La Maison-Blanche a officialisé, vendredi, la nomination de plusieurs personnalités appelées à siéger au sein d’un « Conseil de la paix » chargé de superviser la gouvernance temporaire de la bande de Gaza. Cette annonce intervient alors que l’enclave palestinienne demeure sous un cessez-le-feu fragile, en vigueur depuis octobre, après plus d’un an de combats dévastateurs.
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Selon les informations communiquées par Washington, ce conseil international sera placé sous la présidence du président américain Donald Trump. Il s’inscrit dans le cadre d’un plan présenté par la Maison-Blanche à l’automne dernier et accepté, selon l’exécutif américain, à la fois par Israël et par le mouvement palestinien Hamas.
Des figures politiques de premier plan
Parmi les membres annoncés figurent le secrétaire d’État américain Marco Rubio, l’envoyé spécial de Donald Trump pour le Moyen-Orient Steve Witkoff, l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, ainsi que Jared Kushner, gendre de l’ancien président américain et artisan des accords d’Abraham. À leurs côtés, Washington a également cité Marc Rowan, dirigeant du capital-investissement et milliardaire américain, ainsi qu’Ajay Banga, président de la Banque mondiale. La Maison-Blanche a précisé que Nickolay Mladenov, ancien envoyé spécial des Nations unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, assumera le rôle de haut représentant pour Gaza. Il sera chargé de coordonner l’action du conseil avec les structures locales appelées à administrer le territoire durant la période de transition. Le plan américain prévoit la mise en place d’un organe technocratique palestinien, chargé de gérer les affaires courantes à Gaza. Cet organe sera placé sous la supervision directe du conseil international, censé garantir la stabilité, la reconstruction et la continuité administrative dans un territoire profondément meurtri. Aucun représentant palestinien ne figure toutefois, à ce stade, parmi les membres du « conseil exécutif fondateur ».
La Maison-Blanche a indiqué que d’autres nominations pourraient intervenir dans les semaines à venir, sans préciser si des acteurs palestiniens seront associés aux futures annonces.
Dans le volet sécuritaire du dispositif, Washington a annoncé la nomination du général de division Jasper Jeffers, commandant des opérations spéciales américaines, à la tête de la Force internationale de stabilisation prévue pour Gaza. Cette force est autorisée par une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies adoptée à la mi-novembre. Selon la Maison-Blanche, cette présence internationale doit permettre de soutenir le cessez-le-feu, d’assurer la protection des infrastructures civiles et de prévenir toute reprise généralisée des hostilités dans l’enclave. Parallèlement, un « Conseil exécutif de Gaza », composé de onze membres, a également été constitué. Il inclut notamment le ministre turc des Affaires étrangères Hakan Fidan, la coordinatrice spéciale de l’ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient Sigrid Kaag, la ministre émiratie de la Coopération internationale Reem Al-Hashimy, ainsi que l’homme d’affaires israélo-chypriote Yakir Gabay. Ce conseil élargi est présenté comme un organe d’appui au bureau de Nickolay Mladenov et à l’administration technocratique palestinienne. Il devra notamment accompagner les efforts humanitaires, la reconstruction et la relance des services de base dans un territoire largement détruit.
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Selon des observateurs estiment que la supervision directe par un président américain de la gouvernance d’un territoire étranger rappelle des schémas de tutelle imposée, incompatibles avec les principes d’autodétermination. La participation de Tony Blair a également ravivé des réserves, certains rappelant son rôle central dans l’intervention militaire en Irak en 2003 et l’héritage de la présence britannique au Moyen-Orient. Washington n’a pas répondu publiquement à ces critiques, se contentant de souligner le caractère transitoire du dispositif. Sur le terrain, la situation demeure instable. Israël et le Hamas se sont mutuellement accusés de violations du cessez-le-feu. Depuis l’entrée en vigueur de la trêve, plus de 450 Palestiniens, dont plus d’une centaine d’enfants, ainsi que trois soldats israéliens ont perdu la vie, selon des sources locales et internationales. L’offensive israélienne lancée à Gaza en octobre 2023 a fait des dizaines de milliers de morts, provoqué une crise alimentaire aiguë et entraîné le déplacement de l’ensemble de la population de l’enclave. Plusieurs experts indépendants, des chercheurs et une enquête onusienne ont estimé que l’ampleur des destructions et des pertes humaines posait la question de crimes internationaux. Israël rejette ces accusations, affirmant agir en réponse à l’attaque du Hamas ayant coûté la vie à 1 200 personnes et conduit à la prise de plus de 250 otages. La mise en place de ce conseil international ouvre une nouvelle phase dans la gestion du dossier gazoui, sans pour autant dissiper les nombreuses incertitudes politiques et sécuritaires. La durée de la transition, les contours réels du pouvoir accordé aux autorités palestiniennes et la place des acteurs régionaux restent à préciser.



