04222026Headline:

Côte d’Ivoire – Crise de l’électricité: Comment le gouvernement doit agir ?


Après quinze ans de “promesses non tenues” et des pannes qui se répètent sur les mêmes postes, la population sait désormais que le problème ne vient pas de la production, mais d’un réseau de distribution vieillissant et jamais vraiment réparé. Dans ce contexte, la communication habituelle ne suffit plus. Pour regagner la confiance, le gouvernement doit changer de méthode : transparence sur les échecs, plan daté et nominatif, suivi hebdomadaire public, association des citoyens, mesures d’accompagnement et acceptation de la critique. La vérité est connue, reste à agir devant tous.

Quand la population sait déjà que le problème vient du réseau de distribution et non de la production, quand elle a entendu quinze ans de promesses non tenues, le gouvernement ne peut plus se contenter de communiqués lisses. Pour regagner la confiance, il doit changer radicalement de méthode.

Peut être une image de texte qui dit ’Ce qu’on dit « On produit assez Ce qui se passe vraiment « On a investi des milliards >> Vrai la production suffit «Le < réseau est moderne> Vrai, mais… « Les coupures vont finir >> Faux il est vieux et fragile C’est la chaleur qui cause >> Faux: ça fait 15 ans qu’on le promet En partie vrai, mais c’est surtout le réseau qui lâche’

La première chose à faire, c’est reconnaître clairement les erreurs passées. Au lieu de dire « nous avons beaucoup investi », il faut dire « nous avons investi, mais une partie des travaux n’a pas été finie, certains équipements n’ont pas été remplacés, et nous en prenons la responsabilité ». La transparence sur les échecs est la seule façon de crédibiliser les nouvelles promesses.

Ensuite, le gouvernement doit publier un plan concret, avec des dates précises, des lieux nommés et des responsables identifiés. Plus de « dans quelques années », mais « le poste de Djibi sera entièrement renouvelé d’ici juin 2026, sous la responsabilité de tel directeur, avec tel budget et tel prestataire ». Quand on donne des noms et des délais, on ne peut plus se cacher derrière l’anonymat des administrations.

Troisièmement, il faut instituer un point hebdomadaire public sur l’avancement des travaux. Un court communiqué chaque semaine qui dit ce qui a été fait, ce qui est en retard, et pourquoi. La population n’a pas besoin de langage technique, elle veut savoir si cette semaine, un transformateur a été changé, si un chantier a avancé, ou s’il y a eu un nouveau retard. La régularité de l’information crée la confiance, même quand les nouvelles ne sont pas toutes bonnes.

Quatrièmement, le gouvernement doit associer la population à la surveillance des travaux. Dans chaque commune touchée, désigner un comité de citoyens qui reçoit des rapports simplifiés et peut poser des questions directement aux responsables. Quand les gens se sentent partie prenante, ils supportent mieux les difficultés temporaires.

Cinquièmement, il faut arrêter de mélanger les sujets. Ne pas parler d’électrification rurale quand on est interrogé sur les coupures à Abidjan. Ne pas citer des milliards investis dans la production quand le problème est la distribution. Répondre exactement à la question posée, sans détour. La population n’est pas dupe, et les esquives renforcent la défiance.

Sixièmement, le gouvernement doit prévoir des mesures d’accompagnement pour les plus vulnérables pendant la période des travaux. Réduction temporaire des factures dans les quartiers les plus touchés, compensation pour les petits commerces qui perdent de la clientèle à cause des coupures, fonds d’urgence pour les cliniques et écoles affectées. Montrer que l’État comprend la souffrance concrète des gens, pas seulement les chiffres macroéconomiques.

Enfin, la dernière condition pour rassurer, c’est accepter la critique sans se braquer. Quand un journaliste, un citoyen ou un élu local pointe un retard ou un dysfonctionnement, ne pas répondre par un démenti automatique, mais vérifier et reconnaître si c’est vrai. Un gouvernement qui accepte d’être corrigé regagne plus de crédibilité qu’un gouvernement qui prétend ne jamais se tromper.

La vérité est sue. La population sait que le réseau est vieux, que les promesses n’ont pas été tenues, que les mêmes pannes reviennent depuis quinze ans. Dans cette situation, la seule voie pour rassurer n’est pas de mieux communiquer, mais de mieux agir, et de le montrer semaine après semaine, avec humilité, précision et transparence.

Car ce n’est pas la communication qui endigue la crise, c’est la confiance. Et la confiance ne se regagne pas avec des mots, mais avec des actes visibles, vérifiables et réguliers.

