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Affaire Ghislain Dugarry Assy : la Rapporteuse spéciale de l’ONU interpelle Abidjan

La Rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des défenseurs des droits humains, Mary Lawlor, s’est publiquement inquiétée du sort de Ghislain Dugarry Assy, enseignant et syndicaliste ivoirien, arrêté début avril 2025 à Abidjan.

Dans un message publié le 10 juin sur le réseau social X (ex-Twitter), elle a annoncé suivre de près l’audience d’appel prévue dans cette affaire, tout en appelant à son acquittement.

« Je suivrai de près l’audience demain du défenseur des droits humains, syndicaliste & enseignant Ghislain Duggary en CôtedIvoire, qui a fait appel après avoir été condamné à 2 ans de prison pour avoir participé à l’organisation d’une grève », a-t-elle déclaré. « Il doit être acquitté », a ajouté Mme Lawlor, interpellant directement le ministère ivoirien des Affaires étrangères.

« Coalition d’agents publics »
Mary Lawlor, qui occupe la fonction de Rapporteuse spéciale de l’ONU depuis mai 2020, a consacré sa carrière à la défense des droits humains. Fondatrice de Front Line Defenders en 2001, elle a aussi dirigé la section irlandaise d’Amnesty International de 1988 à 2000. Actuellement professeure associée au Trinity College de Dublin, elle demeure une voix influente dans le système des Nations Unies.

Ce soutien onusien survient la veille du procès en appel de l’enseignant et syndicaliste ivoirien qui se tient ce mercredi 11 juin 2025 à Abidjan, dans un contexte social tendu, à l’approche de l’élection présidentielle d’octobre 2025 en Côte d’Ivoire.

“L’action pacifique de Ghislain Duggary Assy consistant à appeler à la grève (…) n’est pas un crime.”

Amnesty International
Ghislain Dugarry Assy est poursuivi pour « coalition d’agents publics et entrave au fonctionnement des services publics », des accusations en lien avec une grève annoncée pour les 3 et 4 avril par son syndicat, visant à réclamer une prime trimestrielle pour les enseignants.

Il a été arrêté dans la nuit du 2 au 3 avril 2025, à son domicile, par des hommes encagoulés, sous les yeux de sa famille.

Une arrestation dénoncée
Selon ses proches, M. Assy a été conduit vers une destination inconnue, avant d’être présenté au parquet le lendemain. Il a ensuite été placé sous mandat de dépôt, sur décision du Procureur d’Abidjan. Mardi 8 avril 2025, le tribunal correctionnel d’Abidjan l’a condamné à 24 mois de prison ferme alors que ses avocats ont dénoncé un non-respect des procédures légales, notamment l’irrégularité du mandat de dépôt et l’absence de respect du contradictoire.

Son arrestation “musclée” a, pour rappel, provoqué une vive réaction du milieu syndical. De nombreux enseignants et défenseurs des droits humains y voient une violation de la liberté syndicale et une instrumentalisation de la justice.

Dans une lettre adressée le 24 avril dernier au ministre ivoirien de la Justice et des Droits de l’homme, Jean Sansan Kambilé, Amnesty International a souligné que « L’action pacifique de Ghislain Duggary Assy consistant à appeler à la grève afin de réclamer, entre autres, la revalorisation de primes trimestrielles pour les enseignant·e·s, n’est pas un crime », et s’est dit « profondément préoccupée par le fait que l’arrestation et la détention de cet homme soient uniquement en lien avec l’exercice pacifique de ses droits à la liberté d’expression et d’association ».

Le 7 mai 2025, le procureur de la République a finalement accordé à Ghislain Dugarry Assy une liberté provisoire. À ce jour, il lui est toutefois interdit de quitter le territoire national et il doit se présenter chaque lundi au tribunal.

 

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