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Blocus du cabinet de Gbagbo : tout sur ce qui s’est passé

À dix jours de la présidentielle, un important dispositif sécuritaire entourait le cabinet de Laurent Gbagbo à Abidjan, provoquant des tensions, une mobilisation militante et des accusations d’intimidation politique du PPA-CI.

Dans le calme apparent du secteur ouvrant le cabinet de Laurent Gbagbo, cet après-midi du mercredi 15 octobre, quelque chose d’habituel porte l’attention. Des véhicules de la gendarmerie et de la police sont stationnés à plusieurs points stratégiques, formant un dispositif visible et organisé. En tout, six cargos et cinq pickups, selon le décompte de notre journaliste sur place. Un cargo trône à l’entrée principale, tandis que les autres sont alignés devant le 30e arrondissement de police, situé en face, à environ cent mètres du portail principal. Peu à peu, l’atmosphère devient électrique.

Un secteur bloqué

Ce déploiement intervient alors que l’ancien chef d’État a convoqué une réunion élargie du Conseil stratégique et politique (CSP) de son parti, le Parti des Peuples Africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI). Dans un contexte politique tendu, à dix jours de l’élection présidentielle du 25 octobre, la présence des forces de l’ordre suscite de nombreuses interrogations. Depuis plusieurs jours, des manifestations spontanées du PPA-CI et du PDCI, réunies au sein du Front commun, agitent Abidjan et plusieurs villes du pays. Ces mouvements dénoncent ce qu’ils qualifient de « quatrième mandat illégal » du président Alassane Ouattara, ainsi que l’exclusion de plusieurs dirigeants de l’opposition du processus électoral.

Très vite, les membres du CSP présents sur les lieux comprennent que le dispositif n’est pas anodin. La seule sortie du secteur est bloquée, et plusieurs cadres du parti se retrouvent dans l’impossibilité de quitter le périmètre. L’information du blocus se diffuse rapidement sur les réseaux sociaux et dans les groupes de militants. En moins d’une heure, des dizaines de jeunes, de femmes et de sympathisants aisés vers le site.

«Quand on a appris que les forces de l’ordre encerclaient le cabinet du président, on n’a pas réfléchi, on est venus soutenir nos responsables», confie Éric K., un militant visiblement ému, portant un tee-shirt à l’effigie de Gbagbo.

Dans une scène d’une rare intensité, les cadres du PPA-CI décident de marcher pacifiquement jusqu’à la sortie, accompagnés de cette foule mobilisée à la haine. Cris de soutien, chants militants et appels au calme se mêlent à la tension palpable. « On ne veut pas de bagarre, on veut juste la liberté de se réunir », lance Kader, un jeune militant, tout en filmant la scène avec son téléphone portable.

Un bouclier humain

Arrivés à la sortie, les manifestants se retrouvent face au dispositif de sécurité. Dans un mouvement spontané, les jeunes forment un bouclier humain pour protéger les cadres du parti. “On s’est mis devant pour éviter que nos dirigeants soient arrêtés. Ils ont juste tenu leur réunion, ce n’est pas un crime”, explique Aïssata, une sympathisante du PPA-CI.

Grâce à cette mobilisation, les cadres du parti ont pu monter dans leurs véhicules et quitter les lieux sans incident majeur, avant que le cortège du président Laurent Gbagbo ne quitte à son tour le secteur. Aucun affrontement ni interpellation n’a été signalé sur place.

Ni la gendarmerie ni le ministère de l’Intérieur n’ont pour l’instant communiqué sur les raisons de cette déploiement. Mais pour le PPA-CI, il s’agit d’un « acte d’intimidation » à l’approche du contrôle présidentiel. Dans une déclaration à la presse, le parti a déclaré un « blocus injustifié » et affirmé déplorer « deux morts, dont un bébé », qu’il attribue à la « répression » des récentes marches du Front commun formé avec le PDCI.

Selon plusieurs sources proches de l’opposition, plus de 200 arrestations ont eu lieu ces derniers jours dans tout le pays, parmi lesquelles des militants et des cadres de l’opposition. À dix jours du scrutin présidentiel, la tension ne retombe pas. Le blocus du cabinet de Laurent Gbagbo est devenu, pour beaucoup, le symbole d’un climat politique sous haute pression.

 

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