Au dernier trimestre 2025, 115 440 personnes ont reçu une obligation de quitter le territoire d’un État membre de l’Union européenne. Ces données, publiées par Eurostat, le service statistique de la Commission européenne, traduisent une augmentation modérée de 2,7 % par rapport à la même période de l’année précédente.
Cela confirme une tendance déjà observée depuis plusieurs trimestres qui mentionne le nombre de décisions administratives liées à l’immigration irrégulière progresse lentement, sans variation brutale. Ces obligations concernent des ressortissants de pays tiers en situation irrégulière sur le territoire européen. Elles constituent la première étape d’une procédure qui peut, selon les cas, déboucher sur un retour volontaire ou une mesure d’éloignement forcée. Dans les faits, toutes ne sont pas suivies d’effet.
La France, premier pays émetteur d’OQTF dans l’Union
Parmi les vingt-sept États membres, la France demeure le pays ayant notifié le plus grand nombre d’obligations de quitter le territoire au cours du dernier trimestre 2025. Au total, 33 760 décisions ont été prises par les autorités françaises sur cette période. L’Allemagne arrive en deuxième position avec 12 500 obligations, suivie de la Grèce, qui en a délivré 10 100. À eux trois, ces pays concentrent près de la moitié des décisions prises dans l’ensemble de l’Union européenne. Eurostat précise que la France, l’Allemagne et la Grèce représentent à elles seules 49 % des personnes concernées par une obligation de quitter le territoire européen au troisième trimestre 2025. Cette concentration s’explique en partie par la taille de leur population étrangère, mais aussi par leur position géographique et leur rôle dans les flux migratoires vers l’Europe. Sur les 115 440 personnes concernées par une obligation de quitter le territoire européen au dernier trimestre 2025, environ 34 000 sont effectivement retournées dans leur pays d’origine. Ce chiffre est en hausse de 14 % par rapport à la même période de 2024, signe d’une augmentation du nombre de retours réalisés.
Dans le détail, 13 510 retours ont été effectués de manière forcée, tandis que le reste correspond à des retours qualifiés de « volontaires ».
À l’échelle de l’Union européenne, environ 60 % des retours se font sans contrainte directe, contre 40 % par la voie administrative et policière. Ces proportions varient toutefois fortement d’un pays à l’autre, en fonction des accords bilatéraux, des capacités logistiques et des relations diplomatiques avec les pays d’origine. Si la France est le pays qui notifie le plus d’obligations de quitter le territoire, l’Allemagne se distingue par le nombre de retours effectivement réalisés. Au dernier trimestre 2025, 7 190 personnes en situation irrégulière sont rentrées dans leur pays depuis l’Allemagne, qu’il s’agisse de retours volontaires ou d’éloignements forcés. La France arrive loin derrière avec 3 760 retours enregistrés sur la même période, suivie de Chypre, qui en compte environ 3 000. Lorsque l’on s’en tient uniquement aux expulsions forcées, l’Allemagne conserve la première place avec 3 710 éloignements, devant la France (1 435) et l’Italie (1 100). Ces chiffres illustrent les différences d’efficacité administrative entre les États membres, mais aussi des approches nationales contrastées en matière de politique migratoire.
Des pratiques nationales non partagées
Certains pays affichent un recours quasi exclusif aux expulsions forcées. C’est le cas de l’Italie, où l’ensemble des retours enregistrés au dernier trimestre 2025 ont été réalisés sous contrainte, sans aucun retour volontaire déclaré. Le Danemark présente un profil similaire, avec un taux de retours forcés atteignant 91 %. À l’inverse, la France se situe dans une position intermédiaire. Selon Eurostat, 38 % des retours effectués depuis le territoire français sont des éloignements forcés, contre 61 % de retours volontaires. Cette répartition reflète une politique qui privilégie, au moins en partie, les dispositifs incitatifs au départ. Le rapport d’Eurostat met également en lumière les nationalités les plus touchées par les obligations de quitter le territoire européen. En tête figurent les ressortissants algériens, avec 12 325 décisions notifiées au dernier trimestre 2025. Ils représentent à eux seuls environ 10 % de l’ensemble des obligations émises dans l’Union européenne. Les Marocains arrivent en deuxième position avec 6 670 obligations, suivis des ressortissants turcs, qui en comptent 6 350. Cette hiérarchie reflète à la fois l’importance des communautés concernées et les difficultés rencontrées par les États européens pour procéder aux éloignements.
Peu de retours forcés vers l’Algérie
Malgré ce volume élevé de décisions, seuls 350 Algériens ont été renvoyés de force au cours du dernier trimestre 2025 dans l’ensemble de l’Union européenne. Cette situation s’explique en grande partie par les obstacles administratifs rencontrés lors des procédures d’éloignement. Les autorités algériennes délivrent en effet rarement les laissez-passer consulaires nécessaires au retour des ressortissants dépourvus de documents d’identité valides. La France, qui accueille la plus importante communauté algérienne à l’étranger, a régulièrement fait part de ses difficultés sur ce point. Par ailleurs, le recours au retour volontaire reste limité. La législation algérienne prévoit des sanctions à l’encontre des ressortissants ayant quitté le pays de manière irrégulière, ce qui dissuade de nombreux migrants d’envisager un retour sans contrainte. Le 11 janvier dernier, le président algérien Abdelmadjid Tebboune a annoncé la promulgation prochaine d’un décret visant à régulariser les migrants algériens en situation irrégulière et précaire à l’étranger, à condition qu’ils n’aient commis aucune infraction majeure dans les pays d’accueil. Une annonce accueillie avec prudence par les observateurs.
Plus de 5 000 Algériens avaient ainsi transité par ces structures, contre 1 900 Tunisiens et 1 700 Marocains.
Pour Kinda Benyahia, chercheuse spécialiste de l’Algérie à l’université Bordeaux-Montaigne, « le crédit à accorder à ces déclarations reste mesuré ». Elle souligne que les modalités du texte, son champ d’application et son articulation avec la législation existante restent flous. Selon elle, cette initiative ne devrait pas entraîner un retour massif des jeunes Algériens établis en Europe. Les données européennes recoupent enfin les constats dressés dans les centres de rétention administrative en France. Les Algériens sous OQTF constituent le principal contingent de personnes retenues en vue d’une expulsion. En 2024, l’association La Cimade indiquait que la majorité des personnes placées en centre de rétention étaient originaires du Maghreb. Plus de 5 000 Algériens avaient ainsi transité par ces structures, contre 1 900 Tunisiens et 1 700 Marocains. Des chiffres nettement supérieurs à ceux enregistrés pour d’autres nationalités, comme les Roumains, les Albanais, les Guinéens, les Afghans ou les Ivoiriens. Ces données illustrent les limites persistantes de la politique européenne d’éloignement, entre décisions administratives nombreuses et retours effectifs encore partiels.



