03302017Headline:

Sécurité :Voici comment le Maroc est devenu une référence en matière d’antiterrorisme

Marrakech, place Jemaa-el-Fna, haut lieu touristique du royaume, classée au patrimoine culturel et immatériel de l’humanité par l’Unesco. Après deux heures de shopping dans le souk – et un achat (un peu) forcé, resté en travers de la gorge, en thé et infusions pour la « bagatelle » de 100 euros -, Paul et Pauline, la trentaine, s’installent en terrasse. Pas n’importe laquelle, celle du tristement célèbre Café Argana.

Pour les deux tourtereaux bordelais, dont les vacances au Maroc sont une première, c’est « l’hallu » : « Non, vous êtes sérieux ! Il y a eu un attentat ici ? » nous lance Pauline, à la fois curieuse et médusée. C’est en effet dans ce fameux restaurant qu’a eu lieu le dernier attentat en date. C’était le 28 avril 2011.Une bombe actionnée à distance avait alors fait dix-sept morts et vingt blessés, issus de huit nationalités différentes. « Nous n’avons jamais entendu parler de cet attentat, nous confirme Paul. On s’est juste posés ici par hasard. Et tant mieux, la vie doit continuer ! »

Certes, la vie continue. Et ce n’est pas Hassan, le gérant de l’Argana, qui dira le contraire. Ce miraculé de l’attentat est aujourd’hui enchanté de voir les affaires reprendre, dans un cadre encore plus agréable.

« Nous avons quasi tout reconstruit et ajouté une nouvelle terrasse, explique, avec de grands gestes, le responsable du restaurant, qui a rouvert le 23 décembre 2015. Depuis, nous accueillons des clients qui parfois viennent pour visiter « le restaurant touché par un attentat ». C’est pour eux comme un acte de solidarité et de résistance. D’autres, bien évidemment, n’ont absolument jamais entendu parler de ce drame. »

En cet après-midi de ramadan, pourtant, la foule ne se bouscule pas au portillon de l’Argana. Sur la place, les touristes ne sont pas très nombreux non plus. Ils ne font que passer, ignorant les sollicitations des bateleurs et des rabatteurs qui ont le courage de travailler, à jeun, par 33 degrés à l’ombre. Sous son parasol, Hussein, charmeur de serpents de son état, tente tant bien que mal d’attirer l’attention des trop rares visiteurs.

Son cobra n’est pas vraiment d’une grande aide : hors de son panier, l’impressionnant reptile est affalé à l’ombre, narguant son dompteur par un tirage de langue aussi apathique que le son de la flûte censé l’envoûter. « Ce n’est pas une heure pour se balader à Jemaa-el-Fna, revenez après la rupture du jeûne », nous conseille Hussein.

Vigilance et actions préventives

Sur la mythique place de la Ville ocre, il est cependant une présence qui détonne : celle de militaires arme d’assaut au poing, qui font des rondes en trio, quadrillant toute la place et scrutant ses moindres recoins. Ce sont les unités Hadar (littéralement « vigilance »), impliquant plusieurs forces sécuritaires, déployées depuis octobre 2014 dans tous les sites sensibles du Maroc. Mais ce n’est là que l’un des nombreux dispositifs mis en place il y a plusieurs années pour se prémunir contre le risque terroriste.

« Le Maroc a pris des mesures de protection du territoire fortes afin d’agir en amont sur toutes les menaces, nous explique Lahcen Haddad, ministre du Tourisme. Nous représentons un modèle en matière de lutte contre le terrorisme. À preuve le nombre de cellules démantelées par le Bureau central d’investigations judiciaires [BCIJ], mais aussi l’évolution de l’arsenal juridique du royaume, sans oublier la coopération avec de nombreux pays européens dans ce domaine. »

Le meilleur atout du Maroc reste néanmoins son islam tolérant qui sert de modèle, que ce soit en Afrique ou en Europe

Le bilan des actions préventives de lutte contre le terrorisme est en effet parlant : entre 2012 et 2015, pas moins de 119 attentats à l’explosif ont été déjoués grâce au démantèlement de 132 structures terroristes et à l’arrestation de 2 720 personnes. Présenté comme le « FBI marocain » par la presse nationale, le BCIJ a été créé en mars 2015 pour renforcer le dispositif sécuritaire. Depuis, pas un seul mois ne passe sans que l’on apprenne, via des communiqués de presse, le démantèlement de présumées cellules terroristes ou la neutralisation d’éléments potentiellement dangereux.

L’efficacité du Maroc dans la lutte antiterroriste est telle que le pays est devenu une référence dans le domaine. Les autorités ne manquent d’ailleurs pas l’occasion de mettre en avant l’argument de la stabilité du royaume pour rassurer les touristes.

