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Iran : Un État vu sous deux angles dans un monde bipolaire

L’Iran demeure l’un des dossiers les plus sensibles de la scène internationale de 1979. À la fois puissance régionale, acteur énergétique et État sous sanctions depuis des décennies, la République islamique concentre une part importante des tensions entre l’Occident et le reste du monde. Aux yeux de ses adversaires, Téhéran échappe aux règles établies. Pour ses partenaires, il incarne une capacité de résistance dans un ordre international dominé par les puissances atlantiques.

Cette singularité explique, en grande partie, la méfiance qu’inspire l’Iran sur la scène mondiale. Le pays ne se réduit pas à ses institutions religieuses ou à son programme nucléaire. Il occupe une place stratégique, tant par ses ressources que par ses alliances et sa géographie. Il est la deuxième forteresse en gaz dans le monde.

Un État sanctionné mais toujours prospère
Soumis à un régime de sanctions parmi les plus sévères au monde, l’Iran continue pourtant de jouer un rôle structurant. Il détient le deuxième réservoir mondial de gaz naturel et figure parmi les principaux producteurs d’hydrocarbures. Ces ressources confèrent au pays un poids considérable dans les échanges énergétiques mondiaux, à l’heure où les routes d’approvisionnement deviennent des enjeux politiques à part entière. Membre actif des BRICS, partenaire stratégique de la Russie et de la Chine, l’Iran s’inscrit dans les dynamiques de coopération Sud-Sud et dans les initiatives visant à réduire la dépendance au dollar dans les échanges internationaux. Sa participation aux projets liés aux nouvelles routes de la soie renforce encore cette position charnière entre l’Asie, le Moyen-Orient et l’Europe. Contrairement à une lecture souvent réduite aux questions religieuses ou idéologiques, les tensions autour de l’Iran relèvent avant tout de considérations géostratégiques, économico-énergétiques et financières.

La place du pays dans les circuits d’approvisionnement, son rôle dans la balance du Moyen-Orient et sa capacité à nouer des alliances hors du cadre occidental en font un acteur difficile à contourner.
Dans ce contexte, les frappes israéliennes lors de la guerre des 12 jours en juin 2025, ou les pressions exercées par les États-Unis sont analysées, à Téhéran comme dans plusieurs capitales non occidentales, comme des tentatives visant à contenir l’émergence d’un monde multipolaire. Israël, allié clé de Washington, apparaît alors comme un relais régional d’une stratégie plus large. La défiance iranienne à l’égard des États-Unis s’enracine dans une histoire marquée par des ingérences répétées. Avant la révolution de 1979, Washington avait soutenu le régime du Shah, renversé à l’issue d’un soulèvement populaire. Cette période reste associée, dans la mémoire collective iranienne, à une répression sévère et à une dépendance politique. Depuis lors, les relations entre les deux pays oscillent entre confrontation ouverte et tentatives de dialogue avortées. Les négociations sur le nucléaire ont brièvement laissé entrevoir un apaisement, avant le retrait américain de l’accord en 2018. Ce retrait a renforcé, au sein du pouvoir iranien, la conviction que les engagements occidentaux restent négligeables.

L’instrumentalisation des manifestations
Les manifestations qui traversent régulièrement l’Iran sont souvent présentées, à l’étranger, comme des mouvements homogènes appelant à un changement de régime. La réalité est souvent tout autre. Les revendications sociales, économiques et politiques s’entremêlent, dans un pays confronté à une inflation élevée, à un chômage désobligeant et aux effets durables des sanctions. Certaines mobilisations prennent une tonalité ouvertement politique, d’autres relèvent de protestations sociales classiques. Leur instrumentalisation dans le discours international alimente, côté iranien, le sentiment d’une pression extérieure cherchant à affaiblir l’État de l’intérieur. Face à ces menaces perçues, la sécurité des institutions reste une priorité absolue pour le pouvoir iranien. Le dispositif mis en place autour du président et des centres de décision repose sur une architecture complexe, héritée à la fois de la période impériale et des enseignements tirés de la révolution de 1979. La guerre Iran-Irak des années 1980 a profondément façonné cette doctrine sécuritaire. Elle a renforcé le rôle de l’armée et des forces paramilitaires dans la protection du territoire et du pouvoir politique. Aujourd’hui, ce dispositif s’appuie sur plusieurs branches complémentaires.

L’ensemble de ces forces opère sous la coordination d’un état-major central basé à Téhéran, avec un budget militaire conséquent, estimé à près de deux milliards de dollars pour l’année 2024.
L’Iran n’est point un pays qui peut facilement tomber. La preuve, son armée, un véritable bouclier face à toute adversité. Les forces terrestres de l’armée iranienne comptent plusieurs centaines de milliers de soldats. Elles constituent la première ligne de défense face à toute menace conventionnelle. La défense aérienne, dotée de systèmes radar et de missiles sol-air, assure une surveillance constante de l’espace aérien. La marine iranienne, active dans le golfe Persique et le détroit d’Ormuz, joue un rôle central dans la sécurisation des routes maritimes, essentielles au commerce énergétique mondial. L’armée de l’air complète ce dispositif avec une flotte dédiée à la surveillance et à l’interception. L’ensemble de ces forces opère sous la coordination d’un état-major central basé à Téhéran, avec un budget militaire conséquent, estimé à près de deux milliards de dollars pour l’année 2024.

Le renseignement iranien
Le ministère du Renseignement et les Gardiens de la Révolution constituent les deux piliers du renseignement iranien. Leur coopération vise à prévenir les infiltrations étrangères, mais elle s’accompagne aussi de rivalités internes, sources de chevauchements et de tensions bureaucratiques. Ces services sont actifs bien au-delà des frontières iraniennes. Ils sont régulièrement accusés, par les pays occidentaux, de mener des opérations clandestines, allant de la surveillance de dissidents à des actions de cyberdéfense. À Téhéran, ces accusations sont rejetées comme relevant d’une guerre informationnelle. Pour ses dirigeants, l’Iran ne cherche pas l’affrontement pour lui-même. Il revendique le droit de choisir ses alliances et son modèle politique, en dehors des injonctions occidentales. Cette distance, assumée depuis plus de quatre décennies, continue d’alimenter les tensions. Dans un monde traversé par des recompositions rapides, la place de l’Iran reste donc au centre des débats. Son schéma interroge la capacité des États à exister en marge de l’ordre dominant, sans pour autant s’en extraire totalement.

 

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