La chronologie des annonces officielles… et ce qu’elles promettaient

2011 : phase d’urgence, 25 milliards FCFA.
Le Conseil des ministres du 12 octobre 2011 ratifie un prêt BOAD de 25 milliards FCFA pour la phase d’urgence du programme de renforcement du secteur de l’électricité. Le texte officiel dit que ce programme doit assurer “une meilleure exploitation du réseau électrique ivoirien” et “sécuriser l’alimentation de la clientèle nationale”. Les travaux annoncés incluent déjà des éléments devenus symboliques aujourd’hui : construction du poste de la Djibi, acquisition et installation de 14 transformateurs, renforcement du réseau interconnecté, et renforcement de la distribution d’Abidjan avec nouveaux départs et renouvellement d’équipements à Vridi.

2014 : le gouvernement reconnaît déjà les coupures et promet leur fin rapide à Abidjan.
Le Conseil des ministres du 3 septembre 2014 écrit noir sur blanc qu’Abidjan, qui représente 60% de la consommation nationale, connaît des “baisses de tension et des interruptions fréquentes” dans certains quartiers. Pour y remédier, le gouvernement annonce : poste 225 kV de Djibi, poste d’Anoumabo, extension d’Azito, 60 départs de distribution, 150 postes de distribution, renouvellement des transformateurs de puissance, et postes d’Anani, PK24 et Bassam. Le même communiqué annonce que ces projets, démarrés en avril 2014, doivent être achevés en décembre 2014 pour les premiers et au premier semestre 2015 pour les derniers.

2014 : en parallèle, le gouvernement cherche jusqu’à 820 millions USD pour le réseau.
Dans son mémorandum au FMI de novembre 2014, l’État ivoirien indique qu’il envisage un financement extérieur pouvant aller jusqu’à 820 millions USD pour le “développement et la réhabilitation du réseau électrique de Côte d’Ivoire” et parle aussi d’“expansion du réseau de distribution de l’électricité”. Cela montre qu’au moment même où l’exécutif annonce des chantiers censés régler rapidement les coupures d’Abidjan, il reconnaît aussi l’ampleur structurelle du besoin financier.

2017 : nouveau prêt BAD pour réduire les coupures.
Le 1er mars 2017, le Conseil des ministres ratifie un prêt BAD de 137,82 millions d’euros (environ 90,4 milliards FCFA) pour le PRETD. Le communiqué officiel dit explicitement que ce projet doit “réduire considérablement l’énergie non distribuée et le temps moyen de coupure d’électricité” et restructurer les réseaux de distribution pour relancer les raccordements à San Pedro, Bingerville, Duékoué et Zagné.

2017 : la Banque mondiale ajoute 325 millions USD pour transmission, distribution et accès.
Le 30 mars 2017, la Banque mondiale approuve 325 millions USD pour le projet PTDAE. L’objectif affiché : moderniser et étendre les réseaux de transport et de distribution, améliorer la fiabilité de l’alimentation, et soutenir le programme “Électricité pour tous”, censé aider environ un million de ménages modestes sur cinq ans.

2018 : le PRODERCI, présenté comme l’un des plus grands projets du secteur.
Le 7 juillet 2018, au lancement du PRODERCI, le Premier ministre affirme que ce projet de 460 milliards FCFA fera passer le taux de couverture nationale de 48% à 100%. Le même article officiel annonce une fin des travaux en juillet 2020. Le gouvernement présente alors le projet comme l’un des plus grands jamais réalisés dans le secteur.

2021 : encore un nouveau programme pour rendre le réseau “intelligent” et plus fiable.
En 2021, la Côte d’Ivoire signe avec l’AFD le programme PARIS, pour 64,28 milliards FCFA. Les objectifs annoncés incluent la mise en place d’outils de gestion au dispatching, d’infrastructures smart grid, d’un nouveau dispatching national et de trois centres de conduite distribution, avec comme effet attendu la réduction des pertes, la baisse du temps moyen de coupure et de l’énergie non distribuée.

2022 : le gouvernement affirme déjà avoir beaucoup investi dans la distribution.
Le site officiel du bilan gouvernemental indique en 2022 que près de 200 milliards FCFA ont été mobilisés pour “restructurer et renforcer les réseaux de distribution”. Le même texte soutient que ces efforts ont porté la couverture de 33% en 2011 à plus de 82%, avec 750 localités en cours d’électrification pour 2022.

2024 : l’exécutif monte encore l’échelle des montants.
En juin 2024, le gouvernement affirme que 1 700 milliards FCFA ont été investis sur la période 2011-2023 dans la production, le transport et la distribution, et que 1 221 milliards FCFA d’investissements supplémentaires sont “en cours”. Pourtant, dans le même souffle, il reconnaît que des défis majeurs persistent.

2026 : retour au point de départ du discours.
Le 4 mars 2026, le porte-parole du gouvernement déclare que les coupures récurrentes ne viennent pas d’un déficit de production mais des équipements, qu’“il faut renouveler”, avec “un plan” qui doit renouveler le réseau de distribution “dans quelques années”. Cette formulation est en contradiction frontale avec les annonces de 2011, 2014, 2017, 2018 et 2021, qui présentaient déjà des programmes de sécurisation, réhabilitation, densification, réduction du temps de coupure et modernisation du réseau.

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