Très claire comme l’eau de roche. Au Bénin, nul pourra rebeloter après avoir passé 10 ans (consécutifs ou non) à la tête du pays. Et Patrice Talon de se recadrer : « Je vais passer la main, je rejette toute idée de 3e mandat au Bénin ». Cet article révisé (en 2019) et issu de la loi fondamentale de 1990, cloue au sol les ambitions « du magnat de l’agriculture ».
Au Bénin, la Constitution ne laisse aucun doute. Elle donne avec fermeté la note qu’« un président ne peut exercer plus de deux mandats dans sa vie ». Adoptée en 2019, cette nouvelle règle vise à empêcher tout cumul excessif du pouvoir à la tête du pays. Patrice Talon, chef de l’État depuis 2016, l’a réaffirmé à plusieurs reprises, en insistant sur son intention de ne pas briguer un troisième mandat et de « passer la main » en 2026.
La Constitution précise et le président en fonction s’exécute
Cette précision est venue renforcer la formulation antérieure qui ne parlait que d’un mandat renouvelable une fois. La nouvelle rédaction est sans ambiguïté et limite pour de bon le nombre de mandats présidentiels, qu’ils soient consécutifs ou non. En parallèle, le Parlement a adopté à l’unanimité une limitation des mandats législatifs à trois. Ce cadre légal semble enterrer définitivement toute velléité d’un troisième mandat.
Patrice Talon l’a répété sans détour disant qu’il n’avait aucune intention de se présenter en 2026. Lors de la cérémonie de clôture du dernier séminaire gouvernemental consacré à l’évaluation de la gouvernance locale, le président a tenu à exprimer sa sincérité, espérant que ses propos soient pris au sérieux.
« Je crois que je n’aurai plus l’occasion d’avoir une telle rencontre avant de passer la main », a-t-il déclaré. Athanase Talon évoque sa foi dans le potentiel du Bénin à se développer et à créer de la richesse avec une autre génération. Il souhaite « vivre un peu longtemps pour constater cela de ses propres yeux ». Ces mots sonnent comme un appel à la confiance et à la continuité dans la stabilité politique du pays.
Un contexte politique fait d’interrogations
Malgré les assurances répétées, chaque fin de mandat suscite des questions. En 2019, une modification constitutionnelle a laissé planer le doute : si cette réforme ne touchait pas officiellement à la limitation des mandats, certains y ont vu la possibilité de « remettre les compteurs à zéro ». Une interprétation qui pourrait ouvrir la porte à un nouveau mandat, mais qui reste bien observée.
Un citoyen a d’ailleurs saisi la Cour constitutionnelle sur ce point, espérant une clarification. La décision, rendue récemment, n’a pas tranché définitivement cette question. Pour l’heure, Patrice Talon boucle son deuxième mandat, censé être le dernier, en 2026. Le pays se prépare à cette transition avec attention, entre attentes et vigilance.
Le parcours d’un homme d’affaires devenu chef de l’État
Né en 1958 à Ouidah, dans l’ex-République du Dahomey, Patrice Talon s’est d’abord fait un nom dans le monde des affaires. Il a bâti sa fortune dans le secteur des intrants agricoles dès les années 1980, avant de s’imposer dans l’égrenage du coton dans les décennies suivantes.
Sa réussite économique l’avait placé au 15e rang des fortunes d’Afrique subsaharienne francophone selon le classement Forbes de 2015, avec un patrimoine estimé à 400 millions de dollars.
Son entrée en politique s’est faite par le soutien à Thomas Boni Yayi, président élu en 2006. Mais la relation s’est rapidement détériorée, notamment à cause de désaccords liés aux subventions agricoles et aux politiques douanières. Ces différends ont abouti à une crise majeure en 2012, marquée par l’exil de Patrice Talon à Paris, suite à des accusations d’empoisonnement envers le chef de l’État.
Talon a toujours nié ces allégations, qualifiées de « canular », avant d’être blanchi en 2013. De retour au pays, il a rapidement consolidé sa position politique pour finalement accéder à la présidence en avril 2016. Depuis, il conduit une politique axée sur la transformation économique et la gouvernance, tout en naviguant dans un paysage politique parfois agité.



