La question sociale dans les collectivités territoriales de Côte d’Ivoire est au cœur d’un bras de fer entre syndicats. Réunie le samedi 6 septembre 2025 à Attécoubé, la Plateforme de 07 syndicats des collectivités territoriales (rassemblant SYNAPECOCI, SYNAMCI, SYNAPOMU-CI, SYNAPECODI, MODDAMCI, SYNARDCI et SYNAPRECI) s’est clairement désolidarisée du mouvement de grève annoncé par la Coalition Plus.
Par voie de communiqué, la Plateforme des syndicats des collectivités territoriales rappelle ne pas avoir signé de préavis et invite l’ensemble des agents territoriaux à poursuivre leur travail afin de garantir ainsi la continuité des services publics locaux. Ces syndicats maintiennent en parallèle leur engagement en faveur du dialogue social avec le gouvernement.
Une mise en garde contre l’instrumentalisation
La Plateforme des 07 syndicats met s’appuie sur les progrès récents obtenus dans le cadre du Comité sectoriel du dialogue social, qui ont conduit à l’élaboration de plusieurs textes importants, notamment sur l’indemnité contributive au logement et la prime exceptionnelle de fin d’année, l’harmonisation des dates de départ à la retraite ainsi que la revalorisation de la prime de transport. Par ailleurs, un code de déontologie de la police municipale a été signé en juillet 2025.
Plusieurs échanges entre la Plateforme et la Coalition Plus ont également abouti à un projet de charte de collaboration, visant à unifier les actions syndicales à l’avenir.
Coalition Plus : Une grève contestataire annoncée face au non-paiement des indemnités
De son côté, la Coalition Plus, regroupant principalement les agents recrutés localement dans les mairies, districts et régions, a confirmé un arrêt de travail prévu du 9 au 15 septembre 2025. Ce mouvement vise à dénoncer le non-respect des engagements sociaux pris par l’État envers ces travailleurs essentiels à la gestion des services publics locaux (écoles, maternités, état civil, police municipale). Son porte-parole Élie Azragnon avait indiqué lors d’une déclaration à la mairie de Cocody combien ces agents se sentent « oubliés » du système.
Ils déplorent l’absence d’application effective des mesures annoncées par le président Alassane Ouattara en août 2022, notamment l’indemnité de logement, les allocations de transport et le versement d’une partie du salaire indiciaire.
Les représentants syndicaux dénoncent des conditions de vie difficiles et une rémunération jugée insuffisante, incompatible avec leurs responsabilités. Ils insistent sur le fait que les ressources existent, mais que le système administratif n’a pas encore dégagé les actes réglementaires nécessaires au paiement des indemnités. La Coalition Plus a d’ailleurs baptisé ce mouvement « Y en a marre », en affirmant que la grève sera totale, sans service minimum. « Nous ne sommes pas des déstabilisateurs, mais des travailleurs fatigués, exaspérés et appauvris », a souligné le syndicat.
Dialogue social et tension sociale
Si la Plateforme appelle à une continuité du service public, la Coalition Plus adresse un message direct au chef de l’État, demandant une prise de mesures urgentes. « Nos enfants et nos familles souffrent, alors même que le pays dispose des moyens », a affirmé Élie Azragnon, exigeant le respect des droits garantis par la Constitution. Le bureau national de la Coalition, dirigé par Néa Nemlin Blaise, dit Baobab, souligne que plusieurs démarches précédemment engagées depuis janvier 2023 sont restées sans résultats probants.
Face à ce blocage, les agents des collectivités territoriales comptaient maintenir la pression à travers la grève, les revendications sociales et la mobilisation syndicale jusqu’à la reconnaissance de leurs droits. Mais la Plateforme des 07 syndicats s’en est démarquée, ce samedi 06 septembre.
Ce contexte témoigne de la tension persistante entre différentes composantes du mouvement syndical, parfois rivales, au sein des collectivités territoriales. Il souligne également les défis auxquels le gouvernement est confronté pour concilier les demandes sociales croissantes et la stabilité des services administratifs locaux. La Côte d’Ivoire se retrouve encore à un moment charnière sur la question du dialogue social dans ses collectivités territoriales. La recomposition syndicale et les mouvements de contestation à venir dessineront sans doute les contours de la politique sociale locale dans les semaines qui viennent.