« Le meilleur atout du Maroc reste néanmoins son islam tolérant qui sert de modèle, que ce soit en Afrique ou en Europe, assure de son côté Abderrafie Zouiten, directeur général de l’Office national marocain de tourisme. Il n’y a qu’à voir les sollicitations dont fait l’objet le royaume de la part de pays européens ou africains pour la formation des imams. » Récemment, même la Suède a sollicité l’aide du Maroc pour former ses imams.

On ne badine pas avec la sécurité

L’exemplarité du Maroc en la matière est aisément vérifiable à Marrakech. Dans un club de vacances niché dans les somptueux jardins de l’Agdal, l’ambiance est à la fête autour de la piscine : jeunes et moins jeunes dansent et se baignent, en sirotant des cocktails (alcoolisés).

Parmi eux, Françoise, alanguie sur un relax, en train de parfaire son bronzage : « J’adore ce club. J’y viens trois à quatre fois par an depuis quatre ans, et si je le pouvais j’y séjournerais encore plus souvent, nous explique cette retraitée qui réside à Avignon. Si je vais au Maroc et pas en Tunisie, c’est justement parce qu’on s’y sent en sécurité. Peut-être même plus en sécurité qu’en France ou en Belgique. »

Dans un autre établissement du centre-ville, même esprit festif dans le bar de l’hôtel, qui s’est mis à l’heure de l’Euro de football. Edward, qui vient de Manchester, était plutôt un habitué de l’Égypte, mais ces dernières années il a opté pour le Maroc : « De nos jours, on a droit à des attentats quotidiennement un peu partout dans le monde, explique-til. Et il faut reconnaître qu’il y a malgré tout des pays plus sûrs que d’autres. Heureusement, c’est le cas du Maroc. »

Ce sentiment de sécurité ambiant est le résultat d’une collaboration impliquant, outre les services de sécurité, les professionnels du tourisme. Depuis octobre 2015, tous les établissements hôteliers du pays sont obligatoirement dotés de caméras de surveillance et de portiques de détection des métaux, et sont sous la garde de vigiles formés pour repérer tout geste suspect.

« Nos agents de sécurité sont de vrais physionomistes. Mais, il est important de renforcer la sécurité sans pour autant donner l’impression à nos clients qu’ils sont constamment sous surveillance », nous explique Hichem Mellouli, directeur général du Kenzi Club Agdal Medina, qui nous confie que le moindre recoin des parties communes de son établissement est constamment sous contrôle vidéo.

« Les autorités locales n’hésitent pas à envoyer des rappels à l’ordre aux hôtels qui négligent certains aspects de la sécurité », assure de son côté Jafar Agourd, manager général du Savoy Le Grand Hôtel. Même en dehors des établissements, le dispositif de sécurité a été renforcé.

« On recense désormais plus de trois cents agents en civil de la police touristique qui sécurisent la médina de Marrakech. Et puis les renseignements généraux marocains sont d’une efficacité redoutable », ajoute Christian Lebour, président de la Fédération nationales des riads et maisons d’hôtes.

« Au-delà de ce qui est déjà mis en place, des agents équipés et entraînés pour garantir des interventions professionnelles efficaces et dans les meilleurs délais sont venus en renfort pour la haute saison estivale. Ils proviennent d’unités classiques, mobiles et de secours pour veiller à la quiétude des touristes », renchérit une source du ministère de l’Intérieur.

Il n’empêche : le Maroc subit malgré tout l’onde de choc des attentats terroristes qui secouent les destinations concurrentes, ainsi que certains pays émetteurs. « Nous avons constaté un ralentissement des marchés français et belge ces dernières années », reconnaît un responsable du Conseil national du tourisme. Mais le royaume parvient relativement à tirer son épingle du jeu et à limiter les dégâts.

« Entre janvier et avril 2016, les arrivées de touristes se sont peu ou prou maintenues, avec une légère baisse, de 0,8 %, par rapport à la même période de 2015 », nous assure le ministre du Tourisme, qui espère clôturer l’année avec une progression (lire l’entretien ci-contre). Sur la place Jemaa-el-Fna, l’heure est aussi à l’optimisme. Dans la soirée, le site a d’ailleurs retrouvé son animation habituelle.

Une foule s’est finalement formée autour de Hussein et de son cobra (qui a retrouvé de l’allant) ou fait la queue devant une tatoueuse de henné, et les tables des incontournables restaurants ambulants sont presque bondées. Le brouhaha de la place, noire de monde, couvre même l’appel à la prière du soir.

Fahd Iraqi

jeuneafrique.

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