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Côte d’Ivoire: Le Port d’Abidjan modernise la baie de Vridi-Bietry


Depuis 2013, le Port d’Abidjan modernise la baie de Vridi-Bietry pour gagner en espace et compétitivité, mais le projet suscite critiques et polémiques sur les réseaux sociaux.

À Abidjan, la baie de Vridi-Bietry est devenue, ces derniers mois, bien plus qu’un simple espace lagunaire. Elle cristallise une controverse vive sur les réseaux sociaux, où cyberactivistes et lanceurs d’alerte dénoncent un projet de remblai présenté comme opaque, voire illégal. Du côté du Port autonome d’Abidjan, on parle plutôt d’un chantier stratégique, mûrement réfléchi, inscrit dans une vision de long terme pour maintenir la place portuaire ivoirienne dans la course régionale.

Une concurrence rude
Depuis 2013, le Port d’Abidjan s’est engagé dans une vaste dynamique de modernisation et d’extension. Objectif affiché : faire de la principale plateforme maritime ivoirienne « le hub de référence sur la façade atlantique africaine », dans un contexte de forte croissance économique et d’intensification des échanges commerciaux. « Un port qui n’évolue pas est un port qui recule », résume une source proche de l’Autorité portuaire. « La Côte d’Ivoire ne peut pas se permettre de perdre du terrain face à ses voisins. »

La concurrence est en effet rude le long du littoral ouest-africain. Lomé, au Togo, a enregistré ces dernières années l’une des progressions les plus spectaculaires de la région. Tema, au Ghana, a investi massivement dans l’extension de ses terminaux. Dakar, Cotonou ou encore Conakry ont, eux aussi, lancé des projets d’agrandissement pour rester dans le jeu. « Tout le monde veut être le hub régional », explique un cadre portuaire. « Si Abidjan était resté immobile, le déclassement était inévitable. »

“On peut débattre, poser des questions, mais diffamer n’aide personne.”
C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet de remblai de la baie de Vridi-Bietry. Au total, 181 hectares de terrains portuaires sont concernés, dont une première phase de 45 hectares, à proximité du quartier Zimbabwe. Ces nouvelles surfaces doivent accueillir des zones industrielles et logistiques, afin de mieux organiser l’espace portuaire et de répondre à une pression devenue critique : le manque de foncier.

La congestion des quais est au cœur du problème. Elle se traduit par des temps de transit élevés, des navires qui attendent, des marchandises qui stagnent. « Quand le port est engorgé, ce sont les importateurs, les exportateurs, et au final les consommateurs qui paient la facture », souligne un spécialiste de la chaîne logistique. « Le temps de transit dépend autant de l’organisation physique du port que de l’efficacité des services. Le remblai vise aussi à corriger ces goulots d’étranglement. »

« Des agendas cachés »
Sur le plan juridique et environnemental, les autorités portuaires se veulent catégoriques. Contrairement aux accusations relayées en ligne, le projet n’est pas illégal, affirment-elles. Une étude d’impact environnemental et social a été réalisée et validée par le ministère de l’Environnement, de la Salubrité urbaine et du Développement durable, par un arrêté datant de mai 2015. « On ne peut pas parler de projet clandestin », insiste une source technique. « Il y a eu des études, des autorisations, et un cadre réglementaire clair. »

Les résultats, eux, sont mis en avant comme tangibles : la capacité du Port d’Abidjan a plus que doublé en une décennie, pour atteindre environ trois millions de conteneurs par an. Son trafic a franchi les 40 millions de tonnes en 2024. Une performance que les autorités attribuent à une série de réformes structurelles et de grands projets d’infrastructures, dont le remblai fait partie.

Reste la tempête sur les réseaux sociaux, où les critiques prennent parfois un ton personnel. Certaines publications visent directement des responsables portuaires, anciens ou actuels, notamment le Directeur Général reconnu pour son esprit managérial très pointu et l’ex-directeur du Domaine et du Patrimoine, Touré Zoumana. « Ce sont des attaques gratuites, qui ne défendent pas l’intérêt public », estime un membre de la communauté portuaire. « Le port est le poumon économique du pays. On peut débattre, poser des questions, mais diffamer n’aide personne. »

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En interne, plusieurs sources évoquent aussi des règlements de comptes déguisés. « Derrière certains discours de lanceurs d’alerte, il y a des agendas cachés », avance un cadre. « Le remblai touche à des intérêts fonciers et économiques énormes. Forcément, ça dérange. »

Si le dossier du remblai de Vridi-Bietry illustre les tensions qui accompagnent les grands projets d’infrastructures en Côte d’Ivoire, une chose est sûre : au Port d’Abidjan, l’enjeu ne se limite pas à gagner de l’espace, mais à préserver sa compétitivité face à des rivaux de plus en plus ambitieux.

 

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