
Avec la garde à la semaine, les parents, souvent des femmes seules ou travaillant en poste, mais aussi des personnes jugées dangereuses pour le système, amenaient leurs enfants à la crèche le lundi matin ou même le dimanche soir, pour les récupérer le vendredi soir ou le samedi midi, et ce dès l’âge de six semaines.
Réduire l’influence de la famille
Les enfants, quasiment dès la naissance, n’avaient donc presque pas de contacts avec leur famille, quasiment aucun contact affectif. Ce mode de garde allait de pair avec une collectivisation à outrance : tous les enfants étaient posés sur le pot à heures fixes, il y a des photos où on voit des enfants de deux-trois ans promenés littéralement en laisse, par groupes de cinq à six, comme on le voit aujourd’hui dans certaines sociétés occidentales avec les promenades pour chiens. En fait, le régime communiste jugeait favorable de réduire l’influence de la famille dans l’éducation des enfants.
On estime aujourd’hui que 500 000 enfants sont passés par ce mode de garde, séparés de leurs parents quelques semaines après leur naissance. Les dernières ont été abolies en 1992, donc à la toute fin de la RDA, trois ans après la chute du Mur. Mais ce type de garde a existé aussi en Russie après la révolution de 1917, en République tchèque et même en Suisse.
Un objet de fierté…
Une catastrophe pour bien des personnes concernées, aujourd’hui adultes. Nombre d’entre elles disent souffrir d’addictions, de dépression, de difficultés relationnelles.
Pour la RDA, les crèches à la semaine étaient un objet de fierté. Il faut rappeler que la RDA et l’Allemagne de l’Ouest vivaient dans une concurrence permanente, chacune voulant être à la pointe du progrès. Des études ont rapidement montré dès les années 1950 que les enfants étaient plus souvent malades, qu’ils suçaient plus fréquemment leur pouce, qu’ils étaient apathiques, avaient des retards de développement. Le gouvernement est-allemand le savait, mais ces études ont été ignorées.
Le système des crèches est-allemand a longtemps été présenté à l’ouest du pays comme un épouvantail, et a justifié le mode de garde très conservateur qui a dominé à l’ouest de l’Allemagne jusqu’à la fin des années 1990 : celui de la mère au foyer. Aujourd’hui encore, bien des jeunes Allemandes préfèrent cesser de travailler à la naissance de leur enfant, de peur d’être considérées comme de mauvaises mères.


