Le président américain Donald Trump a intensifié, lundi 6 octobre, la pression sur l’État de l’Illinois et la ville de Chicago en évoquant un possible recours à l’état d’urgence pour surmonter l’opposition des autorités locales et des décisions de justice contre le déploiement de la Garde nationale.
L’Illinois et Chicago, la principale ville de cet État du nord du pays, ont saisi lundi la justice pour bloquer le déploiement par l’administration Trump des militaires de la Garde nationale dans ce qu’elle décrit comme une « zone de guerre ». La juge fédérale en charge du dossier ne s’est pas prononcée dans l’immédiat, mais a fixé une audience à jeudi. Un déploiement similaire à Portland (ouest), autre ville dirigée par les démocrates, a été provisoirement bloqué ce week-end par la justice.
Donald Trump a agité la possibilité d’invoquer l’Insurrection Act, compilation de lois des XVIIIe et XIXe siècles. Celui-ci permet de proclamer un état d’urgence autorisant l’usage des forces armées contre des citoyens américains, interdit en principe. « Si je devais l’invoquer, je le ferais. Si des gens étaient tués et que les tribunaux nous en empêchaient ou que des gouverneurs ou des maires nous en empêchaient, bien sûr que je le ferais », a-t-il dit aux journalistes à la Maison Blanche.
Trump appelle à mettre en prison des élus démocrates
Le gouverneur démocrate de l’Illinois, JB Pritzker, a accusé l’administration Trump de « suivre un manuel : provoquer le chaos, créer la peur et la confusion, faire croire que des manifestants pacifiques sont des émeutiers en leur tirant dessus à coups de gaz lacrymogènes ». Le but est de « créer un prétexte pour invoquer l’Insurrection Act afin de pouvoir envoyer l’armée dans notre ville », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse, assurant qu’il n’y avait « aucune insurrection » à Chicago justifiant l’envoi de la troupe.
« Le maire de Chicago (Brandon Johnson) devrait être en prison pour ne pas avoir protégé les agents de ICE ! Le gouverneur (de l’Illinois JB) Pritzker également ! », a écrit Donald Trump mercredi sur sa plateforme Truth Social, dernière attaque en date contre ses opposants.
Quartiers fantômes
Si la Garde nationale est finalement déployée, elle aura, d’après la Maison Blanche, pour mission d’assurer la sécurité des policiers de l’agence ICE, chargée des opérations coups de poing contre l’immigration clandestine. Ces agents masqués, à bord de véhicules civils, traquent les sans-papiers depuis des semaines et qui terrorisent les quartiers immigrés de Chicago à forte population latino-américaine où la vie s’est arrêtée, rapporte notre envoyé spécial à Chicago, Vincent Souriau.
Les rues sont vides, les voitures garées bien comme il faut le long des trottoirs et les rares habitants qui acceptent de parler se tiennent le plus loin possible, comme cette dame qui se dépêche de rentrer chez elle. « C’est devenu un quartier fantôme. Les gens ont peur, c’est pour ça qu’ils ne sortent pas », explique-t-elle.
« Pourquoi ils ne s’en prennent pas plutôt aux voyous ? »
Il y a deux jours, des agents d’ICE ont été repérés sur le parking d’un centre commercial, à quelques pâtés de maisons. Mais ça va aller, souffle ce mécanicien, il faut juste continuer de vivre et faire profil bas. « Si je sais où ils sont, je ne vais pas passer par là, c’est tout. La majorité des latinos à Chicago, personne n’a de papiers. Tous mes amis, ils vont au boulot, ils reviennent et ils s’enferment chez eux. Ils bossent sur des chantiers, dans des magasins, partout, raconte-t-il. Mais pourquoi ils ne s’en prennent pas plutôt aux voyous ? Ce sont eux qu’ils devraient arrêter au lieu de venir chercher les jardiniers ou les ouvriers du bâtiment. Ce sont des gens bien. Ce n’est pas eux qu’il faudrait traquer ».
Au bout de sa ruelle, des ONG ont placardé des affiches. Un mode d’emploi en anglais et en espagnol qui explique que faire en cas d’arrestation.



