05132026Headline:

Forum Assinie-Mafia : Les professionnels des médias en Côte d’Ivoire lancent un appel

Argumentaire

La presse africaine a connu un renouveau au début des années 90 avec la restauration du multipartisme dans de nombreux pays du continent. Ce changement a permis la libéralisation de l’audiovisuel, entraînant la création de nombreuses chaînes de télévision et radios. Cependant, plus de trente ans après cette période d’enthousiasme, les médias africains, et en particulier ceux de Côte d’Ivoire, font face à de nombreux défis : difficultés économiques persistantes, diversité éditoriale limitée, précarité professionnelle des journalistes, environnements juridiques et économiques encore instables, non-respect des normes éthiques et déontologiques, atteintes à la liberté de la presse, un nombre excessif de titres pour des marchés restreints, ainsi qu’une publicité en déclin.

Les promesses initiales de cette ère se sont rapidement transformées en désillusion. Bien que le journalisme ait généré de nombreux emplois au cours des premières années des années 90, il s’est également précarisé de manière alarmante, entraînant une diminution significative du nombre de publications et de journalistes.

En Côte d’Ivoire, par exemple, le pays a vu l’émergence de 178 titres en seulement six ans (1990-1996), mais aujourd’hui, il ne reste que 22 quotidiens, 25 hebdomadaires et 25 autres périodiques, dont beaucoup ne paraissent plus régulièrement.

Entre 2001 et 2005, les journaux ivoiriens ont perdu huit millions de lecteurs. Bien que de nombreux séminaires, tables rondes et conférences aient été organisés sur le continent pour discuter des médias et du métier de journaliste, aucun forum de grande envergure ne s’est véritablement penché sur l’avenir des médias ivoiriens en matière de performance et de gouvernance économique, plus de trente ans après le retour au multipartisme et le printemps de la presse. Un forum de cette importance est donc crucial pour dresser un bilan de ces trois décennies.

Malheureusement, la situation de la presse ivoirienne ne s’est pas améliorée. Elle souffre d’une précarité grandissante, mais cette descente ne doit pas être considérée comme une fatalité. La presse ivoirienne peut se relever grâce à un engagement collectif et responsable de tous les acteurs du métier. Le FORUM ASSINIE MAFIA vise à éveiller les consciences et à créer les conditions nécessaires à un changement radical des pratiques anciennes, amenant ainsi les professionnels des médias à abandonner ce « journalisme de soumission », qui a conduit à une dégradation de leur image et de leur identité.

Nous sommes donc réunis au FORUM ASSINIE-MAFIA pour initier un moment significatif dans l’histoire de la presse ivoirienne, appelant à une révolution cognitive et stratégique de la part des acteurs des médias. Cette révolution est essentielle pour établir les bases d’une performance économique, clé de voûte de l’indépendance éditoriale, permettant à notre métier de devenir un véritable lien entre les citoyens et leurs gouvernants, tout en servant de plateforme pour des idées nouvelles et des propositions crédibles, accompagnées d’une vigilance critique.

À partir du Forum Assinie-Mafia, la presse ivoirienne doit se lancer dans une révolution cognitive et stratégique par un changement de paradigme, si elle aspire à être un puissant vecteur de transformations culturelles, sociales, économiques et politiques pour notre pays. C’est le moment du GRAND BASCULEMENT, une transition de la politique partisane vers l’économie partagée.

Il est impératif que notre presse se libère des « illusions perdues » qui l’ont associée, par défaut, aux intérêts politiques, et qu’elle définisse son autonomie et sa ligne de survie. Ce changement de posture permettra à la presse de déterminer ses choix éditoriaux, ses orientations technologiques et sa place dans un environnement concurrentiel, tout en améliorant la gestion de son capital humain et sa politique managériale.

Déroulement

Le forum a été rythmé par des panels, des conférences, des dîners-débats et des sessions inaugurales au cours des trois jours de l’événement, suscitant des échanges intenses et prometteurs.

Participants

Du 26 au 28 septembre 2024, le Forum Assinie-Mafia a réuni à Assinie-Mafia, surnommée par les organisateurs « Terre de solutions », une centaine de participants issus du monde de la communication, des médias, de l’économie, des finances et de la politique. Le thème central était : « Presse ivoirienne : aux sources de la performance et de la gouvernance économiques. Se réinventer pour impacter les changements en Côte d’Ivoire. »

Les participants ont lancé un appel pressant, l’APPEL du Forum Assinie-Mafia:

1. Aux institutions et autorités administratives:
– Offrir un soutien structurant et décisif à l’écosystème des médias ;
– Faciliter l’émergence de champions nationaux dans l’entrepreneuriat de presse, en soutenant la création de groupes de presse au niveau national, ouest-africain et continental ;
– Améliorer l’assainissement de l’environnement économique et juridique.

2. Aux acteurs des médias, entrepreneurs de presse et organisations professionnelles:
– Se réinventer grâce à une gouvernance éditoriale vertueuse ;
– Rompre avec le modèle économico-politique qui produit des informations biaisées ;
– Avoir un impact significatif sur l’évolution de la société ivoirienne pour négocier des choix décisifs et réaliser des changements profonds dans les services de base ;
– S’approprier et participer activement à la mise en œuvre et au suivi de l’Appel du Forum Assinie-Mafia.

3. Au secteur privé:
– S’engager à investir significativement dans le secteur des médias afin de refléter honorablement les réalités, performances et potentialités de notre pays et de notre continent sur la scène internationale.

4. Aux autorités de régulation et de soutien des médias:
– Renforcer leurs actions de régulation pour assurer une plus grande crédibilité et professionnalisation des journalistes ;
– Accroître les interventions financières et matérielles ;
– Développer les compétences des entreprises de presse en matière de gouvernance économique et financière.

5. À l’Enseignement supérieur:
– Faciliter l’accès à la formation pour les professionnels des médias en réduisant les coûts.

6. Aux partis et groupements politiques :
– S’engager fermement et soutenir le développement de l’écosystème des médias.

7. À la société civile indépendante:
– Apporter un soutien déterminé à la défense et à la préservation de la liberté de la presse.

 

What Next?

Recent Articles