Le 19 septembre 2002 marque un tournant tragique dans l’histoire de la Côte d’Ivoire. Ce jour-là, le général Robert Guéi, ancien chef d’État et responsable du coup d’État de décembre 1999, est assassiné. En parallèle, le ministre de l’Intérieur, Boga Doudou, est également tué, et les colonels Daly Oblé et Dagrou Loula, commandants militaires des régions de Bouaké et Korhogo, perdent la vie lors des affrontements.
Pendant que le président Laurent Gbagbo, en visite officielle en Italie, apprend l’attaque, il prend immédiatement la décision de rentrer d’urgence en Côte d’Ivoire. À son arrivée, il convoque des réunions d’urgence avec ses conseillers et les forces de sécurité, appelant à la résistance et mobilisant ses partisans pour contrer cette menace. Dans un discours télévisé, il exhorte la population à rester unie et à défendre la démocratie.
Suite à l’échec de la tentative de prise de pouvoir à Abidjan, les assaillants se réfugient à Bouaké, la deuxième ville du pays, qui deviendra le bastion de la rébellion pendant une décennie. Cette situation suscite une inquiétude croissante de la communauté internationale, avec des appels à l’aide humanitaire et à la médiation, alors que les pertes humaines et les déplacements de populations augmentent.
Au fil des jours, la tension s’intensifie, et la lutte pour le pouvoir se durcit, divisant le pays en zones contrôlées par le gouvernement et zones rebelles. Alassane Ouattara, alors président du Rassemblement des Républicains (RDR) et actuel chef d’État, échappe de peu à une tentative d’assassinat, tandis que son aide de camp est tué. Cette nuit-là, le musicien ivoirien Marcellin Yacé est également victime de la violence.
Dans un entretien d’avril 2003, Dominique Ouattara, actuelle Première Dame, décrit l’angoisse de cette période, évoquant un appel l’informateur que le général Guéi et sa famille avaient été liquidés, et une menace imminente pesant sur eux. Malgré les assurances de sécurité, la situation devient critique avec l’arrivée de chars devant leur résidence, forçant la famille Ouattara à se réfugier chez l’ambassadeur d’Allemagne. Alassane Ouattara, conscient du danger, envisage de se rendre pour protéger sa famille, mais Dominique, avec l’aide de proches, parvient à le convaincre de rester. Finalement, une intervention de la communauté internationale les sauvera in extremis.
Cette tentative de coup d’État, qui s’est rapidement transformée en rébellion armée, divise le pays en deux zones : le sud sous contrôle gouvernemental et le nord, le centre et l’ouest, aux mains des rebelles. Le Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire, dirigé par Guillaume Soro, est accusé d’exactions par le gouvernement. Malgré les accords signés pour restaurer la paix, la Côte d’Ivoire continue de faire face aux violences, avec des escadrons de la mort et des assassinats de personnalités politiques devenant courants.
Après une décennie de conflits, une nouvelle crise post-électorale éclate en 2010, faisant effectivement 3 000 morts à Abidjan selon les Nations Unies. Alassane Ouattara a remporté les élections face à Laurent Gbagbo, mais ce dernier refuse de céder le pouvoir, plongeant le pays dans la violence.
Le 19 septembre 2002 reste gravé dans la mémoire collective ivoirienne comme un symbole de tragédie et de division, rappelant les luttes politiques et les conséquences dévastatrices d’une quête de pouvoir qui a profondément bouleversé le pays pendant des années.



