
La révolution pédagogique ou l’Alphabet des 10 Symboles. Le défi était de taille : comment alphabétiser rapidement des adultes, dont la journée est déjà surchargée, qui n’ont souvent aucune base scolaire et pour qui les méthodes traditionnelles, basées sur la mémorisation de 26 lettres, peuvent sembler rébarbatives et lentes ? La réponse est venue sous la forme d’un alphabet révolutionnaire, simple, intuitif et mémotechnique. Le silence par l’Alphabet a été brisé avec ces merveilles de l’UNESCO Côte d’Ivoire afin de ramener la femme dans la lumière du monde.
Un nouveau langage que les femmes apprennent pour lire en 15 jours les messages de leur mari. Un langage codé qui permet à la femme d’apprendre à lire et faire l’université libre.
Des gribouillis, un phénomène contraire au français. Un alphabet pour femmes âgées et jeunes filles. Contraire au syllirique, au chinois, au braille et proche du code morse, l’UNICEF donne un nouvel espoir de ré-alphabétisation à travers une éducation de type fonctionnel. Un alphabet de 10 lettres pour déchiffrer et apprendre à lire et à parler en peu de temps. Un alphabet composé de figures semi-géométriques : traits horizontaux et verticaux, des demi-cercles et cercle, et d’autres formes.
Quand l’innovation pédagogique libère la parole et le potentiel des femmes en Côte d’Ivoire
Dans le paysage dynamique et complexe de la Côte d’Ivoire, où l’économie informelle est largement portée par les femmes, une révolution silencieuse est en marche. Elle ne se mesure pas aux slogans politiques ou aux manifestations, mais à la pointe d’un stylet numérique, sur l’écran d’un smartphone, dans l’effort concentré d’une femme qui, pour la première fois, déchiffre un message. Cette révolution a pour nom le « Projet d’Alphabétisation Fonctionnelle des Commerçantes par les Technologies de l’Information et de la Communication », une initiative conjointe de l’UNESCO et de Nestlé Côte d’Ivoire.
Son cœur battant est une innovation pédagogique aussi simple que géniale : un alphabet codé, composé de seulement dix symboles géométriques, qui promet en quelques semaines seulement d’ouvrir les portes de l’écrit à celles qui en ont été exclues toute leur vie. Surnommé affectueusement « l’alphabet des mamies », ce système n’est pas qu’une méthode d’apprentissage ; c’est un véritable langage de l’émancipation, un outil conçu pour que les femmes puissent, en quinze jours, lire les messages de leur mari, gérer leur commerce avec une assurance nouvelle et retrouver une place de choix dans la lumière du monde.
Ce récit explore les multiples facettes de ce projet extraordinaire, depuis sa genèse et ses fondements pédagogiques novateurs jusqu’aux témoignages poignants de ses bénéficiaires. Il retrace le parcours de ces commerçantes des marchés d’Abidjan et de l’intérieur du pays, qui, d’« aveugles » qu’elles étaient, apprennent à « voir ». Au-delà de l’anecdote, c’est une réflexion sur les défis de l’alphabétisation des adultes, la puissance des partenariats public-privé et la transformation profonde que l’accès au savoir peut opérer dans la vie d’une femme, de sa famille et de sa communauté.
L’Analphabétisme, une double peine pour les femmes commerçantes
En Côte d’Ivoire, comme dans de nombreux pays en développement, le taux d’alphabétisation des femmes reste inférieur à celui des hommes, en particulier dans les générations plus âgées. Les aléas de l’histoire, la pauvreté et les priorités familiales ont souvent relégué l’éducation des filles au second plan. Pourtant, ces mêmes femmes sont les piliers de l’économie familiale. On les trouve en première ligne dans les marchés, commerçantes infatigables de produits de première nécessité, dont les fameux bouillons cube Maggi de Nestlé. Leur énergie est vitale, mais leur illettrisme constitue un frein majeur à leur autonomisation.
Pour une commerçante analphabète, chaque journée est une course d’obstacles. La gestion des stocks devient un exercice de mémoire périlleux. La lecture d’un bon de commande, d’une facture ou d’une date de péremption est impossible.
Compter la monnaie rapidement et exactement face à un client pressé peut être source de stress et d’erreurs coûteuses. L’accès au crédit formel est barré, faute de pouvoir remplir un formulaire de demande. L’univers numérique, avec ses applications de messagerie et de mobile banking, reste un territoire étranger et intimidant. Sur le plan personnel, l’incapacité à déchiffrer un SMS de son mari ou à suivre le cahier de correspondance de ses enfants à l’école engendre un sentiment de dépendance et de frustration. « Ça me faisait mal », confie l’une d’elles, évoquant le fossé qui se creusait entre elle et le monde lettré.
La prise de conscience et l’émergence d’un partenariat viable
C’est face à ce constat que l’UNESCO, dont la mission fondamentale est de bâtir la paix à travers l’éducation, et Nestlé, dont l’implication dans les communautés où elle opère est un pilier de sa stratégie de « création de valeur partagée », ont trouvé un terrain d’entente. Pour Nestlé, dont les produits sont vendus par des milliers de ces commerçantes, leur autonomisation n’est pas seulement un acte de responsabilité sociale ; c’est un investissement dans la résilience de sa chaîne de valeur. Une vendeuse mieux formée est une entrepreneuse plus prospère.
Pour l’UNESCO, il s’agissait de traduire ses engagements internationaux en actions concrètes, en concevant un programme d’alphabétisation « fonctionnelle », c’est-à-dire directement ancré dans les besoins pratiques et les réalités socio-économiques des bénéficiaires.
Le partenariat, formalisé dès 2016-2017, s’est construit sur une complémentarité précieuse : l’expertise pédagogique et la légitimité institutionnelle de l’UNESCO, associées à la connaissance du terrain, la logistique et le financement de Nestlé. Ce modèle « gagnant-gagnant » allait se révéler être la clé de voûte de la pérennité du projet.
Les fondements de la simplicité d’un alphabet
L’idée maîtresse était de réduire la complexité. Au lieu des 26 lettres de l’alphabet latin, le système repose sur seulement 10 symboles géométriques élémentaires : des traits horizontaux, des traits verticaux, des demi-cercles, des cercles complets et des points. Chaque symbole est associé à un concept concret, familier du quotidien des femmes, leur donnant une signification immédiate et facile à retenir. Ainsi, le langage codé naît :
-Un trait vertical représente « l’enfant bien éduqué ».
-Un trait horizontal symbolise « le patrimoine bien géré ».
-Un trait incliné vers la droite évoque « la femme qui consulte son mari ».
-Un trait incliné vers la gauche figure « l’homme qui soutient sa femme ».
-Un point s’identifie à « l’argent gagné ».
Cette association symbole-concept est la première étape. La magie opère lorsque ces symboles sont combinés pour former les lettres de l’alphabet traditionnel et les chiffres. Par exemple, pour écrire la lettre « L » en majuscule, l’apprenante combine « l’enfant bien éduqué » (trait vertical) et « le patrimoine bien géré » (trait horizontal à la base). Le chiffre « 5 » s’écrit avec une séquence spécifique de ces mêmes symboles. En maîtrisant seulement dix formes de base, la femme acquiert la capacité d’écrire n’importe quelle lettre ou chiffre. Cette approche est présentée comme contraire aux systèmes syllabiques complexes ou aux milliers de caractères chinois, et se rapproche davantage de la logique d’un code morse, où une combinaison limitée de signes permet une infinité de messages.


