05172026Headline:

Succession à N’gokro : le village-mère se prépare à saisir le Sous-préfet

L’affaire de la succession à la tête du village-mère N’gokro connaît un nouveau rebondissement. Le village devrait se mobiliser pour porter la nouvelle au Sous-préfet. Suite à la crise de succession dans le canton Akouè, le village-mère se prépare à saisir le Sous-préfet ce mercredi 04 mars 2026 pour lui notifier son choix pour diriger la chefferie de N’gokro.

Alors que le chef du canton d’Akouè, Sa Majesté Nanan Boigny N’Dri III , a publié un communiqué démentant formellement la nomination de Yao Isidore Diallo, les partisans de ce dernier montage au créneau et défendent la légitimité de leur choix. Contacté par téléphone, un connaissant de la communauté, a accepté de rétablir ce qu’il présente comme « la vérité des faits ». Il revient longuement sur les règles coutumières, le rôle réel du chef de canton, et le processus qui a conduit à la désignation de Yao Isidore Diallo.

Le chef de canton ne nomme pas les chefs de village
Le communiqué, daté du 25 février 2026 et signé « Sa Majesté Nanan Boigny N’Dri III, chef de canton Akouè », dément les informations faisant état de la désignation d’Isidore Diallo. Il affirme que le processus de désignation n’a pas abouti et que l’intérêt ne figure pas sur la liste des prétendants. Premier point de friction, et non des moindres : l’intervenant conteste vigoureusement la prérogative que s’attribue au chef de canton. « Chaque village a sa façon de désigner », affirme-t-il d’emblée. Selon lui, le canton est une institution héritée de la période coloniale, créée pour fédérer les chefs de village, mais sans pouvoir de nomination sur ceux-ci. « Le cantonat est une organisation instaurée par le colon pour rassembler les chefs des différents villages autour d’une structure faîtière, c’est tout », explique-t-il. « Cette personne peut même ne pas avoir de lien avec une quelconque chefferie. On te désigne parce qu’on voit ta façon d’être, et on dit : toi, tu seras le chef de canton ». Il pousse le raisonnement plus loin en utilisant une analogie : « Qui commande l’armée ? C’est le chef d’état-major. Mais qui est le chef du chef d’état-major ? C’est le président de la République. Et qui est le chef du président ? C’est le peuple. C’est le peuple qui choisit son président ». La conclusion s’impose pour lui : « Même si dans un processus on trouve quelqu’un, la dernière personne à intervenir, c’est le peuple. Parce que le chef vient pour gouverner des hommes. C’est eux qui doivent l’accepter ».

Le processus de désignation villageoise
Notre connaissance revient en détail sur la manière dont les choses se sont passées au village. Selon lui, le processus a commencé il y a plusieurs années. Un triumvirat, une gouvernance à trois têtes, avait été mis en place après le décès du précédent chef. Puis le système a été suspendu, avant que le Sous-préfet ne convoque le village pour exiger qu’un chef soit désigné. Lors de cette réunion, plusieurs prétendants se sont manifestés. « Les deux grandes familles fondatrices dont celle Nanan Y amousso s’est levé pour dire que le village lui appartient. L’autre, N’Dri s’est levé aussi. Le sous-préfet leur a dit : vous deux, allez-vous asseoir et trouvez un consensus pour me ramener un nom », raconte notre interlocuteur. C’est ainsi que le consensus s’est fait autour de Yao Isidore Diallo. « Tous ont porté leur choix sur lui », assure-t-il.

Yao Isidore Diallo, un héritier légitime
L’argument principal du chef de canton pour récuser la candidature d’Isidore Diallo est qu’il ne ferait pas partie des deux prétendants retenus et ne remplirait pas les conditions. Notre savoir contre-attaque en rappelant les origines familiales du postulant. « Yao Isidore Diallo porte un nom d’origine peule, c’est vrai, mais son père s’appelait Dramane Diallo et il était y de la grande famille de Boigny », explique-t-il. « Il était de la famille de Boigny sur le trône ». Autrement dit, si le nom peut prêter à confusion, la lignée maternelle ancre solidement Yao Isidore Diallo dans la famille régnante. Pour étayer son propos, il renvoie à une source écrite : « Je vous demanderais de lire un ouvrage de feu Houphouët-Boigny, « Mes premiers combats ». Il évoque l’arrivée des Boigny, d’où il vient, et une aïeule du nom de Kokolé ». Selon lui, l’ouvrage explique les origines de la chefferie et le passage du matriarcat au patriarcat décidé par Boigny lui-même.

Les règles complexes de la transmission
Notre interlocuteur se lance alors dans une explication détaillée du système de transmission. À l’origine, le système était matriarcal. « Boigny, quand il est venu, il a décidé que le système devienne patriarcal. Mais ce système matriarcal est voulu par élimination ». Il décrit un processus où, en l’absence d’héritiers directs masculins, ce sont les enfants de la sœur qui héritent, et ainsi de suite. « Nous tous, on vient d’une femme qui s’appelle Kokoblé. Donc on regarde parmi les enfants de Kokoblé, quelle lignée est la plus directe. Et parmi ceux-là, on peut décider : toi, viens ». C’est ainsi que le précédent chef a été désigné, et c’est ainsi que le consensus s’est fait pour Isidore Diallo.

Le village prêt à aller jusqu’au sous-préfet
Notre connaissance confirme que le village compte bien mener le processus à son terme, malgré le démenti du canton. « Le sous-préfet nous avait demandé de nous entendre. Le consensus a été fait », répète-t-il. La prochaine étape consiste à rédiger un procès-verbal et à le transmettre au sous-préfet, qui procédera ensuite à une consultation avant qu’un arrêté préfectoral n’entérine la nomination, suivie de l’intronisation. Il reconnaît que l’annonce prématurée de la désignation a pu créer un malentendu : « On n’aurait pas dû dire que le consensus a été trouvé avant d’avoir installé le chef. Il y a un processus ». Mais il maintient que le fond du dossier est solide. Quant aux accusations du chef de canton selon lesquelles Isidore Diallo ne remplissait pas les conditions, notre interlocuteur reste évasif : « Il parle des conditions traditionnelles, des coutumes, des actes à respecter. Mais quelles sont ces conditions ? » Pour lui, l’essentiel est ailleurs : « Le peuple est souverain. Vox populi, vox Dei. La voix du peuple est celle de Dieu. Il faut faire respecter. Il ne faut pas tordre le coup à la tradition parce qu’on est puissant ». Le feuilleton de la succession à N’gokro est donc loin d’être terminé. Entre la version du canton et celle du village, entre les règles coutumières et les intérêts contemporains, la vérité semble avoir plusieurs visages. Une certitude : ce mercredi, les villageois comptent bien se faire entendre jusqu’au bureau du sous-préfet.

What Next?

Recent Articles