistes avaient obtenu une réduction de peine. Mais alors qu’ils s’apprêtaient à recouvrer la liberté, la justice a relancé le dossier en décembre 2024 avec de nouvelles accusations de blanchiment d’argent et d’évasion fiscale. Selon leurs avocats, les investigations menées pendant plus d’un an auprès de la Banque centrale, d’Interpol et d’autorités européennes n’ont pourtant révélé ni flux financier suspect ni actifs dissimulés.

Cette absence d’éléments probants alimente les soupçons d’une instrumentalisation de la justice. RSF estime que la condamnation demeure « difficilement explicable autrement que par des motifs politiques », dans un contexte où les poursuites contre journalistes, blogueurs et opposants se sont multipliées depuis la concentration des pouvoirs entre les mains du président Kaïs Saïed en 2021.

Pour les organisations internationales, cette affaire illustre l’utilisation croissante du décret-loi 54 comme outil de contrôle de l’espace médiatique. Ce texte, adopté en 2022 pour lutter officiellement contre la désinformation en ligne, permet des peines de prison pouvant atteindre plusieurs années pour la diffusion d’informations jugées fausses ou diffamatoires.

Le climat médiatique tunisien s’est ainsi nettement détérioré ces dernières années. Dans son classement mondial de la liberté de la presse publié en 2025, RSF place la Tunisie au 129ᵉ rang sur 180 pays et territoires, une chute spectaculaire pour un pays longtemps présenté comme l’une des rares réussites démocratiques issues du Printemps arabe.

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