Face au mille et un problème de l’Afrique de l’Ouest, une seule solution se présente : se parler et agir ensemble. Est-ce possible d’avoir une coopération bilatérale sympathique entre la CEDEAO et l’AES afin de bâtir une Afrique de l’Ouest plus stable ? Le Conseil de sécurité des Nations Unies (CS-ONU) est optimiste sur la question et prône une collaboration renforcée entre la CEDEAO et le trio Sahélien pour répondre efficacement à la crise sécuritaire qui affecte la région.
Le Chef du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), Leonardo Santos Simão, a dressé un tableau synoptique de la montée en puissance des violences et insécurités, ce qui appelle à un engagement concerté entre ces deux instances régionales. M. Leonardo Santos Simão a évoqué une recrudescence des attaques terroristes depuis le début de l’année, avec notamment une intensification des agressions le 1er juillet dans l’ouest et le centre du Mali, que les observateurs qualifient d’ « escalade significative ».
Des soutiens çà et là en faveur de l’AES
Ces offensives s’ajoutent à des attaques meurtrières survenues en avril dans le nord du Bénin, ainsi qu’à une résurgence préoccupante de Boko Haram au Nigeria. Les méthodes des groupes armés se complexifient, et intégre désormais des technologies comme les drones, ce qui accroît les difficultés de riposte. Cette situation sécuritaire dégradée s’accompagne d’une crise humanitaire majeure : on estime à 12,6 millions le nombre de personnes menacées d’insécurité alimentaire aiguë durant la saison sèche. La République de Corée a souligné que le Sahel représente plus de la moitié des victimes terroristes recensées dans le monde en 2024.
Lors de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, Dmitri Tchoumakov, représentant adjoint de la Russie, a insisté sur l’importance d’un soutien international pour le Mali, le Burkina Faso et le Niger, membres de l’Alliance des États du Sahel (AES). Il a rappelé que ces pays sont en première ligne dans la lutte contre les groupes terroristes en Afrique de l’Ouest et qu’une stabilisation durable passe par une solidarité mondiale.
M. Tchoumakov a critiqué les ingérences étrangères jugées contre-productives et affirmé que seuls les Africains doivent décider des stratégies adaptées à leur contexte politique et économique. Il a aussi salué l’initiative du secrétaire général de l’ONU sur la question de la dette des pays sahéliens, qui tue leur capacité à financer la lutte contre les causes profondes du terrorisme. Selon lui, il est nécessaire de réformer les institutions financières internationales pour mieux répondre aux besoins du continent africain.
Coordonner efficacement avec toute la région
Face à ces défis communs, les États membres de l’AES (Burkina Faso, Mali et Niger) ont mis en place une force de défense conjointe et développé des structures partagées dans les domaines de la sécurité, de la diplomatie et du développement. La coopération entre la CEDEAO et l’AES a franchi des étapes notables ces derniers mois. Deux événements illustrent cette dynamique :
les premières consultations officielles de haut niveau à Bamako, en mai dernier, et l’intégration des pays de l’AES comme membres non affiliés au sein du Groupe Intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA) de la CEDEAO en juillet.
Le chef de l’UNOWAS a également rappelé la création prochaine d’une cellule commune d’analyse et de fusion des renseignements terroristes encadrée par la plateforme de coordination antiterroriste UA-CEDEAO. Cette initiative vise à optimiser le partage d’informations et la coordination des actions militaires et diplomatiques[1].
Le dialogue politique inclusif et l’intégration des femmes
Le Conseil de sécurité a mis en exergue les enjeux politiques et sociaux liés aux transitions en cours dans plusieurs pays de la région. Alors que certains États prolongent leurs processus de transition sans calendrier définitif pour le retour à l’ordre constitutionnel, la confiance des populations s’effrite, a averti la République de Corée. La nécessité de garantir des élections crédibles et pacifiques est soulignée, notamment au Sénégal, en Guinée et au Ghana où des initiatives de dialogue exemplaires sont en cours.
Sur la question des droits des femmes, la Directrice exécutive d’ONU-Femmes a alerté sur la détérioration alarmante des conditions de vie des filles et femmes, avec des milliers de déscolarisation, une montée des enlèvements et des mariages précoces dans plusieurs pays comme le Burkina Faso, le Niger et le Mali. Elle a ainsi appelé à consacrer au moins 15% des financements dédiés à la prévention de l’extrémisme violent à l’égalité des sexes et à l’intégration pleine et sécurisée des femmes dans les processus gouvernementaux et sécuritaires.
Ce point a été appuyé par les intervenants du West Africa Network for Peacebuilding (WANEP) qui ont insisté sur le déficit d’appropriation communautaire des programmes dédiés aux femmes, freinant leur impact sur le terrain. Plusieurs délégations, dont celles du Danemark et de la République de Corée, ont réclamé une implication plus forte des femmes dans la vie sociale et politique régionale[1].
La multiplicité de positions face aux enjeux géopolitiques
Les débats devant le Conseil ont également mis en lumière des positions diverses sur la question sahélienne. La Fédération de Russie a insisté sur l’importance du soutien international aux États du Sahel, tout en soulignant que leurs stratégies de sécurité doivent relever des propres décisions africaines. Elle a aussi justifié la rupture des relations entre ces pays et Kiev, accusant l’Ukraine de soutenir des groupes terroristes.
De leur côté, la France et les États-Unis ont plaidé pour un renforcement du dialogue et de la coopération régionale dans le respect de l’état de droit, tout en dénonçant les affaiblissements des institutions sous-régionales. Plusieurs délégations occidentales ont souligné l’enjeu crucial que représente l’unité entre la CEDEAO et l’AES pour limiter une éventuelle fragmentation et bâtir une réponse coordonnée à la menace terroriste.
Ainsi, l’Afrique de l’Ouest et le Sahel se trouvent à une étape où la concertation entre acteurs régionaux est perçue comme un passage obligé pour endiguer l’insécurité et construire une paix durable. Le renforcement des liens entre la CEDEAO et l’AES, à travers des mécanismes de coopération militaire mais aussi diplomatique, économique et sociale, apparaît comme la clé pour tenter de stabiliser une zone marquée par des tensions multiples et un contexte humanitaire critique.


