Des millions de dollars de stérilets et implants contraceptifs financés par les États-Unis, et initialement destinés à des femmes dans des pays à faible revenu, pourraient être prochainement incinérés en France. Un gaspillage, au nom de l’idéologie anti-avortement de l’administration Trump, dénoncé par les ONG et plusieurs gouvernements.
Des stocks de contraceptifs financés par l’État américain risquent de partir en fumée dans les jours à venir plutôt que d’être envoyés à des millions de femmes de pays défavorisés. Un porte-parole du département d’État américain a confirmé les informations du Guardian, indiquant qu’« une décision préliminaire avait été prise de détruire certains produits contraceptifs abortifs issus de contrats de l’USAID ».
Le 18 juillet, le quotidien britannique a révélé que ce stock, constitué principalement d’implants et de stérilets, mais aussi de pilules contraceptives, avait été acheté dans le cadre des programmes de l’USAID, l’agence américaine pour le développement international, dont les volets liés à la santé reproductive ont été gelés puis annulés depuis janvier 2025. Depuis, ce matériel est bloqué dans un entrepôt à Geel, près d’Anvers, en Belgique, et pourrait, selon plusieurs sources de presse, être incinéré en France par une entreprise spécialisée dans le traitement des déchets médicaux.
Coût de l’opération pour le contribuable américain : 167 000 dollars (soit plus de 140 000 euros). Le représentant du département d’État a précisé qu’« aucun médicament contre le VIH ni aucun préservatif ne serait détruit ».
Une décision qui suscite une vive indignation, alors que plus de 200 millions de femmes n’ont pas accès à la contraception dans le monde, selon l’ONU. « La décision du gouvernement américain […] est un acte délibérément irresponsable et préjudiciable envers les femmes et les filles du monde entier », a déclaré selon un communiqué Avril Benoît, directrice de MSF USA.
Conséquence de la politique de démantèlement de l’aide internationale, cette décision est aussi motivée par des choix idéologiques. En les qualifiant d’« abortifs », le département d’État reprend une rhétorique des mouvements anti-IVG américains, pour qui certains contraceptifs, comme les stérilets, relèveraient d’une forme d’avortement. Depuis janvier 2025, l’administration Trump interdit tout financement d’ONG qui, même indirectement, soutiennent ou promeuvent l’avortement.
Les offres des ONG rejetées
Les associations dénoncent un « gaspillage » d’autant plus flagrant que certains produits restent utilisables jusqu’en 2030. Le 25 juillet, le Planning familial français, avec la Fédération laïque de centres de Planning familial (FLCPF), la Fédération internationale pour la planification familiale (IPPF), la Planned parenthood federation of America (PPFA), Sensoa et Countdown 2030 Europe, a exhorté « l’administration américaine à mettre immédiatement fin à cette destruction insensée », dénonçant « un acte intentionnel de coercition reproductive ».
D’autant plus insensée que plusieurs ONG ont proposé des solutions concrètes pour redistribuer le matériel. En vain. L’IPPF a offert, selon son communiqué, de collecter les produits à Bruxelles, de les transporter et de les reconditionner dans son entrepôt aux Pays-Bas, puis de les acheminer vers les pays dans le besoin.
Contactée par RFI, MSI Reproductive Choices confirme également avoir proposé de prendre en charge « tous les coûts liés au transport et à la distribution et tout ce qui concernait le reconditionnement, en retirant les étoiles [du logo USAID]. Cela n’aurait rien coûté aux contribuables américains ni au gouvernement, mais ils ont décliné », explique Sarah Shaw, directrice de plaidoyer au sein de cette ONG britannique. « Il nous a été indiqué que le gouvernement américain ne vendrait les fournitures qu’à leur prix d’achat », précise-t-elle, déplorant une situation « sans précédent ». Elle estime que ce stock aurait permis de couvrir les besoins du Sénégal en contraception pendant trois ans.
L’agence des Nations unies pour la santé sexuelle et reproductive (UNFPA) a, elle aussi, sans plus de succès, proposé d’acheter les contraceptifs. « Cela me laisse penser que le problème n’est pas juridique, mais idéologique, affirme Sarah Shaw. Il s’agit d’un refus clair que ces contraceptifs soient distribués à des femmes dans le besoin. Parce que ce gouvernement américain ne reconnaît tout simplement pas leur droit à la contraception. »
Le ministère belge des Affaires étrangères a indiqué à l’AFP avoir « engagé des démarches diplomatiques auprès de l’ambassade des États-Unis à Bruxelles » et être en train d’ « explorer toutes les pistes possibles pour éviter la destruction de ces produits ». Aux États-Unis, des parlementaires ont introduit des projets de loi pour l’empêcher, mais ceux-ci ne devraient pas être adoptés à temps.
Flou sur le processus
Quand et où doit avoir lieu l’incinération ? « On ne sait toujours pas la date à laquelle va être fait le transfert de Belgique vers la France », a indiqué à RFI Danièle Gaudry, du collectif Avortement en Europe, les femmes décident, qui regroupe des associations et syndicats œuvrant pour l’accès à l’avortement et la liberté reproductive en Europe.
Concernant l’entreprise qui pourrait avoir la charge de détruire ce stock, plusieurs sources citent le nom de Veolia. Contactée par RFI, l’entreprise française indique que « Veolia a un contrat cadre avec Chemonics [le prestataire logistique de USAID, NDLR] », mais précise qu’il « concerne uniquement la gestion des produits périmés ». Ce qui n’est pas le cas des produits stockés en Belgique. « Le stock mentionné en Belgique ne fait pas partie de ce périmètre, et nous ne sommes pas responsables de sa gestion », précise son service de presse.
Même si elle est pessimiste sur l’issue de cette affaire, la représentante de l’ONG MSI Reproductive Choices espère que le gouvernement français refusera de recevoir la cargaison.
« La France a la responsabilité morale d’agir, un gouvernement qui inscrit fièrement le droit à l’avortement dans sa Constitution doit également œuvrer pour protéger la contraception et les droits des jeunes filles au-delà de ses frontières », souligne Sarah Durocher, la présidente du Planning familial dans le communiqué de l’IPPF.
Samedi 26 juillet, les Écologistes ont adressé une lettre ouverte à Emmanuel Macron lui demandant d’intervenir en urgence pour empêcher leur destruction. Au-delà du « gaspillage sanitaire et financier intolérable », écrivent-ils, cette décision constitue « aussi un affront aux principes fondamentaux de solidarité, de santé publique et de droits sexuels et reproductifs que la France s’est engagée à défendre ». Ils appellent le président français à ne pas « se rendre complice, même indirectement, de politiques rétrogrades, ni tolérer que des ressources médicales vitales soient détruites alors qu’elles pourraient sauver des vies, prévenir des grossesses non désirées, et contribuer à l’autonomie des femmes ». Pour l’heure, Paris n’a fait aucun commentaire sur le sujet.



