Les autorités ivoiriennes changent de braquet contre les plaques d’immatriculation trafiquées. Exit le simple retrait de la plaque : désormais, tout véhicule contrôlé avec une fausse plaque ou une plaque dissimulée est immédiatement . Une mesure radicale pour tenter de juguler un fléau qui mine la sécurité.
C’est un virage répressif sans précédent sur les routes ivoiriennes. Auparavant, lors d’un contrôle, un agent pouvait se contenter de retirer la plaque non conforme et de laisser repartir l’automobiliste. Cette époque est révolue. Dans le cadre d’une vaste opération nationale, la Direction Générale des Transports Terrestres et de la Circulation (DGTC) a décidé de frapper fort. « Tout véhicule dont la plaque règlementaire est masquée ou modifiée sera conduit en fourrière », stipule clairement le communiqué des autorités. Une sanction lourde qui signifie l’immobilisation du véhicule et des frais importants pour le récupérer.
La fin de l’impunité sur la route
Ce durcissement marque une rupture. La mesure vise à créer un choc et à mettre fin à un sentiment d’impunité qui prévalait chez certains conducteurs. « Avant, on risquait juste de perdre sa plaque. Maintenant, on risque de perdre sa voiture, le temps de tout régulariser et de payer toutes les amendes accumulées », explique un habitué des routes abidjanaises. La restitution du véhicule ne sera en effet autorisée qu’après le retrait du dispositif illégal et « le paiement intégral de toutes les amendes accumulées », issues notamment des radars automatiques.
Cette rigueur s’applique à tous, sans exception. « Conformément au principe d’exemplarité de l’État, les véhicules administratifs en infraction seront saisis » et conduits à la fourrière spécialisée du BGVA, insiste le texte. L’État entend ainsi montrer l’exemple dans cette bataille pour la légalité.
Une réponse à un phénomène massif
Cette offensive répressive répond à l’ampleur d’un phénomène qui a longtemps été traité avec trop de laxisme. Avec un parc automobile estimé à plus de 1,6 million de véhicules et plus de 860 000 infractions enregistrées pour le seul mois d’août 2025, les autorités estiment que les campagnes de sensibilisation ont atteint leurs limites.
Lors des premières opérations ciblées en juillet dernier, plus de 100 véhicules avaient été interceptés en quelques jours dans le seul Plateau à Abidjan. Des chiffres qui ont sonné l’alerte et justifié le passage à une phase plus ferme.
« Ces mesures visent à garantir la sécurité de tous », rappelle le Directeur Général des Transports. L’enjeu est crucial : Abidjan concentre 67% des accidents du pays, et les plaques illisibles ou falsifiées permettent aux contrevenants, notamment ceux qui roulent trop vite, d’échapper aux radars et à toute traçabilité.
Conscientes que la répression seule ne suffira pas, les autorités couplent cette opération à une réforme de fond : le projet DIGIMMAT. Lancé en juillet 2025, il vise à digitaliser et sécuriser tout le processus de délivrance des plaques, pour éradiquer les fraudes, les doublons et les défauts de qualité à la source.
En attendant, le message aux usagers est sans équivoque. « Le Directeur Général invite l’ensemble des usagers au respect du code de la route et à faire preuve de civisme », conclut le communiqué. Avec le nouveau risque de voir son véhicule immédiatement emmené au dépôt, l’appel au civisme prend une tout autre dimension sur les routes de Côte d’Ivoire.



