Des manifestations anticorruption, sévèrement réprimées par la police et les soutiens du régime du président Aleksandar Vučić, ont lieu presque tous les soirs depuis cinq jours en Serbie. Ces protestations s’inscrivent dans le mouvement étudiant contre la corruption, entamé en novembre 2024 lorsque l’effondrement du toit d’une gare avait causé la mort de seize personnes.
Dans la seule journée du 18 août, quatre manifestations distinctes ont eu lieu à Belgrade, mais aussi des protestations dans treize autres villes. Dans les cortèges figurent des citoyens ordinaires, excédés par la corruption des politiciens au pouvoir et par un président, Aleksandar Vučić, qui fait la sourde oreille face à leurs revendications, les accuse de « terrorisme », de tentative d’assassinat ou de vouloir le renverser suivant les ordres d’une puissance étrangère jamais nommée. Lundi soir, les unités anti-émeutes de la police sont intervenues à Belgrade et ont arrêté des manifestants, mais aussi des passants au hasard. Dans la plupart des cas, ces personnes sont libérées quelques heures plus tard et la soirée se déroule avec calme.
La semaine dernière, des groupes de partisans du président, masqués et armés de gourdins et d’engins pyrotechniques, s’étaient attaqués aux manifestants sous les yeux d’une police complice. L’événement a fait des dizaines de blessés, notamment à Novi Sad, la deuxième ville du pays.
Les manifestants cherchent avant tout à éviter la confrontation, mais il y a eu des cas où ils ont empêché la police d’arrêter certains des leurs. Si on en croit les autorités, il y a aussi eu des policiers blessés. Enfin, des groupes de manifestants masqués ont saccagé quatre permanences du parti du président.
Les manifestants réclament des élections anticipées
De novembre jusqu’au 28 juin, les manifestations étaient organisées par les étudiants qui réclamaient toute la vérité sur l’effondrement mortel de la gare de Novi Sad et que les institutions, notamment la justice, fassent leur travail. Mais devant l’absence de réaction des autorités, ils en sont venus à exiger des élections anticipées, ce qui a entraîné, fin juin, les premières violences policières. Depuis, les manifestants exigent toujours ces élections anticipées et dans les cortèges comme dans les rares médias indépendants, tous perçoivent le mouvement actuel comme une lutte pour la fin de l’ère Vučić, au pouvoir depuis 13 ans.
La Serbie est officiellement candidate à l’entrée dans l’Union européenne (UE). Face à cette situation, les réactions européennes, qui sont longtemps restées inaudibles, se sont durcies avec la mise en place de la répression des manifestations par le régime, même si elles restent très mesurées. L’ambassadeur de l’UE en Serbie a ainsi appelé les parties au dialogue à s’abstenir de toute déclaration incendiaire. Il demande aussi à la police d’agir conformément au droit des personnes et s’inquiète des violences contre les journalistes. Moins diplomate, le chancelier autrichien, qui visitait Belgrade la semaine dernière, aurait formellement mis en garde le président Vučić contre la tentation de déclarer l’état d’urgence ou de déployer l’armée dans les rues.



