Le marché porcin européen fait à une nouvelle épreuve Chinoise. Le vendredi 5 septembre 2025, Pékin a annoncé l’instauration des droits de douane provisoires pouvant atteindre 62,4% sur les importations de porc européen, une mesure destinée à répondre, selon l’autorité chinoise, à une pratique de dumping ayant causé un préjudice à ses producteurs nationaux.
Le marché européen du porc a les ailes flagellées après cette décision de la Chine qui ouvre des tensions commerciales plus corsées entre les 02 grandes puissances, notamment autour des véhicules électriques chinois taxés par Bruxelles. La Chine n’aura fait que de la réciprocité commerciale.
Enquête et taxation: Le bras de fer commercial prolongé
L’enquête antidumping ouverte en juin 2024 par le ministère du Commerce chinois ciblait alors toute une gamme de produits porcin, allant des morceaux frais ou congelés aux abats comme oreilles, nez et pieds de porc, très prisés sur le marché chinois. Ce recours réglementaire faisait suite à l’application par l’Union européenne de droits de douane sur les véhicules électriques fabriqués en Chine, accusés de bénéficier de subventions déloyales et de menacer la production européenne.
Elles s’échelonnent entre 15,6% et 62,4% selon les entreprises concernées. Parmi les plus durement frappées figurent les géants européens tels que l’espagnole Litera Meat, la néerlandaise Vion et la danoise Danish Crown.
Au terme d’une procédure qui peut durer jusqu’à un an, prolongée de six mois, Pékin a décidé de mettre en place dès le 10 septembre ces taxes provisoires. La majorité des autres exportateurs européens subira une taxation à hauteur de 20%, tandis que les entreprises n’ayant pas effectué les déclarations nécessaires risquent une taxe discrétionnaire plus élevée. Pour le secteur français, la situation soulève des inquiétudes croissantes quant aux conséquences économiques à moyen terme.
Un coup dur pour les filières européennes
La filière porcine européenne, qui exporte vers la Chine principalement des abats moins consommés sur le continent, dépend beaucoup de ce débouché stratégique. La Chine était en 2020 le premier acheteur de viande porcine européenne, avec des exportations atteignant 7,9 milliards de dollars, portées par une rupture d’approvisionnement liée à la peste porcine africaine. Mais depuis, la demande chinoise a chuté, retrouvant en 2023 un niveau plus bas, autour de 2,6 milliards de dollars, l’Espagne concentrant près de la moitié des exportations.
Cette escalade tarifaire intervient alors que le secteur européen fait face à une conjoncture complexe, avec des risques sérieux pour les prix et la compétitivité. Anne Richard, directrice générale d’Inaporc, organisation porteuse des intérêts des producteurs français, a qualifié la mesure d’« inquiétante », appelant à la vigilance et à la mobilisation des acteurs européens. Bruxelles a rapidement réagi, contestant la validité des accusations chinoises et qualifiant l’enquête d’« insuffisamment étayée par des preuves fiables ». La Commission européenne a annoncé qu’elle prendrait toutes les mesures nécessaires pour défendre les intérêts de ses producteurs.
Un contexte géopolitique et économique plus large
Ce différend est dans la vaste de montée du protectionnisme et de rivalités économiques. En mai 2024, les États-Unis avaient multiplié par quatre leurs droits de douane sur les véhicules électriques chinois, atteignant un plafond à 100%. Face à ces pressions, la Chine a essayé de négocier un système d’engagements sur les prix avec l’Europe, mais les discussions sont aujourd’hui au point mort. Parallèlement, Pékin continue d’affirmer ses ambitions dans les technologies vertes, désignant l’industrie des véhicules électriques comme stratégique il y a déjà une décennie. La réduction de la demande interne l’incite aujourd’hui à s’appuyer moins sur le marché domestique et davantage sur les exportations, alimentant ainsi les tensions commerciales avec ses grands partenaires.
Cette rivalité commerciale ne se limite pas au secteur automobile ou à l’agroalimentaire, mais touche également des produits traditionnels comme les spiritueux européens, dont certains comme le cognac ont été temporairement visés par des mesures antidumping chinoises. La décision chinoise d’imposer des droits de douane provisoires sur le porc européen reflète un climat de concurrence exacerbée entre la Chine et l’Union européenne. Elle attise les enjeux géopolitiques et économiques plus larges dans lesquels s’incrustent les différends, avec des répercussions attendues sur le paysage industriel et commercial des deux continents.



