Les forces de police du monde entier viennent de mener une offensive de grande dimension contre les réseaux criminels. Interpol a annoncé le lundi 26 janvier les résultats de l’opération « Liberterra III », conduite pendant douze jours en novembre 2025.
Les chiffres donnent la mesure de l’action : 3 744 suspects interpellés, dont plus de 1 800 directement pour des faits de traite d’êtres humains ou de trafic de migrants. L’opération a aussi permis de venir en aide à 4 414 victimes potentielles de traite et de localiser près de 13 000 migrants en situation irrégulière dans pas moins de 119 pays.
Un coup de filet très significatif en Afrique de l’Ouest et centrale
Le continent africain a été le théâtre central de cette coopération. Une collaboration entre les autorités de sept pays, le Bénin, le Burkina Faso, le Congo, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Sénégal et la Sierra Leone, a permis de porter un sérieux coup à des systèmes criminels bien identifiés. Selon Interpol, plus de 200 victimes ont été sécourues et de nombreux centres de recrutement et d’exploitation ont été démantelés. Le mode opératoire de ces réseaux, spécifique à la région, repose souvent sur une promesse trompeuse. « Ces systèmes consistent à recruter des victimes sous prétexte de travail à l’étranger, en leur facturant des ‘frais de recrutement’ exorbitants, puis en les forçant à recruter des amis ou des membres de leur famille en échange d’une amélioration de leurs conditions de travail », a détaillé l’organisation policière internationale.
Les autorités ont intercepté de nombreuses embarcations surchargées, prêtes à partir en mer pour des traversées très risquées avec à leur bord de grands groupes de migrants et très peu d’équipements de sécurité
Les résultats de l’opération relatent la dimension globale de l’exploitation, notamment sexuelle. En Espagne, les autorités ont démantelé un réseau criminel opérant dans des salons de beauté et de massage à Barcelone et Marbella. Vingt-et-une victimes, majoritairement colombiennes, ont été identifiées. Ces femmes étaient sous surveillance constante, subissaient des abus et étaient contraintes de se prostituer pour rembourser des dettes pouvant atteindre 6 000 euros. Au Kazakhstan, des trafiquants forçaient des victimes à se prostituer dans des saunas, en dissimulant leurs activités « sous couvert d’un service de taxi ». Au Mali, les enquêteurs ont pour leur part identifié 47 Nigérianes « ayant été amenées dans le pays à des fins d’exploitation sexuelle ».
La lutte contre les passeurs sur les routes migratoires
L’opération Liberterra III a, en outre, visé les réseaux de passeurs qui organisent des traversées périlleuses. « Les autorités ont intercepté de nombreuses embarcations surchargées, prêtes à partir en mer pour des traversées très risquées avec à leur bord de grands groupes de migrants et très peu d’équipements de sécurité », a rapporté Interpol. Ces interceptions ont eu lieu sur plusieurs côtes, notamment au Sénégal, en Guinée-Bissau, au Maroc et en Algérie. La lutte s’est aussi adaptée à d’autres modes de passage. Au Royaume-Uni, Interpol a indiqué avoir mis en place « un programme fructueux avec le secteur logistique ». Des agents ont été déployés dans des aires de repos pour interagir avec les chauffeurs routiers, identifier les risques et encourager les signalements anonymes. L’ambition était d’intercepter les migrants tentant d’entrer sur le territoire britannique cachés dans des camions. Ce phénomène reste une réalité quotidienne. Selon la BBC, plus de 5 000 exilés ont tenté cette voie en 2024. Des migrants, souvent soudanais et désargentés, patientent le long des routes ou tentent leur chance à l’improviste. Un jeune de 17 ans vivant à Calais, Amjad, avait confié en novembre 2024 avoir tenté plus de 20 fois le passage par camion, décrivant des situations parfois très violentes avec certains chauffeurs. « Tous les jours, j’essaie. Evidemment qu’on sait que c’est risqué, mais c’est quoi l’autre option ? », témoignait-il. L’opération Liberterra III démontre l’efficacité de la coordination policière internationale face à des réseaux criminels qui opèrent sans frontières. Les arrestations et les sauvetages représentent un succès notable et le témoignage des migrants signale la détresse qui les pousse à emprunter des chemins aussi dangereux.



