Dans la capitale politique ivoirienne, le processus de succession coutumière est officiellement lancé. Le trône des Boigny trouve enfin un occupant à N’Gokro. Anciens, notables et sachants ont désigné Isidore Diallo choisi à l’unanimité pour diriger le village de Yamoussoukro.
Le trône des Boigny a de nouveau un occupant. Le village de Yamoussoukro, berceau de la famille Boigny, a enfin trouvé un nouveau chef traditionnel. Quatre ans après la disparition de Nanan Kouakou Yao Michel, parti rejoindre les ancêtres en 2021, les détenteurs du trône se sont réunis pour désigner son successeur. Et c’est M. Isidore Diallo qui a été choisi à l’unanimité, conformément au mode de succession en pays Akan. La décision a été officialisée le dimanche 22 février 2026, lors d’une rencontre de réflexion qui s’est tenue à N’gokro, le village-mère de Yamoussoukro. Autour des détenteurs du trône des Boigny, on notait la présence des femmes, venues en grand nombre, de la jeunesse, des membres de la mutuelle et de nombreuses populations qui n’ont pas voulu manquer l’événement.
L’unanimité autour d’Isidore Diallo
C’est Gouin Yao Noël, président de la Mutuelle des filles et fils de N’gokro, qui a présenté le mobile de la rencontre. « Nous sommes venus informer la population de N’gokro que ceux qui ont le trône nous ont envoyé vers eux pour leur dire celui qu’ils ont désormais désigné pour succéder au trône des Boigny dans ce village de N’gokro. C’est lui qui sera désormais le chef du village de Yamoussoukro. L’unanimité s’est faite autour de Monsieur Isidore Diallo », a-t-il révélé. Une déclaration accueillie avec soulagement par les populations, qui attendaient depuis longtemps la fin de cette vacance à la tête du village. Pour Gouin Yao Noël, le processus de désignation s’est déroulé dans le respect des traditions. « Chez nous, la désignation du chef se fait soit par succession, soit par intérim. Aujourd’hui, celui qui est prétendant à ce trône fait partie de la succession. Parce que ce village a été créé par Kokoblé et Boigny N’dri. Et ce sont leurs descendants aujourd’hui qui sont M. Diallo Isidore et Simon Margot, la fille de vieux Simon. »
Une vacance de quatre ans enfin comblée
Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut revenir en arrière. Depuis 2021, date du décès de Nanan Kouakou Yao Michel, le village de Yamoussoukro fonctionnait sans chef attitré. Pour gérer les affaires courantes, le canton avait désigné trois personnes : Diallo Isidore, Kouakou Basile et Yao Georges. « Ces trois personnes nous ont été présentées à la place publique chez le Vieux Agou, se souvient Gouin Yao Noël. Il y a eu même la libation. Ils nous ont été présentés comme les dirigeants du village. Mais à leur tête, c’était M. Diallo Isidore qui avait été choisi pour les affaires administratives. Donc, M. Diallo Isidore prenait les décisions de commun accord avec les deux autres. » Ce système d’intérim a fonctionné jusqu’en janvier 2025, date à laquelle le canton a dissous cette équipe. « Comme il n’y avait plus d’intérim, c’est comme si c’était le canton qui assurait l’intérim, jusqu’à ce que le village exprime le besoin d’avoir un chef », explique le président de la mutuelle. Car les villageois, justement, n’étaient pas pleinement satisfaits de cette situation. « Le village n’était pas consentant que le chef de canton assume à la fois les tâches de chef de canton et de chef de village », souligne Gouin Yao Noël. Une situation qui ne pouvait perdurer. Les populations se sont donc réunies pour demander aux chefs de lignage de faire en sorte que le village ne reste pas orphelin. L’urgence était claire : il fallait que Yamoussoukro ait un chef dans les meilleurs délais. C’est en juillet 2025 que la question a refait surface, lors d’une rencontre avec le sous-préfet. Ce dernier, s’adressant à l’assistance, a posé une question simple mais cruciale : à qui appartient le village ? Deux personnes ont alors levé le doigt.
Porte-parole des sachants des Deux FamillesPorte-parole des sachants des Deux Familles
Deux familles, un même héritage
D’un côté, Tantie Margot, qui a apporté la preuve de son affinité avec Kokoblé. De l’autre, Yao Noël, de la famille Boigny N’dri, qui s’est levé pour revendiquer son appartenance au village. Face à cette situation, le sous-préfet a pris une décision sage : il a demandé aux deux familles de s’entendre. Un dialogue s’est alors engagé entre les descendants de Kokoblé et ceux de Boigny N’dri. Plusieurs mois de discussions, de consultations, de respect des us et coutumes, pour aboutir finalement à un consensus autour de la candidature d’Isidore Diallo. Une solution qui satisfait les deux lignages, et qui permet de préserver l’unité du village. « Le tribunal coutumier est d’accord avec nous, précise Gouin Yao Noël. Ils sont représentés. Il y a ceux qu’on appelle Awlobo qui sont également représentés. Les chefs de lignage qui ont donné leur accord ne sont pas venus, mais ils sont informés. » La désignation d’Isidore Diallo n’est que la première étape d’un processus qui doit encore aboutir à son intronisation officielle. Le président de la mutuelle a expliqué la suite des opérations.
« Nous allons rendre compte à ceux qui nous ont envoyés en mission, à savoir Tantie Margot et Monsieur Yao Noël. Ils auront la lourde tâche de gérer la prochaine étape : aller voir Monsieur le sous-préfet pour lui donner le nom de celui qui a été désigné. »
Le sous-préfet viendra ensuite procéder à une consultation populaire au village. Une fois cette étape franchie, place à l’intronisation du nouveau chef. Le préfet, enfin, remettra son arrêté de nomination préfectoral, officialisant aux yeux de l’administration la fonction de Nanan Isidore Diallo. Pour les populations de Yamoussoukro, cette désignation met fin à une longue période d’incertitude. Dans la tradition akan, le chef de village n’est pas seulement un administrateur. Il est le garant de la cohésion sociale, l’intermédiaire entre les vivants et les ancêtres, le gardien des coutumes. Après quatre années de vacance, le village avait besoin de retrouver cette figure centrale. Les femmes, la jeunesse, les notables, tous ont exprimé leur soulagement de voir enfin aboutir ce processus. Il sera question maintenant pour les sujets d’accompagner le nouveau chef désigné dans sa prise de fonction, et à lui donner les moyens d’exercer sa charge. La tâche ne sera pas facile, dans un village qui porte l’histoire prestigieuse mais complexe de la famille Boigny. Mais l’unanimité qui s’est faite autour de sa candidature est un atout précieux pour aborder l’avenir.



