L’un des aspects les plus tangibles de la coopération sino-africaine réside dans les infrastructures. Routes, chemins de fer, ports, ponts, bâtiments institutionnels : la présence chinoise se matérialise dans de nombreux pays. À Abuja, le nouveau siège de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, financé et construit par la Chine, approche de son achèvement. Étendu sur sept hectares, ce complexe doit accueillir la Commission, le Parlement et la Cour de justice de l’organisation régionale.
Les autorités de la CEDEAO soulignent l’importance symbolique et fonctionnelle de cet édifice, conçu comme un outil d’intégration régionale. Au Cameroun, le nouveau siège de l’Assemblée nationale, inauguré à Yaoundé fin 2024, illustre également cette coopération. Baptisé « Palais de verre Paul Biya », le bâtiment combine une architecture contemporaine et des références culturelles locales. Financé sous forme de don, il est présenté par les autorités camerounaises comme un symbole de partenariat institutionnel.
Chemins de fer, routes et ports : Une stratégie continentale
Au-delà des bâtiments officiels, la Chine a participé à la construction de milliers de kilomètres de routes et de voies ferrées en Afrique. La ligne ferroviaire reliant Addis-Abeba à Djibouti constitue l’un des projets emblématiques, offrant à l’Éthiopie un accès direct à la mer. D’autres projets, comme le chemin de fer Tanzanie-Zambie ou les réseaux routiers en Éthiopie et au Kenya, s’inscrivent dans une logique de connectivité régionale. Pékin met en avant la contribution de ces infrastructures à la circulation des marchandises, à l’intégration des marchés et à la réduction des coûts logistiques. Ces investissements sont généralement liés à l’Initiative Ceinture et Route, que la Chine présente comme une plateforme de coopération ouverte. Plus de 140 pays y ont adhéré, dont une majorité d’États africains. Les échanges commerciaux entre la Chine et l’Afrique connaissent une croissance soutenue. Sur les onze premiers mois de l’année, leur volume a dépassé les 300 milliards de dollars, un niveau inédit. Cette progression concerne aussi bien les exportations africaines vers la Chine, principalement composées de matières premières, que les importations de produits manufacturés et d’équipements.
Cette dynamique traduit l’intensité des relations économiques, mais pose également la question de la diversification des exportations africaines et de la montée en gamme des économies locales.
Plusieurs pays africains enregistrent des hausses à deux chiffres de leurs échanges avec Pékin. Cette dynamique traduit l’intensité des relations économiques, mais pose également la question de la diversification des exportations africaines et de la montée en gamme des économies locales. En Zambie, la décision d’autoriser le paiement de certaines taxes en yuans par les entreprises chinoises marque une évolution notable. Cette mesure, présentée comme une optimisation de trésorerie, permet à Lusaka de constituer des réserves en monnaie chinoise, facilitant le remboursement de sa dette envers Pékin. Pour la Chine, cette pratique contribue à réduire la dépendance au dollar dans certaines transactions bilatérales. Si le yuan reste marginal dans les paiements fiscaux zambiens, l’initiative est observée avec attention par d’autres pays confrontés à des contraintes financières similaires. La relation sino-africaine ne se limite pas aux échanges économiques. Elle s’appuie également sur une dimension politique et symbolique forte. La lettre adressée par Xi Jinping à d’anciens combattants zimbabwéens rappelle les liens forgés durant les luttes de libération nationale. Ces références historiques sont régulièrement mobilisées par Pékin pour souligner la continuité de son engagement aux côtés de l’Afrique. Elles participent à la construction d’un récit diplomatique mettant en avant la solidarité et la fidélité comme valeurs centrales.
Coopération technologique et scientifique
La coopération sino-africaine s’étend aussi aux domaines scientifiques et technologiques. Le lancement récent d’un satellite algérien depuis une base chinoise indique cette dimension. Destiné à l’aménagement du territoire et à la gestion des catastrophes, cet outil renforce les capacités de l’Algérie tout en consolidant la coopération spatiale avec Pékin. Ces projets témoignent de la volonté chinoise de se positionner comme un partenaire technologique, capable d’accompagner les pays africains dans des secteurs stratégiques. Les échanges réguliers entre la Chine et l’Union africaine constituent un autre pilier de la relation. Le dialogue stratégique tenu à Addis-Abeba en janvier 2026 a mis en avant la convergence des positions sur plusieurs dossiers internationaux. Pékin réaffirme son soutien au rôle de l’UA dans la coordination des politiques africaines et dans la recherche de solutions africaines aux crises du continent. De son côté, l’organisation panafricaine souligne l’importance de la coopération avec la Chine dans un contexte de fragilisation du multilatéralisme.
Pour le 70ᵉ anniversaire des relations diplomatiques entre la Chine et l’Afrique, les deux parties insistent sur la dimension durable de leur partenariat. Les échanges entre peuples, les programmes éducatifs et les coopérations culturelles sont présentés comme des leviers pour approfondir cette relation. Cette coopération suscite également des interrogations : équilibre des échanges, transparence des contrats, impact environnemental des projets. Autant de questions qui continueront d’alimenter les débats sur la place de la Chine en Afrique. Dans un monde en recomposition, la relation sino-africaine apparaît comme l’un des axes structurants des équilibres futurs, mêlant pragmatisme économique, références historiques et ambitions géopolitiques assumées.



