
La coopération proposée par la Russie aux différents Etats africains est dépourvue de débats sur la démocratie qui conduit très souvent qu’à des relectures de constitution, au maintien au pouvoir et aux dérives sociopolitiques. Les questions de coups d’Etat ne sont pas également abordés. La Russie promet de s’occuper de ses propres « oignons » et de se concentrer sur les clauses de son partenariat en laissant libre cours à ses amis africains de posséder de leur souveraineté et de leur choix.
La Russie et l’Afrique : Un partenariat sans ingérence
La Russie a choisi une approche singulière dans ses relations avec l’Afrique : ne pas intervenir dans les affaires internes des États. Contrairement à d’autres puissances internationales, Moscou évite délibérément de conditionner sa coopération à des critères liés à la gouvernance politique, à la limitation des mandats ou à la condamnation des coups d’État. Cette stratégie, perçue comme pragmatique, se concentre sur des domaines précis sécurité, énergie nucléaire et économie tout en laissant les dirigeants africains libres de gérer leur souveraineté.
Alors que les pays occidentaux intègrent souvent des clauses démocratiques dans leurs accords avec l’Afrique, la Russie affiche une indifférence assumée face aux questions de longévité au pouvoir ou de modifications constitutionnelles. Pour Moscou, ces sujets relèvent exclusivement des « choix souverains » des États africains. Cette philosophie trouve un écho particulier auprès de certains régimes confrontés à des pressions internationales.
Par exemple, des pays comme la Centrafrique, le Mali ou le Soudan, en proie à des crises sécuritaires, ont vu dans la Russie un partenaire moins regardant sur leurs pratiques politiques. Cette approche contraste avec celle de l’Union européenne ou des États-Unis, qui lient fréquemment leur aide à des réformes institutionnelles. La Russie, elle, mise sur une coopération technique et militaire, évitant soigneusement les débats sur la démocratie ou les droits humains. Une position résumée par un diplomate russe en 2022 : « Nous ne donnons pas de leçons, nous proposons des solutions. »
Sécurité et énergie : Les piliers de la coopération
Le volet sécuritaire domine les partenariats russo-africains. Depuis 2015, Moscou a intensifié ses ventes d’armements et déployé des mercenaires du groupe Wagner dans plusieurs pays (Mali, Libye, Mozambique). Officiellement, il s’agit de lutter contre le terrorisme une priorité pour des États fragilisés par des groupes jihadistes. Cependant, des analystes soulignent que cette collaboration permet aussi à la Russie d’écouler des stocks d’armes obsolètes et de renforcer son emprise géostratégique.
Le nucléaire civil constitue un autre axe majeur. La société russe Rosatom a signé des accords avec l’Égypte (pour la centrale d’El-Dabaa) et envisage des projets au Nigeria et au Ghana. Ces initiatives, présentées comme des leviers de développement, offrent à Moscou un moyen d’influencer durablement les économies africaines.
Sur le plan économique, les échanges commerciaux restent modestes (18 milliards de dollars en 2022), mais la Russie mise sur les ressources naturelles. Des entreprises comme Alrosa (diamants) ou Rusal (aluminium) sont actives en Angola, en Guinée et au Zimbabwe. Parallèlement, l’annulation de dettes et les livraisons de blé à bas coût renforcent son image de « partenaire solidaire ».
Longévité au pouvoir et coups d’État : Le silence russe
La neutralité de Moscou face aux dérives autoritaires interroge. Alors que des présidents comme Paul Biya (Cameroun) ou Denis Sassou-Nguesso (Congo-Brazzaville) cumulent les décennies au pouvoir, la Russie ne formule aucune critique. Au contraire, elle entretient des liens étroits avec ces régimes, y voyant des interlocuteurs stables. Une logique qui rappelle sa propre situation politique, Vladimir Poutine étant au Kremlin depuis 2000.
Quant aux putschs, la Russie adopte une position ambiguë. Après le coup d’État au Niger en 2023, elle a appelé au « dialogue » sans condamner les militaires, contrairement à la Cédéao. Une prudence calculée : en évitant de diaboliser les juntes, Moscou se pose en médiateur et préserve ses intérêts, notamment l’accès aux mines d’uranium.
Cette non-ingérence séduit certains dirigeants africains. A contrario, elle divise les opinions publiques. Pour ses détracteurs, la Russie instrumentalise les faiblesses institutionnelles du continent pour servir ses ambitions. L’absence de contreparties démocratiques, combinée à l’opacité des contrats (notamment avec les sociétés militaires privées), alimente les craintes d’un néocolonialisme discret.
Pourtant, face aux défis sécuritaires et économiques, nombreux sont ceux qui estiment que la Russie offre une alternative crédible à l’influence occidentale. En définitive, la stratégie russe en Afrique repose sur un équilibre non durable : profiter des besoins immédiats des États sans s’immiscer dans leurs fragilités structurelles. Une approche qui, pour l’instant, lui permet de gagner du terrain au prix de certaines compromissions.


